Un nouveau partenariat de la BAD pour enrayer la cyberviolence basée sur le genre

08/03/2016
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La Banque africaine de développement (BAD) a lancé un partenariat avec Facebook, l’Autorité des technologies de l’information et de la communication (TIC) du Kenya, la magistrature et la police kenyane afin de mieux sensibiliser à la violence dans le cyberespace basée sur le genre.

Cet événement, qui a eu lieu à Nairobi (Kenya) le mardi 8 mars 2016, est l’une des actions menées par la Banque pour marquer la Journée internationale de la femme. La Banque était représentée par l’envoyée spéciale de la BAD pour les questions de genre, Geraldine Fraser-Moleketi, et le directeur régional pour l’Afrique de l’Est, Gabriel Negatu.

Ce partenariat renforcera les capacités de la police et de la magistrature kenyanes à gérer la cyberviolence basée sur le genre. Cette initiative reconnaît que la violence perpétrée sur Internet à l’égard des femmes et des jeunes filles est endémique au Kenya comme dans de nombreuses régions d’Afrique, mais que rien de suffisant n’est fait pour y remédier, notamment par manque de données. « C’est un domaine nouveau. Lorsqu’on songe au cyberespace, on ne peut pas dire que c’est un sujet sur lequel on dispose de suffisamment de données. Mais toujours est-il que l’on a constaté que de plus en plus de femmes sont harcelées », a indiqué Fraser-Moleketi.

L’Enquête démocratique et de santé 2014 du Kenya révèle que 41 % des femmes âgées de 15 ans à 49 ans ont été victimes de violence. Bien que la cyberviolence n’ait pas été enregistrée comme une forme de violence par les indicateurs de cette enquête, si l’on prenait en compte la cyberviolence contre les femmes et les jeunes filles, ce chiffre risquerait d’augmenter considérablement, ont indiqué les Nations Unies.

Fraser-Moleketi a ajouté que même si les TIC ont été utilisées positivement pour parvenir au développement, voire pour améliorer l’accès au secteur des services financiers, elles ont également été employées comme moyen de cyberintimidation et de cyberharcèlement, par lequel l’espace personnel des individus est transgressé. Le harcèlement électronique, les propos haineux, l’usage abusif d’informations personnelles, qui sont en progression en Afrique, sont des utilisations abusives des technologies et ont créé une plateforme où les femmes et les jeunes filles du continent se sentent marginalisées et menacées en raison de leur sexe, expliquent les spécialistes.

Selon l’Institut d’études de sécurité, les vidéos virales de viols, de plus en plus nombreuses, sont par exemple devenues monnaie courante, notamment en Afrique du Sud, s’ajoutant ainsi aux autres formes de cyberviolence basée sur le genre.

Certains pays africains, dont l’Ouganda et la République du Congo, seraient en train de prendre des mesures pour améliorer les cadres réglementaires et renforcer l’utilisation des technologies pour répondre aux préoccupations grandissantes que suscite la violence numérique basée sur le genre.

Le nouveau partenariat lancé pour combattre la cyberviolence au Kenya vise à donner à la police et à la magistrature les moyens de traiter les cybercrimes, de réprimander les auteurs de ces crimes et de protéger les victimes, en s’appuyant sur la législation actuelle et nouvelle. « Les sanctions doivent comprendre le soutien des victimes par la justice et l’engagement de poursuites contre les délinquants, mais aussi l’application cohérente de mesures répressives contre les internautes qui, dans le cyberespace, utilisent la violence à l’égard des femmes et des jeunes filles », a déclaré Zebib Kavuma, directrice pays d’ONU Femmes pour le Kenya.

Le lancement de ce partenariat a été précédé d’une conférence-débat intitulée « Les femmes à la pointe du développement : la lutte contre la cyberviolence ». L’importance de faire connaître les normes qui régissent l’utilisation du cyberespace est apparue comme un élément déterminant pour enrayer la cyberviolence. « Nous devons mieux sensibiliser et mieux informer le public sur les ressources dont nous disposons. Nous devons nous associer et autonomiser les populations », a fait remarquer Akua Gyekye, responsable de la politique publique de Facebook pour l’Afrique.

La Banque africaine de développement a réaffirmé son engagement à soutenir le gouvernement pour s’assurer que la nouvelle initiative visant à lutter contre le cybercrime au Kenya soit un succès durant son mandat. « Grâce à nos programmes, nous allons renforcer les mesures de lutte contre le cybercrime afin de protéger les droits des femmes dans le cybermonde », a expliqué  Gabriel Negatu.

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