Message du président : Journée mondiale de l'eau – Le verre à moitié plein ou à moitié vide

22/03/2013
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Nous investissons des milliards de dollars à la recherche d’eau et de vie sur Mars, mais ici, sur la terre, nous nous efforçons de mobiliser les fonds nécessaires pour exploiter tout le potentiel des ressources en eau, dont dépendent notre vie et notre croissance. Le verre est-il à moitié plein ou à moitié vide, en cette Journée mondiale 2013 de l'eau ?

Nous célébrons l’accès à l’eau de près des deux tiers de la population africaine. Mais cela laisse des millions de personnes toujours privées de ce droit, l’un des plus fondamentaux. Nous estimons qu’il nous faudra encore 50 milliards de dollars par an pendant les 20 prochaines années pour combler les besoins en eau Afrique. Si ce chiffre semble au-delà de nos moyens, il peut être utile de le mettre en perspective : le montant est inférieur aux sommes que le monde dépense chaque année pour de l’eau minérale.  

L'eau représente beaucoup plus que ce que nous buvons et utilisons pour nous laver.  Elle alimente les économies. Elle est l'élément vital des communautés. Elle peut rapprocher les pays. Elle peut les diviser. Un coup d’œil sur les défis auxquels sont confrontés les pays riverains du Nil dans le cadre de leur ressource naturelle partagée, ou sur les répercussions de la pire sécheresse ayant affecté en 2011 la Corne de l'Afrique depuis 60 ans, nous permet de voir que l'eau n'est pas seulement source de vie, mais qu’elle détient aussi les clés de la stabilité politique, économique et sociale.

C'est pourquoi la gestion globale de l'eau est un pilier du développement, tout aussi important que la satisfaction de nos besoins énergétiques et d'infrastructure. Bien que l'importance de la gestion de l'eau pour la croissance économique soit généralement admise, et que les moyens de prévenir les crises et les conflits liés à l'eau soient connus, il subsiste encore de grands obstacles à franchir pour transformer notre savoir en action. En cette Année internationale de coopération pour l'eau et au-delà, ce n'est seulement qu’en travaillant ensemble, aux niveaux local, national, et régional,  que nous surmonterons ces obstacles.

Le tournant du millénaire a vu le lancement de la Vision africaine de l'eau 2025. La Vision est avant tout celle de la coopération pour le bien commun. Depuis lors, nous avons puisé aux sources des expériences partagées et constaté les progrès, aussi bien dans la satisfaction des besoins de base en eau et en assainissement que dans l’utilisation de l'eau comme agent de transformation économique. Les pays qui partagent des bassins et des fleuves partagent également des plans et des atouts : le barrage hydroélectrique de Manantali sur le fleuve Sénégal, par exemple, a apporté de la nourriture et de l'électricité à des millions de personnes au Mali, en Mauritanie et au Sénégal même.

Pour autant, nos ressources en eau continuent de faire face à une menace existentielle et sont confrontées à un défi existentiel. 

La menace existentielle,  c’est le changement climatique. Il est clair qu'il n'y a aucun avenir envisageable pour aucune activité ou industrie consommatrices d'eau, à moins qu’elles se soient adaptées au changement du climat, dans les régions où les précipitations normales sont remplacées par des inondations ou des sécheresses extrêmes, et où la population continue de croître. Il n'y aura non plus aucun avenir facile pour les villes sujettes à des catastrophes liées à l'eau, notamment celles dont la planification n’a pas prévu de mesures pour se préparer à ces assauts de la nature. La planification et la coordination sont primordiales, au moment où les gouvernements commencent à délaisser une gestion séparée des secteurs, et à adopter des stratégies et des politiques nationales de l'eau qui reconnaissent les liens entre la sécurité de l'eau, l'agriculture, l'énergie et le développement urbain.

Le défi existentiel, quant à lui, est la tâche coûteuse et complexe qu’entraîne la mise en utilisation du vaste potentiel des réserves inexploitées de l'Afrique en eau. Encore une fois, la seule façon de le faire réside dans les partenariats. Il y a des pays dont le sous-sol recèle des quantités d'eau assez importantes pour satisfaire tous leurs besoins de développement. Il ne peut y avoir de raison pour que l'eau ne coule pas. Il est permis de se demander pourquoi,  avec les 80 fleuves et bassins lacustres transfrontaliers d’Afrique, il n’y ait que 5 % des terres arables du continent à être irriguées. Ou encore, pourquoi le développement de la capacité de production d’énergie hydro-électrique de l’Afrique stagne à moins de 10 % de son potentiel.

La BAD elle-même apporte son savoir, ses réseaux et ses ressources à la fois pour relever les défis et saisir les opportunités de l’eau. Mobilisant la force de la coopération, elle a fourni l’accès à l'eau et à l'assainissement à quelque 50 millions de personnes en milieu rural en Afrique. Elle finance la gestion de l'eau, des cultures et de l'élevage dans un projet de 125 millions de dollars EU qui vient d’être lancé dans la Corne de l'Afrique, à titre d’exemple. Et elle lance un nouveau projet hydroélectrique dont bénéficieront 24 millions de personnes le long du fleuve Mano.

Les ressources en eau sont plus que suffisantes en Afrique. La tâche immédiate est d’aller la chercher où elle est. Ensuite de mieux travailler ensemble pour l'utiliser, pas seulement pour satisfaire les besoins fondamentaux de millions de personnes, mais pour autonomiser les sociétés et les économies en général. Ce n'est qu'en travaillant ensemble que nous avons parcouru tout ce chemin, et ce n'est qu'en continuant à travailler ensemble que nous pourrons aller encore plus loin.
Donald Kaberuka

Président, Banque africaine de développement