Une Afrique, une monnaie unique ?

29/10/2013
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« Peut-on envisager une seule monnaie pour l'Afrique ? » s'est interrogé Victor Murinde, directeur de l'Institut africain de développement à la Banque africaine de développement (BAD). Cette question, nombre de délégués assistant à la session consacrée à la “Convergence et unions monétaires” l’avaient à l'esprit, lors de la première journée de la Conférence économique africaine (CEA), dont le thème cette année est voué  à “l'intégration régionale en Afrique”. Une deuxième question liée à cette thématique s’est posée : Comment les unions monétaires vont-elles stimuler l'intégration régionale en Afrique ?

Des unions économiques régionales existent déjà pour promouvoir la convergence, c'est-à-dire la réduction progressive des disparités entre les indicateurs économiques respectifs des différents pays africains qui projettent d'adopter une monnaie commune.

« Une discipline fiscale stricte et une politique de rigueur forte sont nécessaires dans les pays africains, s'ils veulent progresser vers une devise monétaire unique », a souligné Bamba Ka. Cet étudiant en économie qui prépare son doctorat à l'université de Dakar, a présenté une communication sur le niveau de convergence des chocs macroéconomiques au sein de la Communauté des États de l'Afrique de l'Ouest (CEDEAO).

« Ces pays sont-ils prêts pour l'union monétaire ? » a-t-il demandé. « Il appartient aux ministres des Finances de ces pays de nous fournir les réponses. Toutefois, les résultats à ce jour montrent qu'ils ne sont pas prêts pour l'intégration. » La convergence totale, a-t-il conclu, sera difficile à atteindre.

Le deuxième intervenant, Emmanuel Dele Balogun, chargé de cours à l'université de Lagos, a, quant à lui, présenté une communication intitulée “L'inflation au sein de la ZMAO [Zone monétaire de l'Afrique de l'Ouest] peut-elle converger en l'absence d'une coordination préalable des politiques monétaires ?”. Analysant les déterminants des écarts d'inflation au regard des critères de convergence de la ZMAO, instaurée en 2000, l’étude souligne la nécessité, pour les pays membres, de mener au préalable des politiques monétaires indépendantes qui soient à même de réduire les écarts d'inflation et de maintenir pour objectif de convergence un taux d’inflation inférieur à 10 % – ce, afin de minimiser le coût de l'unification monétaire pour les Etats signataires. Or, le taux d'inflation dans les pays membres de la ZMAO variant de 5 % à 20 %, la plupart n'ont pas atteint cet objectif de convergence. Par ailleurs, estime Emmanuel Dele Balogun, les objectifs de politique publique divergent au point que la création d'une monnaie commune par les pays de la ZMAO ne saurait se concrétiser dans un futur proche.

La mondialisation de l'économie et la création de blocs économiques régionaux ont diminué l'effet des frontières nationales physiques, a convenu William Gbohoui, doctorant à l'université de Montréal, au Canada, et auteur d’une communication intitulée “Intégration économique au sein de l'UEMOA : le mécanisme multilatéral de suivi favorisera-t-il la convergence en matière de croissance et de bien-être ?”. Son exposé analysait les conséquences du Pacte de convergence, de stabilité, de croissance et de solidarité, que les gouvernements de l'Union économique et monétaire ouest-africaine (UEMOA) ont adopté, pour stabiliser la situation économique et les politiques macroéconomiques, en vue d’assurer le développement harmonieux des États-membres.

La libéralisation a beau avoir un effet positif sur la rapidité de la convergence, l'échéance de convergence a été différée à plusieurs reprises, en raison de l'incapacité de certains pays à remplir les normes économiques communautaires de l'UEMOA. Initialement fixée à décembre 2002, cette échéance a été reportée successivement à décembre 2005 puis à décembre 2008. Elle est désormais fixée pour la fin de cette année.

Dans un contexte où les pays à bas revenu croissent plus rapidement, afin de rattraper leur retard sur les pays riches, William Gbohoui préconise de redéfinir les critères de convergence, de manière à aider les pays plus pauvres à atteindre leurs objectifs.