Diagnostic de croissance pour le Maroc : remédier aux paradoxes pour concrétiser un vrai potentiel

23/03/2015
Share |

Le Royaume du Maroc, la Banque africaine de développement (BAD) avec le Millenium Challenge Corporation (MCC) américain, ont procédé, en étroite collaboration, à une étude exhaustive sur les faiblesses et les atouts qui caractérisent le pays, résolu à atteindre une croissance forte, partagée et durable.

Intitulée Diagnostic de croissance du Maroc – Analyse des contraintes à une croissance large et inclusive , l’étude est le fruit d’une analyse approfondie, étayée de statistiques et affûtée grâce aux consultations menées auprès de l’ensemble des ministères, du secteur privé, du monde académique et de la société civile au Maroc. Objectif affiché : identifier clairement ce qui entrave l’investissement privé au Maroc ; et cibler les obstacles auxquels remédier en priorité, pour asseoir une économie forte et dynamique.

Au préalable, le rapport souligne les trois paradoxes qui caractérisent l’économie du pays. Un, son taux de croissance demeure en deçà de son potentiel, nourrie surtout par la consommation (publique et privée), alors même que le Maroc peut se targuer d’afficher un taux d’investissement parmi les plus élevés au monde (31,7 % du PIB en 2012). Deux, la transformation structurelle de son économie reste lente, en dépit de cette performance à deux chiffres. Trois, le secteur privé souffre d’un manque de dynamisme et de PME ; or les PME sont source d’innovation dans nombre de pays.

L’économie doit faire sa mue

Pour remédier à ces faiblesses, le pays doit procéder à des réformes. Pour l’heure, deux ensembles de contraintes majeures entravent la croissance tirée par le secteur privé marocain.

La première est liée au capital humain : malgré les efforts que déploient les autorités marocaines, le système d’enseignement et de formation du pays constitue  « le maillon faible dans le développement de [ce] capital », note le rapport. Le pays affiche des taux et une durée moyenne de scolarisation insuffisants au regard de son niveau moyen de revenu. Du coup, la main d’œuvre marocaine, pas assez qualifiée, n’offre pas assez de compétences avérées ou spécialisées – ce dont pâtît le secteur privé.

Le deuxième type de contraintes qui entravent la croissance du Maroc se situe à un niveau micro-économique, qui conjugue un système judiciaire lent, un système fiscal perçu comme peu lisible et relativement lourd, un foncier difficile d’accès et une réglementation du marché du travail contraignante.

Plus d’innovation et de coordination

De façon générale, l’économie marocaine souffre d’un manque d’innovation – ce qui pèse sur les exportations du pays, en deçà de leur potentiel de sophistication. Ce n’est pas faute d’incitations publiques, l’Etat marocain affichant des politiques généreuses en ce domaine. C’est la coordination entre les acteurs privés (au sein des chaînes de valeur) et publics (agences dédiées et ministères concernés) d’une part, et entre le public et le privé (promotion des accords commerciaux, par exemple) d‘autre part, qui s’avère défaillante.

Enfin, pour asseoir une croissance durable qui profite à tous, le pays doit impérativement améliorer l’accès aux services de santé et développer les infrastructures dans les zones rurales enclavées ; et faire en sorte que les ressources en eau et en énergie y soient mieux gérées pour perdurer.

L’étude repose sur une méthodologie éprouvée depuis 2005 et mise au point par Ricardo Hausmann, Dani Rodrik et Andrés Velasco, afin d’établir un diagnostic de croissance des pays en voie de développement, en se fondant sur une nouvelle approche de réforme économique. Cette méthodologie analyse les évolutions et les caractéristiques structurelles de l’économie mais ne tient pas compte des récentes évolutions et dynamiques des réformes. 

Ce rapport a fait l’objet d’un lancement officiel ce 25 février 2015, au Centre d’accueil et de conférences de Rabat. Le président de la BAD, Donald Kaberuka avait fait le déplacement pour y assister au côté du chef du gouvernement marocain, Abel-Ilah Benkiran et de l’ambassadeur des Etats-Unis au Maroc, Dwight Bush – entre autres.