Le programme Nepad pour la science et la technologie a besoin d’un appui politique majeur – Interview de M. John Mugabe, directeur du bureau de la science et de la technologie du NEPAD

15/06/2007
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Le programme Nepad pour la science et la technologie a besoin d’un appui politique majeur – Interview de M. John Mugabe, directeur du bureau de la science et de la technologie du NEPAD

Créé en novembre 2003 dans le cadre du Nouveau Partenariat pour le Développement de l'Afrique (NEPAD) et de l’Union africaine (AU), le Conseil ministériel africain sur la science et la technologie (AMCOST) « est une plateforme de haut niveau pour l'élaboration de politiques et la définition de priorités en matière de science, de technologie et d’innovation pour le développement de l'Afrique », qui « fournit une direction en matière de politiques et d'orientation en vue de la mise en œuvre du Plan d'action consolidée pour les sciences et les technologies en Afrique (PAC) ». 

Outre la promotion de la coopération scientifique et technologique entre pays africains, l’AMCOST vise à faciliter l'exploitation et l'application de la science et de la technologie en vue de la transformation des économies africaines et de contribuer aux efforts pour la réalisation des objectifs du millénaire pour le développement (OMD). En tant qu'organe chargé de la définition des priorités et des politiques continentales relatives au développement et à l'application des sciences et la technologie pour la transformation socio-économique en Afrique, l’AMCOST a, en collaboration avec la BAD, élaboré et adopté un plan d'action consolidé pour les sciences et les technologies en Afrique, qui « définit les objectifs communs de l'Afrique et l'engagement pour une action collective visant à développer et à utiliser la science et la technologie en vue de la transformation socio-économique du continent et de son intégration dans l'économie mondiale ».

Ce sujet qui s’articule autour de la science, la technologie et la recherche scientifique pour le développement était le thème de la huitième session ordinaire des chefs de l'État et de gouvernement de l'Union africaine, tenue à Addis-Abeba en janvier 2007.

Dans l’interview suivante, M. John Mugabe, directeur du bureau de la science et de la technologie du NEPAD, a analysé les réalisations enregistrées et les défis que le programme doit relever, et a donné des indications sur la voie à suivre pour la science et la technologie en Afrique.

Pouvez-vous décrire brièvement le rôle du bureau de la science et la technologie dans le cadre du NEPAD?

Le bureau Science et Technologie est le secrétariat technique et administratif du Conseil ministériel africain sur la science et la technologie (AMSCOT). Il élabore et supervise la mise en œuvre de nouveaux concepts, programmes et projets. Il mobilise les ressources techniques et financières nécessaires à la mise en œuvre du Plan d'action consolidée de l’Afrique dans le domaine de la science et la technologie et des programmes connexes de l'Union africaine (UA). Il prépare des documents techniques et recherche des conseils fondés sur des faits pour l’AMSCOT et ses organes subsidiaires.

Comment les OMD sont-ils articulés dans le cadre institutionnel du programme Science et Technologie ?

Le plan d’action consolidé (PAC) et ses programmes sont explicitement axés sur l'utilisation et la mise en application de la science et de la technologie en vue de la réalisation des objectifs du millénaire pour le développement (OMD). Ses programmes portent sur des domaines tels que la santé, l'eau, l'environnement durable, l'énergie et les changements climatiques, les questions de genre, l'agriculture et la sécurité alimentaire. Ils mettent l’accent sur l'investissement dans la recherche scientifique et l'innovation technologique en vue d’éradiquer la pauvreté et de réaliser le développement durable.

Lorsque nous avons discuté à Pretoria en mars dernier, vous avez déclaré que le programme avait besoin d'un appui politique. Est-ce toujours le cas ? Si oui, comment votre programme engage-t-il les gouvernements à contribuer au financement de la recherche dans le domaine de la science et de la technologie ?

Il existe un engagement politique de haut niveau de plus en plus important en faveur de la mise en œuvre du Plan d’action consolidé et d'autres programmes régionaux axés sur la science, la technologie et les innovations. Cet engagement s’est traduit par les décisions prises par les chefs d'État et de gouvernement à l'occasion du Sommet de l'Union africaine en janvier 2007. Un nombre croissant de gouvernements africains augmentent leurs dépenses publiques en matière de recherche-développement (R&D) et d'autres conçoivent de nouvelles stratégies et de nouveaux mécanismes institutionnels en faveur de la science et de la technologie. Avec le concours financier de l'Agence suédoise de coopération pour le développement international (SIDA), nous entreprendrons une étude fouillée sur les investissements nationaux dans le domaine de la science, la technologie et les innovations. Des indicateurs spécifiques à la science, la technologie et les innovations seront intégrés dans le Mécanisme africain d'évaluation par les pairs (MAEP) pour permettre aux pays de prendre en compte le rôle de la science, de la technologie et des innovations dans le développement humain et la gestion nationale lors de l'examen de la gouvernance politique et économique.

Les objectifs de l’AMSCOT laissent penser que le plan d'action a été conçu de manière à engager les hommes politiques à le mettre en œuvre. Comment avez-vous sensibilisé les gouvernements africains à la création de l’AMSCOT et à l'adoption d'un plan d'action consolidé (PAC) ?

Le PAC a été créé par les gouvernements, la société civile et les milieux académiques africains dans le cadre d’une approche ascendante, participative et d'un processus axé sur le savoir. En 2003, les ministres africains de la science de la technologie se sont réunis à Johannesburg et ont convenu des grandes lignes du plan d'action. Ce plan a ensuite été utilisé par les experts et les institutions régionales pour développer des idées de projets spécifiques qui ont par la suite été examinées en ateliers dans chacune des cinq régions géographiques du continent. Les contributions de ces ateliers ont été consolidées en un plan d'action (PAC) avant d'être soumises à l’AMSCOT, pour adoption, lors de sa deuxième conférence tenue à Dakar, Sénégal, en 2005. En janvier 2006, les Chefs d'État et de gouvernement ont entériné le Plan d'action consolidée lors du Sommet de l'UA tenu à Khartoum.

Les gouvernements nationaux ont été sensibilisés aux avantages des approches et programmes régionaux dans le domaine de la science et de la technologie, à travers les ateliers et les sites Web.

Selon le site www.nepadst.org, au moins six études ont été réalisées et un certain nombre d'activités sont dans leur phase de mise en œuvre. En outre, le programme consacré à l'énergie, les rapports d'étape sur les projets de biosciences et la formation des Africains aux cycles de maîtrise et de doctorat sont en cours. Pouvez-vous nous en dire plus ?

Plusieurs projets de recherche, de renforcement des capacités et d'innovation ont été initiés. Par exemple, dans le domaine des sciences de la vie, nous avons créé un réseau africain des principaux centres de recherche où les étudiants et les chercheurs africains se consacrent à la résolution de problèmes spécifiques liés à la santé, à la production alimentaire et aux défis environnementaux. L'Agence canadienne de développement international (ACDI) a offert 30 millions de CAD à titre de fonds initial pour le réseau. Les gouvernements africains commencent à apporter leur contribution à cette initiative.

Nous avons également lancé le Réseau Sciences et Technologies de l'Eau avec des projets axés sur l'amélioration de la qualité de l'eau et l'assainissement, le développement des technologies visant à anticiper et à gérer les catastrophes y afférentes telles que les inondations, et la mise en place d'une base de connaissances permettant la conservation des ressources en eau. En novembre 2006, un dialogue interministériel regroupant les ministres africains de la science, de la technologie et de l’eau a adopté des critères et des directives pour la création d'un réseau africain de centres d’excellence dans le domaine des sciences hydrauliques et technologiques.

Les innovations dans la transformation des denrées alimentaires, la conception d'ordinateurs portables et la mise au point de médicaments contre le paludisme sont autant de réalisations enregistrées dans le domaine de la science et de la technologie en Afrique depuis 1960 - dates à laquelle beaucoup de pays africains ont accédé à l'indépendance. Selon vous, quelles sont les autres grandes réalisations enregistrées à ce jour ?

D'autres réalisations sont notamment l'amélioration des techniques de conservation des plantes et des ressources génétiques en matière d’élevage, le renforcement ou la forte utilisation des technologies de l'information et de la communication dans les écoles, les entreprises et les hôpitaux et la mise au point de nouvelles variétés de culture.

À la page 7 du Plan d'action consolidé publiée en 2006, on peut lire ceci: « le continent n'a pas investi dans la science, la technologie et les innovations en tant que sources et catalyseurs de la croissance économique et du développement durable à long terme ». Quels sont les facteurs qui expliquent cet échec ?

Ces facteurs sont notamment: a) appréciation et sensibilisation insuffisante en ce qui concerne le rôle de la science et de la technologie dans le changement climatique et le développement humain, b) appui politique et public limité en faveur des programmes relatifs à la science, la technologie et les innovations et c) peu de donateurs se sont engagés à financer les projets scientifiques et technologiques.

Ces problèmes existent-t-il toujours ?

Certains signes montrent qu’il ya des changements. Un nombre croissant de pays africains augmentent leurs dépenses publiques consacrées à la recherche et au développement.

Quels sont, selon vous, les autres défis à relever ?

Le principal défi est de bâtir et de soutenir un engagement politique pour l’investissement dans la science et la technologie.

Le succès d'un programme dépend de la mise en œuvre continue de politiques clairement définies. En ce qui concerne la mission du NEPAD, cela implique la collaboration entre les gouvernements, les responsables de la recherche et les organismes de financement et leurs capacités à s'entendre sur les termes de référence. Quelles sont les difficultés que le programme S&T a rencontrées à cet effet et comment ont-elles été surmontées ?

Les principaux défis consistent notamment à amener les Gouvernements africains à apporter une contribution financière aux projets régionaux et continentaux dans le domaine des S &T. Ces Gouvernements n'ont pas souvent l’habitude d’investir dans les programmes régionaux. Nous devons faire plus pour leur montrer les avantages d’une approche régionale et de la coopération dans le domaine de la science et de la technologie.

Pour accroître l’impact de la recherche scientifique en Afrique, les consommateurs doivent changer d'attitude vis-à-vis des biens et services scientifiques et technologiques produits et mis en circulation en Afrique. Le secteur privé doit renforcer l'investissement dans ce domaine et les gouvernements africains doivent être mieux sensibilisés pour avoir des stratégies concrètes en matière d'investissements. Le MAEP peut-il encourager les dirigeants africains à promouvoir une image positive des produits et inventions du domaine de la science et de la technologie ?

Les indicateurs utilisés à l'heure actuelle dans la revue de la gouvernance politique et économique n’ont aucune référence explicite à la science à la technologie. Nous allons y remédier grâce à la mise en point d’un nouveau programme pour les indicateurs de la science, de la technologie et des innovations. Le bureau Science et Technologie du NEPAD participera aux prochaines opérations du MAEP dans les pays.

Vous avez suggéré que la BAD pourrait collaborer avec le bureau S&T du NEPAD en favorisant une plus grande sensibilisation aux activités S&T en vue de la réalisation des OMD. Pouvez-vous décrire d'autres moyens à travers lesquels la BAD et le NEPAD S&T peuvent collaborer ?

L’AMSCOT a décidé que le NEPAD, la Commission de l’UA et la BAD devraient créer un Fonds africain pour la science et l'innovation. Il s'agit d'un mécanisme de financement de la mise en œuvre du Plan d'action consolidé et des programmes connexes. Un processus a été initié pour étudier la possibilité de créer ce Fonds avec comme l’un des principaux partenaires, la BAD.

Pour renforcer sa visibilité et sa capacité à réaliser les OMD, le programme du NEPAD S&T peut établir des relations durables avec des institutions étrangères de renom qui entreprennent des innovations d’avant-garde dans le domaine de la science et de la technologie. Quels sont les efforts accomplis à ce jour par le programme ?

Nous amenons les centres africains à établir des partenariats avec des universités et des instituts de recherche de pointe en Asie, en Amérique et en Europe. Dans le domaine de l'eau par exemple, nous avons établi un partenariat avec l'institut français de recherche pour le développement (IRD). L’IRD travaille en collaboration avec nous pour créer un réseau sur les sciences de l'eau et le développement des technologies. Dans le domaine des politiques concernant la science et les innovations, nous avons conclu un protocole d'accord avec l'université de Lund en Suède en vue de la formation des étudiants et des décideurs africains. Plusieurs arrangements de cette nature ont déjà été faits.

Quel est l’avenir de la science et de la technologie en Afrique ?

La science et la technologie sont la clé de la transformation socio-économique de l'Afrique. Les Africains et leurs dirigeants l’ont reconnu. L’UA et l’AMSCOT veilleront à ce que la science et la technologie aient un avenir sûr et prometteur en Afrique !

Interview préparée et réalisée par Emmanuel K. Ngwainmbi, Département du NEPAD, de l'intégration régionale et du commerce, Banque africaine de développement engwainmbi@afdb.org Tél +216 71 10 2627


Speaker

Nom: John Mugabe Titre: Director of the NEPAD Office of Science & Technology