Table ronde ministérielle - Les propositions du président Abdoulaye Wade

12/05/2009
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President wade

Le président sénégalais, Abdoulaye Wade, qui s’exprimait mardi 12 mai à Dakar, lors de la Table ronde ministérielle sur « L’Afrique face à la crise financière : programme d’actions », a souligné le travail accompli par l’actuel président de la BAD, Donald Kaberuka. Ce dernier a, selon lui, hissé l’institution à un niveau élevé du point de vue des ressources et des interventions. « La Banque répond à nos attentes à une époque où les ressources sont de plus en plus rares », s’est réjoui M. Wade. Une appréciation qui n’a pas laissé indifférent Donald Kaberuka. Mais ce dernier a surtout relevé la profondeur et la richesse de l’analyse que le chef de l’Etat sénégalais a bien voulu partager avec les participants à la table ronde.

En bon professeur d’économie qu’il fut, le président Wade s’est voulu pédagogue pour bien faire passer son message. Pour lui, la crise financière n’est qu’une crise de la gouvernance mondiale. Et donc, sa solution ne peut pas venir de la sphère financière. Une telle crise ne peut être jugulée que par l’économie réelle. Le chef de l’Etat sénégalais a manifesté son souhait que l’Afrique prenne toute sa place dans les propositions qui sont faites pour sortir de l’ornière. « Les crises naissent en Europe, mais elles ne peuvent trouver des solutions qu’en Afrique », a-t-il poursuivi. Cela signifie que le continent africain est capable « d’absorber le surplus des capitaux de spéculation ». « Comment convaincre [alors] les détenteurs des capitaux spéculatifs à aller investir en Afrique où ils peuvent avoir des rendements certains ?», s’est-il interrogé.

Pour le président Wade, la crise découle notamment d’un déficit de la gouvernance mondiale. Même si la crise a d’abord été financière, il faut voir les problèmes dans leur ensemble. Toutes les institutions mondiales sont par conséquent concernées, y compris le conseil de sécurité des Nations Unies. « Tous les domaines sont aujourd’hui mis en cause. Nous, Africains, nous devons réfléchir à l’ensemble de ces problèmes », a-t-il lancé, avant d’ajouter qu’il ne faut pas manquer une telle occasion.

Le chef de l’Etat sénégalais a, à cet égard, formulé deux pistes.  Il en appelle à une modification du système des quotas – reposant sur la richesse des Etats membres – qui régit le fonctionnement du Fonds monétaire international. D’après lui, il faudrait attribuer davantage de droits de tirage aux pays pauvres. Il demande en outre que des Droits de tirage spéciaux (DTS) soient créés spécialement pour l’Afrique. Autre proposition : une plus grande décentralisation des structures de la Banque mondiale afin de donner de réels pouvoirs de décision à celles qui sont implantées en Afrique.

Le chef de l’Etat sénégalais a également salué l’initiative prise par l’Union africaine de lancer une étude sur la crise. Dakar servira de cadre, en octobre 2009, à une rencontre des intellectuels africains sur les différents aspects de la crise. M. Wade a ensuite lancé plusieurs idées. Il a par exemple proposé aux pays riches de garantir par leurs bons du Trésor les emprunts des pays pauvres. Il a aussi suggéré aux Etats africains de recourir à une garantie mutuelle pour mettre en commun leur capacité d’endettement et lever ensemble des fonds. Cela pourrait permettre, notamment, de financer des projets liés aux infrastructures. Car, pour M. Wade, il n’y a pas de croissance, ni de développement sans des infrastructures adéquates. Il a enfin proposé aux pays développés, à commencer par l’Europe, de subventionner aussi les exportations de pays africains comme ils le font déjà avec les leurs.
En guise de conclusion, il a demandé que les 4 000 milliards de francs CFA appartenant aux Etats africains – et placés sur les marchés financiers – soient ramenés en Afrique.