Les banques multilatérales de développement réunies pour le suivi du financement climatique

07/12/2012
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La Banque africaine de développement (BAD) a dirigé un panel de banques multilatérales de développement (BMD) en vue de développer une nouvelle approche conjointe dans le suivi de l’évolution du financement climatique- financement des mesures d'atténuation et d’adaptation inclus. Les rapports ont été lancés lors d’un événement parallèle à la Conférence des Nations Unies sur les changements climatiques (CdP18) à Doha le 5 décembre.

La nouvelle méthodologie commune pour suivre le financement climatique et évaluer son impact a été lancée lors d'une table ronde avec des représentants de chacune des BMD concernées : la BAD, la Banque asiatique de développement (BAsD), la Banque européenne pour la reconstruction et le développement (BERD), la Banque européenne d'investissement (BEI), la Banque interaméricaine de développement (BID), la Société financière internationale (SFI) et la Banque mondiale.

Simon Mizrahi, Directeur du département assurance qualité et résultats (ORQR) de la BAD, a exprimé l’urgence de prendre en considération le financement du climat et son suivi, et d’en faire une obligation morale. « Le changement climatique a une incidence négative sur les vies et l'avenir de millions de personnes, en particulier en Afrique où elles seront les plus durement touchées. La sécheresse, les tempêtes et les inondations détruisent les moyens de subsistance de millions de personnes dans les pays les plus vulnérables de la planète », a ajouté M. Mizrahi. « La lutte contre le changement climatique nécessite un effort collectif à travers le monde entier, au vu des chiffres alarmants. Pour toutes ces raisons, un partenariat collectif est la seule façon d'avancer. »

La spécialiste en chef du changement climatique, Mafalda Duarte, a présenté les rapports conjoints des BMD sur le financement des mesures d'adaptation et d'atténuation et la façon dont celles-ci contribueront à une meilleure définition des projets tout en permettant un reporting bonifié auprès des parties prenantes - qu'il s'agisse des pays membres, des institutions ou des donateurs privés. « Des engagements ont été pris en termes de financement climatique sachant que celui-ci est indispensable pour affronter les impacts des changements climatiques auxquels nous sommes confrontés et auxquels nous ferons face dans l’avenir », a déclaré Mafalda Duarte. Elle ajoute : « Ces rapports conjoints fournissent un canevas pour suivre l’évolution de ces engagements et leurs progrès dans les investissements liés au climat. Nous pensons également que ce suivi et cette supervision serviront à mobiliser des ressources issues des marchés de capitaux vers des investissements verts, et contribueront à définir l’avenir de ces investissements. »

Selon Claudio Alatorre, spécialiste senior du changement climatique à la BID, l'idée est simple : « Nous sommes en train de mettre la planète au régime et nous, les banques multilatérales de développement, sommes en train d’élaborer le menu de ce régime. L'accent est mis sur les activités de développement à faible émission de carbone. »

Les représentants des BMD ont tous convenus que le processus d'harmonisation de leurs méthodes de suivi permet d’impulser une dynamique dans la lutte contre les effets négatifs du changement climatique. Mais cet effort commun est le début d'un long processus, et de nombreux défis sont à venir. L'un d’eux sera d’encourager les investissements privés dans le financement de la lutte contre le changement climatique, un objectif encore loin d’être atteint.

Le travail collaboratif initié par la Banque africaine de développement « est une véritable réussite et une première dans son genre », a salué Simon Brooks, vice-président chargé de l'environnement et des actions de lutte contre le changement climatique à la BEI.

Les banques multilatérales de développement se sont engagées à poursuivre en ce sens, sachant que leur collaboration prend de plus en plus d’ampleur. « Nous n’évaluons pas notre succès par l'argent que nous gagnons, mais par les changements durables que nous accomplissons », a conclu Thomas Kerr, directeur des initiatives du changement climatique au Forum économique mondial, qui a animé la réunion.

Contexte

La communauté internationale reconnaît la nécessité d'unir ses forces pour éviter les impacts dangereux du changement climatique, et donc de mobiliser des ressources financières d’origines variées, publiques et privées, bilatérales et multilatérales, voire alternatives. Il est de plus en plus important de suivre et de présenter les flux financiers qui encouragent l'atténuation du changement climatique et l’adaptation au phénomène, de renforcer la confiance et le sens des responsabilités face aux engagements en matière de financement climatique, et d’observer les tendances et les progrès enregistrés dans l’investissement lié au climat. Cependant, il n'existe actuellement aucune définition précise et convenue au niveau international du financement de la lutte contre le changement climatique et des efforts actuels pour suivre le financement climatique manquent de transparence, de comparabilité et d'exhaustivité.

Afin de remédier à ce problème en ce qui concerne les banques multilatérales de développement (BMD), au début de l’année 2011 les vice-présidents des banques multilatérales de développement ont convenus de déployer des efforts communs pour le développement d'une méthodologie conjointe qui supervise l’atténuation du changement climatique et le financement de l'adaptation.

Un groupe de travail a ainsi été créé au sein des BMD sur le suivi du financement climatique, la BID étant chargée de la coordination sur l'atténuation et la BAD de celle sur l'adaptation. La méthodologie conjointe des BMD pour le suivi du financement de l'atténuation, et les montants du financement pour 2011 ont été préparés et communiqués au cours de Rio +20. Sous l’égide de la BAD, les BMD se sont engagées dans un même effort pour développer une approche commune pour le suivi du financement de l'adaptation qui a été présenté et discuté lors de l’événement parallèle à Doha.