« Les poulets de la N’Sele sont de retour » la BAD finance la reprise des activités de la ferme de la N’Sele dans le cadre de sa réponse à la crise alimentaire en Afrique

10/03/2010
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Bien qu’il soit modeste en terme d’investissement, le projet de relance de la production avicole et porcine dans l’ex-domaine agroindustriel présidentiel de la N’Sele (DAIPN), en République Démocratique du Congo (RDC), pourrait devenir l’un des projets à succès de la campagne menée par le Groupe de la Banque africaine de développement (BAD) pour mitiger l’impact de la crise alimentaire dans ses pays membres régionaux. La Réponse à la crise alimentaire en Afrique (RCAA), le cadre conçu par la Banque pour apporter une aide rapide aux pays membres régionaux (PMR) touchés par la hausse des prix des denrées, a été approuvé le 24 juillet 2008.

La RCAA vise à réduire la vulnérabilité des pauvres face à l’augmentation et à l’instabilité des prix des denrées alimentaires; à promouvoir une croissance à large assise par une productivité agricole accrue, la participation au marché, et le renforcement des politiques des pouvoirs publics en faveur du développement durable du secteur agricole ; et à doter les Etats de moyens suffisants leur permettant de créer un environnement favorable à une croissance agricole durable, tirée notamment par le secteur privé.   

Le projet s’articule autour des quatre composantes suivantes :

  • Renforcement des capacités des services d’appui ;
  • Développement de la production agricole ;
  • Réhabilitation des infrastructures rurales ; et
  • Gestion du projet. L’opération vise à accroitre la production annuelle de 5850 tonnes de viande de poulets et de 360 tonnes de viande de porcs, et faire de Nsele, une ferme pilote en vue de l’extension de cette initiative sur l’ensemble du pays.


« Aux festivités du nouvel an, la population kinoise va consommer le poulet de la N’Sele… L’important pour nous, c’est de donner à manger à tous », avait rassuré le ministre de l’Agriculture, de la pêche et de l’élevage, Norbert Basengezi Katintima, quelques semaines avant la fin de l’année 2009.

C’est avec cette promesse à l’esprit que les kinois ont effectivement accueilli, le 23 décembre 2009, le lancement de la vente du poulet « Soso ya N'sele » provenant de la ferme financée par la BAD à hauteur de 8 millions de dollars (5.323.000 UC), qui a démarré effectivement le 1e octobre 2009. L’objectif du projet était d’améliorer la sécurité alimentaire par la relance de la production animale, afin de réduire les importations massives de viande et d’œufs et d’en baisser le prix en faveur de la grande masse A faible revenu. Il visait à contribuer à la relance de la filière avicole dans le pays.

Le projet comporte :

  • La mise à niveau et l’exploitation des fermes avicole et porcine, à raison de quarante-cinq et douze bâtiments respectivement, aujourd’hui opérationnels et dûment équipés pour la production (petit outillage, matériel d’élevage et produits vétérinaires) ;
  • L’acquisition du matériel animal (1.000.000 poussins de chair, 50.000 poussins de ponte, 4.900 poussins parentaux de chair et 1.000 poussins parentaux de ponte) et de 710 porcs géniteurs pour peupler les bâtiments d’élevage. Cette composante est bien engagée.
  • L’acquisition d’une unité de provenderie faite d’un broyeur-mélangeur de 3 tonnes d’aliment/heure, opérationnelle depuis un mois. La ferme dispose à ce jour d’un stock d’environ 750 tonnes de maïs, 90 tonnes de soja et 15 tonnes de son de blé.

Les résultats parlent d’eux-mêmes :

  • La réhabilitation de la ferme de la N’Sele est aujourd’hui une réalité et elle est entrée en production effective après 3 mois de mise en exploitation. La ferme s’approvisionne au rythme de 12.000 poussins d’un jour par semaine et compte ainsi aujourd’hui environ 106.000 poulets de chair, 18.123 poulets de ponte et 448 porcs de race améliorée dont 400 truies, 13 verrats, 30 jeunes verrats et 5 porcelets.
  • Depuis fin décembre 2009, le poulet de chair d’un poids variant entre 1,2 à 2,4 kg est à bas prix sur le marché de Kinshasa (2700 CDF pour poulet vivant contre 3.000 CDF pour poulet abattu, soit 3 dollars EU l’unité) par rapport aux poulets importés dont le coût oscille entre 4.500 et 5.400 CDF.
  • A ce jour, plusieurs points de vente sont ouverts au public. La ferme de la N’Sele peut aujourd’hui livrer sur le marché environ 29.000 poulets de chair. Avec la mise en stabulation des pondeuses, la production d’œufs est attendue à partir de juin prochain.
  • La viande porcine devrait arriver sur le marché au mois de juin prochain.
  • La population de Kinshasa et ses environs, de près de 10 millions d’habitants, profite de cette initiative. Le succès de cette expérience pourra inspirer des projets semblables à l’intérieur du pays : Kasaï Oriental, Katanga et Sud-Kivu, en particulier.

Pour Coulibaly Médjomo, Représentant Résident du bureau de la RDC, et Bakach Dikand Kadiata, l’expert agronome du Bureau de la RDC, la surprise a été totale de voir qu’en trois mois à peine, la réponse de la BAD à la crise alimentaire a permis de livrer sur le marché le fameux « Soso ya N’Sele », c’est-à-dire le « poulet de N’Sele » qui avait disparu depuis des décennies. « Le lancement de la vente du poulet le 23 décembre 2009 dernier, en présence du Vice-premier ministre en charge de la Reconstruction, des responsables du gouvernement à divers niveaux (y compris la présidence de la République), des chefs coutumiers et de la population bénéficiaire, a été un événement haut en couleurs, relayé par nombre de radios et de chaînes de télévision du pays. Beaucoup d’éloges ont été faits à l’endroit de la Banque pour cette action d’éclat qui ne laisse personne insensible dans le pays, » a affirmé M. Kadiata.

En plus, le succès de la relance de la ferme de la N’Sele, en un temps record, a actuellement donné au gouvernement la détermination d’explorer les perspectives ci-après :

  • Un programme d’extension de l’initiative à l’intérieur du pays avec le solde encore disponible sur le don. Le ministère de l’Agriculture envisage d’allouer ce fonds à la relance de trois autres fermes à l’intérieur du pays ;
  • Un appui au développement de l’élevage au niveau des petits opérateurs par la fourniture des animaux de race améliorée (volaille et porcs) et par la production autonome de l’aliment (principal goulot d’étranglement) ;
  • L’organisation de la filière avicole sur l’ensemble de la R.D. Congo, à l’initiative du ministère de l’Agriculture, avec les acteurs des secteurs public et privé et les partenaires techniques et financiers, en réfléchissant aux moyens concrets à mettre en œuvre à cette fin dans le cadre d’un plan d’action national.