L’espérance de vie des Africains s’allonge, mais ils sont confrontés à un avenir incertain, selon un rapport de la BAD

16/11/2011
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La population africaine est vieillissante, tout comme celle du reste du monde, mais les gouvernements du continent sont mal équipés pour s’occuper du nombre croissant de personnes âgées.

C'est la principale conclusion d'un nouveau rapport  de la Banque africaine de développement (BAD).

Le pourcentage des personnes âgées de plus de 65 ans en Afrique est passé de 3,3 pour cent en 2000 à 3,6 pour cent en 2010.

Et c'est un phénomène de long terme. L’espérance de vie n’a cessé de s’allonger au cours des 40 dernières années. La tendance va s'accélérer dans les prochaines années.

Les personnes âgées pourraient représenter 4,5 pour cent de la population du continent d’ici 2030, et près de 10 pour cent à l’horizon 2050. Dans certains pays, la proportion de personnes âgées sera, en 2030 et 2050, proche de celle des pays industrialisés.

Dans certains pays africains, ce futur est déjà là, avec des pourcentages de personnes âgées beaucoup plus élevés que la moyenne continentale. La proportion des personnes de plus de 65 ans est de 7,3 pour cent en Tunisie, de 6,9 pour cent à Maurice.

Dans ces deux pays, la population des personnes âgées a presque doublé au cours des 20 dernières années, et d'autres pays comme le Botswana, l'Afrique du Sud et la Libye ont suivi un schéma similaire.

Les statistiques présentées dans le rapport vont à l'encontre de nombreuses idées généralement en cours dans le monde occidental, qui considèrent l'Afrique comme un continent où l’espérance de vie est courte. L'espérance de vie sur le continent est encore plus faible que dans les pays développés, mais elle est en augmentation. Ce qu’il convient de relever.

En Afrique, l’espérance de vie à la naissance était de 52,7 ans en 1990, mais a atteint 56 ans en 2010.

Les pays à revenu intermédiaire d'Afrique, tels que Maurice, l’Afrique du Sud, l’Egypte, le Maroc et la Tunisie, ont enregistré les plus fortes augmentations du nombre de personnes âgées. D'autres pays, comme la Libye, le Botswana, le Zimbabwe et Djibouti, ont également connu une croissance rapide du nombre de personnes âgées.

Cependant, contrairement à de nombreux pays développés, les nations africaines ne sont en général pas particulièrement bien équipées pour faire face à l'augmentation du nombre de personnes âgées.
Les principales préoccupations concernent les prestations de santé et les retraites.

Dans une grande partie de l'Afrique, les gouvernements dépensent beaucoup moins d’argent sur les soins de santé que dans la plupart des pays développés. En 2005, 48 des 54 pays africains ont consacré en moyenne moins de 26 dollars EU par habitant aux soins de santé. En revanche, les Africains ont tendance à régler directement leurs factures d'hôpital et de consultations médicales ; la même année, les ménages en Afrique ont dépensé plus de 58 dollars EU par habitant.

Cependant, l'argent se fait parfois rare. Le rapport de la BAD cite une étude effectuée sur 15 pays africains, où de nombreuses personnes parmi les plus démunies ont dû emprunter ou vendre des biens pour payer des soins de santé.

La détérioration des modes traditionnels de soutien familial en Afrique complique encore plus la situation, en raison de l'urbanisation croissante et - dans certains pays africains - des effets du VIH-Sida.

En en Afrique, beaucoup de personnes âgées sont accablées par le fardeau de la garde des enfants, dont les parents ont été emportés par le VIH-Sida. Le rapport cite des statistiques de l'UNICEF selon lesquelles  plus de 50 pour cent des orphelins en Afrique vivent avec leurs grands-parents, dont un grand nombre ont des revenus limités et précaires.

Le problème des soins de santé est aigu, en raison des conditions chroniques à long terme associées à l’âge, comme les maladies cardiaques, le cancer, les troubles respiratoires et la démence sénile.

Il est vrai que ces problèmes sont le lot des personnes âgées à travers le monde entier. Le rapport suggère toutefois qu’ils vont gagner en gravité plus rapidement dans les pays en développement, où le système est moins capable que dans le monde développé de les prendre en charge.

Ils ne sont pas nombreux les Africains âgés pouvant compter sur une pension de retraite, même modique. Le rapport indique : « Les régimes de retraite contributifs couvrent très peu de personnes, en raison du caractère informel de la plupart des emplois et des sources de revenus. La plupart des entreprises sont à prédominance rurale, et une grande partie de la population travaille en dehors de la sécurité qu’offre le secteur formel salarial. »

En outre, note le rapport, les gouvernements africains ont tendance à ne pas prêter une grande attention à la question du vieillissement de la population. L'attention a été détournée, dit-il, par d’autres problèmes démographiques plus urgents et plus pressants.

Ces problèmes comprennent la rapidité de la croissance démographique, se traduisant par un nombre élevé de jeunes et de chômage dans ces tranches d’âge, ainsi que les taux importants de mortalité infantile et maternelle, et la croissance de la population urbaine.

Les jeunes se font plus entendre et voir que les personnes âgées. En outre, les gouvernements leur accordent probablement plus d’attention, par crainte des troubles sociaux et politiques.

Pour autant, le rapport recommande que les gouvernements incorporent la question du vieillissement dans leur planification - en adaptant leurs crédits budgétaires nationaux, en stimulant les régimes de retraite et de protection sociale, en ciblant les soins de santé, et en soutenant les systèmes de protection communautaire et familiale.