Message du président : Une situation gagnant-gagnant dans l'infrastructure - Le sommet des BRICS à Durban

26/03/2013
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Le nouvel ordre mondial est visible cette semaine à Durban, à l’occasion du cinquième sommet des BRICS, le premier en terre africaine. Dilma Rousseff, Vladimir Poutine, Manmohan Singh, Xi Jinping et Jacob Zuma, représentent un monde en mutation, au moment où le centre de gravité et du pouvoir passe progressivement du Nord vers le Sud et de l'Ouest vers l’Est. A eux cinq, ils dirigent près de la moitié de la population mondiale, et gèrent près du quart de son PIB.

A l’instar des chefs de gouvernement, les milieux d'affaires des BRICS se rassemblent  également à Durban, sous le regard des médias du monde entier. Il est clair que les thèmes à débattre ne manqueront pas. Les objectifs communs n’occulteront pas les intérêts propres à chacun des pays. Réunis à Durban, ils vont également attirer l'attention sur l'Afrique. En examinant un grand nombre de questions, allant des points chauds de la planète aux coins les plus reculés, des emplois verts à la réflexion sans limite, ils vont, avant tout, mettre l'accent sur deux thèmes majeurs : le commerce et l'investissement.

Les relations entre l'Afrique et les BRICS ont pris une ampleur spectaculaire : le niveau des échanges commerciaux a été multiplié par dix en dix ans, pour atteindre environ 340 milliards de dollars EU par an. Et l'Afrique elle-même est la clé de voûte du commerce triangulaire avec l'Asie et l'Amérique du Sud. Le niveau du commerce Afrique-Chine a été, l'année dernière, 20 fois supérieur à ce qu'il était au début du siècle.

Ces cinq grands pays et économies ont dû commencer par le commencement, en s’attaquant au déficit infrastructurel, en s’assurant que la route, le rail et les ports y jouent un rôle structurant et leur permettent de se prendre en charge eux-mêmes.

Le groupe des BRICS apporte  également l'expérience et l'expertise de leurs trajectoires de développement. L’entrée de ces pays dans l’offre mondiale et les chaînes de valeur apporte avec elle le savoir et l'investissement aux entreprises sud-africaines actives au nord du Limpopo, de l'agro-industrie à l'informatique.

Le groupe des BRICS fait déjà partie de la solution au déficit en matière d’infrastructures en Afrique. Nous le voyons dans tous les secteurs : la route et le rail, lorsque le Brésil investit à travers Vale Mozambique ; les télécommunications au Tchad, par le biais de l’investissement indien dans Bharti Airtel ; la route, le rail et les infrastructures sanitaires en RDC, par les investissements de la Chine à travers Railway Engineering Cooperation Group et Sinohydro. On pourrait multiplier les exemples dans différents domaines et dans différents pays.

Il y a deux ans, une idée nouvelle avait été lancée, en fait une proposition gagnant-gagnant, à savoir financer de grands projets d'infrastructure à forte rentabilité en Afrique sur les excédents considérables des BRICS. Le moment est venu de passer de l’idée aux actes. Les projets prioritaires sont déjà identifiés dans le Programme de développement des infrastructures en Afrique (PIDA), et beaucoup d'entre eux sont maintenant au niveau bancable. Avec les bas niveaux actuels des taux d'intérêt au niveau mondial, il y a des investissements qui sont attrayants.

L’infrastructure consomme 60 % des 5 milliards de dollars EU de prêts et dons annuels de la Banque africaine de développement. Avec un effet de levier de un à six, nous sommes en mesure de mobiliser des ressources supplémentaires. Mais le déficit de financement des infrastructures en Afrique est important, et ce n'est encore qu'une goutte d’eau dans l'océan. Nous connaissons les priorités énoncées dans le PIDA et dans le Consortium des infrastructures pour l'Afrique, piloté par le secteur privé et géré également par la Banque.

Et l'Afrique elle-même mobilise des ressources internes. En 2013, la Banque envisage de lancer un fonds africain d’infrastructure. Ce fonds combinera les ressources souveraines et non souveraines, nationales comme internationales, pour collecter les investissements qui feront franchir à l’Afrique le seuil du développement et de l’adéquation des infrastructures.

Donald Kaberuka, président de la Banque africaine de développement