Grâce au projet d’énergie propre primé d’un entrepreneur nigérian, la cuisson des aliments ne fera plus de victimes

16/09/2015
Share |

Femi Oye, Co-fondateur et PDG de SMEFUNDS-GEB, gagnant du premier Prix WAFCEF en 2013; Joao Duarte Cunha, coordonnateur, Fonds de l'énergie durable pour l'Afrique; et Olukunle Odebunmi, ancien directeur de la société de Oye.


Femi Oye, lauréat du tout premier prix du Forum ouest-africain pour le financement des énergies propres (WAFCEF) en 2013, réalise son rêve de contribuer à améliorer la santé des femmes au Nigeria et au-delà en fournissant une énergie propre, sûre et abordable.

Il a été motivé par le fait que sa grand-mère, Mama Kike, et de nombreuses autres femmes ont succombé à des maladies respiratoires parce qu’elles avaient inhalé du noir de carbone en cuisinant. Sa grand-mère, qui l’a élevé, est décédée quand il avait neuf ans. On lui avait diagnostiqué un cancer du poumon et des lésions rénales, et elle a eu une crise prolongée avant de mourir.

Plus de 80 % de la population – des ménages à faible revenu – serait coupée du réseau électrique au Nigéria. On estime que 84 % des habitants n’ont pas accès à des combustibles de cuisson et d’éclairage de qualité, et 95 000 femmes meurent chaque année à cause de la pollution de l’air intérieur. « Chez nous, les femmes cuisinent avec du kérosène, du charbon de bois et du bois de chauffage dangereux, polluants et chers. Alors, j’ai voulu faire quelque chose », explique Femi Oye, qui a grandi dans le sud-ouest du Nigeria.

Il voulait aussi trouver un moyen permettant aux femmes de ne pas avoir à marcher sur de longues distances pour aller chercher du combustible pour la cuisine. Il se souvient qu’il parcourait, comme de nombreux autres enfants de sa communauté, des kilomètres pour chercher du bois de chauffage et préparer un repas chaque jour ; et il devait parfois manquer l’école pour le faire.

« Il y a cinq ans, je suis allé au laboratoire et j’ai rapporté un gel bioéthanol, une solution simple, sûre, propre et abordable utilisée dans les cuisinières. Ce gel a remplacé le kérosène, le bois de chauffage et le charbon de bois qui sont dangereux et chers. Je suis déterminé à donner de l’espoir à des millions de femmes et à faire en sorte que la cuisine ne les tue pas comme elle a tué ma grand-mère, Mama Kike », ajoute-t-il.

C’est ce « projet » de gel pour cuisinière, un projet pilote de sa société SMEFUNDS (Small and Medium Entrepreneurship Fundamentals), qui a permis à Femi Oye d’obtenir, en 2013, une bourse de 580 000 dollars EU du Forum WAFCEF pour développer ses activités de promotion de l’énergie verte. Le projet de Femi Oye a été sélectionné parmi ceux de 10 finalistes issus de la région. Ce prix a été coparrainé par le Fonds des énergies durables pour l’Afrique, qui est hébergé par le Département de l’énergie, de l’environnement et du changement climatique de la Banque africaine de développement.

Ce biocarburant gélifié, produit à partir de déchets de biomasse (jacinthe d’eau et sciure de bois), est moins dangereux que les combustibles fossiles, qui émettent davantage de dioxyde de carbone, un gaz responsable du réchauffement climatique. Quelque 350 000 ménages nigérians, ghanéens et béninois utilisent désormais les cuisinières et le gel éthanol non polluant de Femi Oye pour cuisiner. « Le projet a permis de remplacer le kérosène nocif par l’équivalent de plus de quatre millions de litres de biocarburant en gel pour la cuisson », indique Femi Oye.

Interviewé à la veille de la cérémonie de remise des prix du deuxième Forum ouest-africain pour le financement des énergies propres (WAFCEF2), Femi Oye a déclaré qu’il était fier de sa contribution à une énergie verte et de voir les communautés locales s’impliquer. « Nous avons montré à quel point la détermination, la technologie et les investissements peuvent jouer un rôle important dans la résolution de la crise énergétique et le renforcement de la sécurité alimentaire, en accordant une place centrale aux individus et à l’environnement ».

Femi Oye a par ailleurs indiqué que la participation active des petits exploitants agricoles et un réseau en pleine expansion de jeunes et de femmes entrepreneurs étaient déterminants pour la réussite de sa mission. Ces personnes non seulement fournissent des matières premières à son usine, mais elles font aussi mieux connaître les biocarburants sûrs, propres et abordables, car elles distribuent ses produits aux clients.

À ce jour, SMEFUNDS a soutenu plus de 25 000 entreprises vertes gagnant de 200 dollars EU à 1 000 dollars EU environ par mois en distribuant à leurs clients des cuisinières améliorées non polluantes. « Nous avons créé une entreprise qui aide les gens et la planète et qui fait du bénéfice. C’est du développement durable », explique Femi Oye.

La cérémonie de remise des prix du deuxième Forum ouest-africain pour le financement des énergies propres (WAFCEF2) a lieu jeudi 17 septembre au siège de la Banque africaine de développement, à Abidjan ; c’est l’un des multiples événements organisés par la Banque et ses partenaires durant la Semaine de l’énergie.

Les 17 et 18 septembre, une réunion consultative de haut niveau sur le thème d’un nouveau Pacte pour l’énergie de l’Afrique examinera les possibilités de développer les énergies renouvelables sur le continent. Cet événement de haut niveau se déroulera sous la conduite du président de la Banque africaine de développement, M. Akinwumi Adesina, au siège de la Banque à Abidjan.