Migrations : un enjeu tant pour l’Afrique que pour le reste du monde

17/12/2015
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Le 18 décembre marque la Journée internationale des migrants. Rarement, cette problématique n’aura autant capté l’attention des médias, de la communauté internationale et des opinions publiques qu’en ces-temps-ci. C’est un enjeu tant pour l’Afrique que pour le reste du monde. Or cette journée, créée par l’Onu en 2000, est justement destinée à briser les idées reçues sur les migrants et à mettre en lumière leur contribution dans les domaines économique, culturel et social, au profit, tant de leur pays d’origine, que de leur pays de destination.

Il y a tout juste un an, Milka Zeinab* quittait sa ville natale du Kenya, après des années de chômage. Quatre ans après avoir été licenciée par son précédent employeur, cette mère de deux enfants n’avait toujours pas retrouvé de travail.

« Sans emploi, la vie est devenue très difficile ; j’ai cherché toute sorte de travail, mais rien ne se présentait. Pendant longtemps, je n’ai même pas pu payer les repas et les frais de scolarité de mes enfants », explique cette mère célibataire approchant de la quarantaine.

« Je ne pouvais plus continuer à regarder mes enfants sans pouvoir leur offrir quoi que ce soit. C’est donc là que j’ai décidé de risquer ma vie, et de quitter ma maison en quête d’un avenir meilleur pour ma famille. »  Milka Zeinab s’est procurée de l’argent et a pris un avion pour l’Europe, dont elle ne connaissait que le nom. Son voyage l’a menée de la République tchèque à l’Autriche, où elle patiente actuellement dans un camp de réfugiés, le temps que son dossier soit traité.

L’histoire de Milka Zeinab incarne les difficultés que rencontrent des milliers de migrants qui fuient l’Afrique, au péril de leur vie, en quête d’un avenir à l’étranger. Lors du sommet sur les migrations organisé à Malte les 11 et 12 novembre 2015, la présidente de la Commission de l’Union africaine, Nkosazana Dlamini Zuma, avait précisé qu’à ce jour, moins de 25 % des migrants et réfugiés qui arrivent sur les côtes européennes sont africains : « Seule une petite partie de la jeunesse africaine cherche des conditions de vie meilleures, certains fuyant des zones de combat, un environnement difficile ou la pauvreté. Ils pensent pouvoir demander l’asile en Europe et y vivre plus décemment. »

A ce jour et sur la seule année 2015, quasi 800 000 migrants seraient arrivés en Europe par la mer, d’après les Nations unies, tandis que près de 3 440 auraient péri ou sont portés disparus au cours de leur périple. Cette année, quelque 150 000 personnes originaires de pays africains, tels que l’Érythrée, le Nigeria et la Somalie, ont risqué leur vie en traversant la Méditerranée pour rejoindre l’Europe – l’Italie et Malte principalement.

La Commission européenne a annoncé, lors du sommet à Malte, la création d’un fonds de 1,9 milliard de dollars EU, destiné à ralentir les flux des migrations en provenance d’Afrique, en s’attaquant aux difficultés économiques et sécuritaires qui poussent les populations à l’exil. D’aucuns jugent toutefois qu’il faut chercher la solution ailleurs : dans l’industrialisation de l’Afrique.

C’est le cas du président de la Banque africaine de développement (BAD), Akinwumi Adesina, qui, lors d’une réunion à New York au mois de septembre 2015, a déclaré que l’industrialisation permettra à l’Afrique d’acquérir les compétences et les capacités entrepreneuriales nécessaires au développement de son industrie. « Nous devons veiller à ce que notre jeunesse soit préparée aux emplois que l’industrialisation de l’Afrique va créer. Les jeunes Africains ne devraient pas émigrer, à grand risque, en Europe. Nous avons besoin d’eux dans nos industries et non en haute mer », a-t-il insisté.

Dans le même esprit, Nkosazana Dlamini Zuma a souligné que l’Afrique et l’Europe devaient envisager une industrialisation qui va au-delà des matières premières et du commerce, « car c’est ainsi que nous créerons des emplois. Nous devons nous pencher sur le développement des compétences, car c’est investir dans nos citoyens afin qu’ils puissent à leur tour prospérer et créer des emplois sur le continent. »

Faciliter les migrations régionales à l’échelle du continent aiderait grandement à enrayer  les flux migratoires en direction de l’Europe. Selon le Rapport 2014 sur le développement en Afrique, une publication de la BAD,  cela devra toutefois s’accompagner d’une régulation des politiques à l’œuvre : « La relation entre migration et développement occupe le devant de la scène au niveau international depuis 2001, mais elle n’apparaît guère dans les politiques régionales en Afrique, y est-il noté. La libre circulation des personnes reste un domaine peu élaboré de la politique d’intégration régio­nale. On observe un fossé entre les accords d’intégration régionale et la réalité en ce qui concerne la mobilité de la main-d’œuvre en Afrique, où la migration obéit à des processus informels ».

De fait, toujours selon ce rapport, les migrations régionales au sein de l’Afrique pourraient avoir une incidence po­sitive plus forte sur le développement et la réduction de la pauvreté que les migrations hors d’Afrique. « Étant donné qu’une majorité des migrants qui quittent un pays afri­cain pour un autre sont relativement pauvres, une aug­mentation, même faible, du revenu peut avoir un impact significatif sur leur développement humain », détaille le rapport.

*Le nom a été modifié