Discours du président Akinwumi Adesina à la conférence « Nourrir l’Afrique » : un plan d’action pour la transformation de l’agriculture africaine

21/10/2015
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Bonjour à tous! Bienvenue dans la belle ville de Dakar, à cette conférence de haut niveau sur la transformation de l'agriculture en Afrique.

Permettez-moi tout d’abord de remercier le Président Macky Sall pour son leadership remarquable et son soutien exceptionnel en faveur des grands enjeux de développement en Afrique. En tant que président du Nouveau Partenariat pour le développement de l'Afrique, il continue d’être à l’avant-garde de grandes initiatives qui sont essentielles pour la croissance accéléré et le développement du continent. Je tiens à féliciter le président Macky Sall et le peuple du Sénégal pour la brillante élection du Sénégal au Conseil de sécurité des Nations Unies. Lorsque nous parlons de sécurité, la sécurité la plus importante est celle du ventre. C’est pourquoi aujourd'hui, Monsieur le Président, la Banque africaine de développement et tous les co-organisateurs sont ravis de travailler en étroite collaboration avec vous et le gouvernement du Sénégal sur cette conférence de haut niveau sur la transformation agricole en Afrique. Nous devons nourrir l'Afrique.

Je suis également très heureux de constater que les chefs d'Etat et de gouvernement sont ici avec nous aujourd'hui, en particulier le Président Yayi Boni du Bénin, le Président John Mahama du Ghana et le Premier ministre Augustin Matata Mapon de la République démocratique du Congo. Je voudrais surtout saluer l'excellent travail de l'Union africaine et du NEPAD sur le Programme détaillé pour le développement de l'agriculture africaine (CAADP). Je me réjouis également du fait que les co-organisateurs de cette conférence, à savoir la Commission de l'Union africaine et la Commission économique des Nations Unies pour l'Afrique - sont représentés ici aujourd'hui par le Commissaire de l'Union africaine à l'économie rurale et à l'agriculture, Mme Rhoda Peace Tumusiime, et le Secrétaire exécutif adjoint du le CEA, le Dr Abdalla Hamdock. Et je suis très heureux de constater que le président Babaca N'Ndiaye, ancien président de la Banque africaine de développement est ici avec nous aujourd'hui. Nous nous appuyons sur les bases qu’il a posées pour poursuivre l'excellent travail qu’il a accompli en tant que président de la Banque africaine de développement.

La forte participation des ministres des Finances, des ministres de l'Agriculture et des gouverneurs des banques centrales – plus importante mobilisation du genre jamais enregistrée en Afrique - envoie un signal fort : l'Afrique est maintenant prête à faire de l'agriculture une activité commerciale. Je peux donc dire aujourd'hui que l'agriculture africaine est maintenant ouverte au monde des affaires. Et cette activité commerciale consiste à nourrir l'Afrique et à libérer le potentiel de l'Afrique afin de promouvoir la diversification des économies africaines. Sont présents ici aujourd'hui des agriculteurs, des représentants de la société civile, du secteur privé, des partenaires au développement, des jeunes entrepreneurs, des représentants de la presse et des chefs de missions diplomatiques au Sénégal et des hauts responsables gouvernementaux.

Votre présence, votre voix et votre soutien, symboles de votre ferme volonté et de votre engagement, nous montrent clairement que le moment est venu de nourrir l'Afrique. Cet appel à l’action explique la convergence ici aujourd’hui de plus de 500 personnes, venant des quatre coins du monde. Quelle mobilisation exceptionnelle !

Rien n’est plus important que l’alimentation. Si l'Afrique monte en puissance à la faveur de nouvelles découvertes de gisements de pétrole et de gaz, personne ne se nourrit de pétrole ou de gaz. Les individus consomment de la nourriture. L’accès à l’alimentation - en quantité et en qualité suffisantes - est un droit humain fondamental. Il y a à peine deux semaines, lors de l'Assemblée générale des Nations Unies, le monde a pris une décision audacieuse d'approuver les objectifs de développement durable. Lors de ma rencontre avec le Secrétaire général de l'ONU, Ban Ki-Moon, il m'a dit "les ODD doivent réussir en Afrique. S’ils ne réussissent pas en Afrique, on ne pourra pas dire qu’ils ont réussi ".

L'Afrique est, de toute évidence, un continent en expansion. Six des dix économies qui enregistrent la plus forte croissance au monde se trouvent en Afrique. Le revenu réel du continent a augmenté de 30% au cours des dix dernières années. L'investissement direct étranger est passé à 64 milliards d’USD tandis que les envois de fonds ont atteint 56 milliards d’USD, dépassant ainsi l'aide publique au développement. Malgré la faible croissance économique mondiale, le continent continue d’enregistrer un taux de croissance de 3,6% et ce taux devrait passer à 3,8% en 2016. Mais ce tableau ne présente la trajectoire que sous un angle.

L’autre angle de la trajectoire, que nous ne devons pas perdre de vue, montre que la croissance est très inégalement répartie. Aujourd’hui, l’Afrique affiche les taux d’inégalité les plus élevés au monde. Plus de 400 millions de personnes vivent avec moins de 1 dollar par jour. Si les taux de pauvreté ont baissé en Afrique, le nombre de pauvres en termes absolus a augmenté, et l'Afrique est la seule région du monde où le nombre de pauvres en termes absolus est en hausse. L'Afrique compte 20 des 24 pays affichant des taux de plus de 40%. Pas plus tard que la semaine dernière, j’étais au Ghana où j’ai rencontré le président Mahama et où la Banque mondiale a lancé la publication d’un rapport sur "la pauvreté dans une Afrique en expansion» - et je suis heureux de constater que le président de la Banque mondiale, Jim Kim, s’adressera à nous plus tard dans la matinée par vidéo à partir de Washington DC. Voilà ce que nous devons changer.

Avec l’accroissement de la population africaine qui devrait passer à 2,5 milliards en 2050 et à 4 milliards à la fin du siècle - et l’augmentation de la proportion des pauvres - la question que nous devons nous poser est: comment l'Afrique nourrira-t-elle cette population croissante? Dépendra-t-elle simplement des importations alimentaires en hausse constante? De toute évidence, un tel scénario est inacceptable, étant donné que plus de 65% des terres arables disponibles pour nourrir 9 milliards de personnes dans le monde d'ici à 2050 se trouvent en Afrique. L'Afrique doit prendre ses responsabilités et réaliser tout son potentiel agricole – grâce à son soleil radieux, ses abondantes ressources en eau et sa main d’œuvre bon marché, l'Afrique devrait être une puissance mondiale dans le secteur de l'alimentation et de l'agriculture. L'Afrique ne peut pas se contenter de son potentiel. Il ne peut pas le consommer et il n’existe aucun marché pour la vente du potentiel.

Au Nigéria, nous avons libérer ce potentiel quand j’étais ministre de l'Agriculture. Je suis donc persuadé que la transformation agricole peut se produire dans un laps de temps très court. Le programme de transformation agricole - qui met en œuvre des réformes à grande échelle, avec un accent particulier sur le secteur privé, a permis de mettre en place des systèmes de fourniture d'intrants, de développement des chaînes de valeur et de financement et a entraîné une hausse de la production alimentaire de 21 millions de tonnes sur une période de trois ans. La valeur des importations alimentaires a chuté, d'un niveau record de 11 milliards de $ en 2009, elle est passée à 3,2 G $ en 2014. Cette évolution a permis de réaliser la stabilisation macroéconomique et budgétaire tant attendue. Malgré la dévaluation de la monnaie, les prix des denrées alimentaires n'ont pas beaucoup changé. Les emplois agricoles directs ont progressé de 3,8 millions entre 2012 et 2014. La FAO a décerné un prix au Nigeria pour ses efforts ayant permis de réduire de moitié le nombre de personnes qui souffrent de la faim.

Le Rwanda a également pu réduire la proportion de sa population qui souffre de la faim de 55% en 2000 à 21% en 2010. L'Éthiopie a fait des progrès considérables grâce à sa transformation agricole, atteignant le chiffre exceptionnel de 4,4 millions d'agriculteurs. Le gouvernement du Sénégal, sous la direction du président Macky Sall est à l’origine d’une révolution de grande envergure concernant le riz. La production de riz est passée de 400 000 tonnes métriques à 1,5 millions de tonnes en un an et le pays atteindra l'autosuffisance dans la production de riz d'ici 2017 – ce qui constitue un exploit remarquable. Le Burkina Faso a quadruplé sa production de coton de 150 000 tonnes à 690 000 tonnes de 1995 à 2007 grâce à la transformation agricole.

Nous pouvons, sans aucun doute, éliminer l'extrême pauvreté, la faim et la malnutrition en Afrique par des transformations agricoles à grande échelle. Oui, nous en sommes capables. Nous devons maintenant porter ces transformations à une plus grande échelle, ainsi que d’autres cas de réussites enregistrés dans le continent. Nous devons accélérer les investissements dans les systèmes de recherche et de vulgarisation. Les systèmes de vulgarisation publics et privés devraient être encouragés à promouvoir la transformation agricole du continent. Et nous devons intensifier les programmes sociaux de transferts d’argent pour permettre aux ménages d’avoir accès à des aliments nutritifs de qualité, comme on a pu le voir avec l'initiative zéro faim au Brésil. Et nous devons aussi nous appuyer sur des systèmes d'atténuation des risques agricoles et financiers qui soient intelligents sur le plan climatique - y compris les émissions d’obligations en cas de catastrophe et les systèmes d'assurance - qui renforcent la résilience des économies africaines.

L'Afrique doit accélérer le développement agro-industriel. Nous ne laissons pas berner par la théorie économique classique qui nous rappelle la nécessité pour la main-d’œuvre d’abandonner l'agriculture pour le secteur industriel. Où est le secteur industriel vers lequel il faut aller aujourd’hui en Afrique? Le secteur manufacturier ne représente que 11% des économies d'Afrique sub-saharienne. La réalité est que l'agro-industrialisation offre à l’Afrique de plus grandes possibilités pour la réalisation d’une croissance plus rapide et inclusive - et pour la création des emplois. Le secteur agricole génère quatre fois plus d'emplois que tout autre secteur. Si l’on veut industrialiser l'Afrique et créer massivement des emplois, on doit se focaliser sur l'industrialisation du secteur agricole.

C’est la raison pour laquelle nous avons invité à cette conférence de haut niveau plusieurs ministres des finances, de l'agriculture ainsi que des gouverneurs de banques centrales. Il est temps que les ministres des finances aient une perception différente de l'agriculture. Ce n’est qu’en transformant rapidement l'agriculture que l’Afrique peut sortir des centaines de millions de personnes de la pauvreté et les conduire vers la richesse. L'Afrique doit libérer la richesse de son sol, et pas seulement sa richesse minérale et pétrolière. Avec la chute des prix mondiaux des matières premières, les pays africains, qui dépendent de l'exportation de produits primaires, font maintenant face à l’aggravation des déficits des comptes courants et aux déséquilibres budgétaires nationaux. A mesure que les devises se déprécient, les coûts d'importation de produits alimentaires augmentent, ce qui exacerbe les revendications portant sur la hausse des salaires nominaux et exerce une pression accrue sur les finances publiques. L’Afrique dépense 35 milliards de $ par an dans les importations de produits alimentaires – en important ce qu'elle peut produire - et pourtant, elle émet des obligations en devises à hauteur de 30 milliards $ pour financer son développement. En transformant simplement l'Afrique en un continent  autosuffisant sur le plan alimentaire, ces ressources pourront servir au développement sans qu’il soit nécessaire d’aller vers les marchés de capitaux internationaux coûteux. Un plan audacieux de transformation agricole stimulera la production alimentaire locale, réduira les budgets réservés aux importations de produits alimentaires et permettra de conserver les devises, d’accroître le volume de l'épargne nationale et de réaliser une stabilité macroéconomique et budgétaire robuste.

Pour atteindre cet objectif, nous devons changer notre approche en matière d'agriculture sur le continent. L'agriculture n’est ni un secteur de développement ni un secteur social, ni même un mode de vie: l'agriculture est une activité commerciale. Et nous devons adopter l’approche des chaînes de valeur, de la ferme à la table. Elle exige des investissements plus importants par le secteur privé dans les chaînes de valeur agricoles, y compris les sociétés modernes de semences et d’engrais (biologiques et non biologiques), la mécanisation agricole, l'irrigation et la gestion de l'eau, l'entreposage, les échanges de matières premières, la fabrication et la transformation alimentaire, la logistique, l'entreposage frigorifique et transport.

La taille du marché des produits alimentaires et agricoles en Afrique devrait atteindre 1 000 milliards de dollars à l’horizon 2030. Pour en tirer parti, l’Afrique doit rapidement investir dans l’appui au développement de l’agro-industrie. Le continent ne devrait pas être un simple consommateur,  mais plutôt un pôle agro-industriel. L’Afrique doit exporter du cacao transformé et non des fèves de cacao. Elle doit exporter du café de marque avec un « arôme africain » qui lui est propre, et non des grains de café. Elle doit également exporter des produits textiles finis et non du coton fibre. La progression remarquable des marchés kenyan,  ghanéen et éthiopien dans l’industrie mondiale de l’horticulture est la preuve que, par des politiques bien conçues, un financement et une infrastructure d’appui, l’Afrique peut atteindre le sommet des chaînes de valeur alimentaires mondiales.

Pour y parvenir, nous avons besoin d’énergie. Le manque d’électricité et la non fiabilité de l’alimentation en énergie électrique ont des effets néfastes sur les coûts d’exploitation des réseaux d’irrigation, entraînent d’énormes pertes de produits alimentaires et constituent l’une des raisons principales de la non-compétitivité des industries. C’est pourquoi, dès ma prise de fonction en qualité de Président de la Banque africaine de développement, j’ai porté sur les fonts baptismaux un Nouveau Pacte pour l’énergie en Afrique, en collaboration avec plusieurs partenaires au développement. Notre objectif est d’offrir un accès à l’électricité pour tous à l’horizon 2025. L’éclairage et l’alimentation en énergie électrique de l’Afrique, par le déploiement d’unités hors réseaux et de mini-réseaux d’énergie renouvelable dans les zones rurales, favoriseront l’éclosion d’industries partout en milieu rural. Ces industries transformeront les produits alimentaires et agricoles, leur apporteront de la valeur ajoutée et créeront de nouveaux pôles de prospérité économique dans les zones rurales du continent. Une telle évolution augmentera les ressources budgétaires, élargira l’assiette fiscale de nos économies – et créera un grand nombre d’emplois.

Pour cette raison, nous devons désormais investir massivement dans des infrastructures rurales intégrées de qualité, notamment des routes, des chemins de fer, des ports et des réseaux d’irrigation. Nous devons changer notre approche de l’infrastructure rurale et mettre l’accent sur le développement de corridors agricoles et de zones de transformation de produits alimentaires de base capables d’amener le secteur privé à investir en milieu rural. Les ministres des Finances devraient offrir des incitations fiscales au secteur privé, pour l’attirer vers les zones rurales et favoriser la création de plaques tournantes de l’industrie alimentaire. Ces plaques tournantes devraient être appuyées par des infrastructures améliorées, surtout dans les secteurs de l’eau, des routes et de l’énergie. Au Nigeria, 14 zones du genre ont été établies. Des initiatives similaires sont en cours en RDC et il en faudrait davantage partout en Afrique. Elles permettront à l’Afrique de réaliser des économies d’échelle et de gammes en matière de production, de transformation et de création de valeur ajoutée dans l’industrie alimentaire – et de mettre en place un véritable moteur de croissance industrielle dans l’ensemble des économies rurales.     

Nous devons porter un regard critique sur les voies et moyens d’accélérer le financement commercial de l’agriculture. Les banques ne prêtent pas au secteur agricole, et moins de 3 % des prêts bancaires en Afrique sont fournis à un secteur qui emploie près de 70 % de la main-d’œuvre et apporte une contribution de plus de 40 % au PIB. Le manque d’accès à un financement abordable entraîne un sous-investissement dans les technologies agricoles, le développement de l’agro-industrie et les infrastructures.   

Il faut donner une impulsion au financement du secteur agricole. Les expériences réussies du Nigeria, du Kenya, de la Tanzanie, du Mozambique et du Ghana, où j’ai travaillé et aidé à élaborer d’importants instruments de partage de risques destinés à réduire le risque de crédit des banques commerciales dans le secteur agricole de ces pays – ont démontré qu’il est rentable de prêter au secteur agricole. En tant que ministre de l’Agriculture du Nigeria, j’ai travaillé avec la Banque centrale de mon pays pour mettre en place une facilité de partage des risques d’un montant de 350 millions de dollars, en vue de lever auprès des banques commerciales un financement de 3,5 milliards de dollars en faveur du secteur agricole. Les banques commerciales qui, dans un premier temps, étaient réticentes à prêter au secteur, ont commencé à le faire. La part totale du portefeuille bancaire consacrée au secteur agricole a augmenté, passant de 0,7 % en 2011 à près de 5 % en l’espace de trois ans. Aucun prêt improductif n’a été enregistré. Par l’établissement de chaînes de valeur agricoles et la réduction du risque encouru par les chaînes de valeur financières, l’Afrique peut mobiliser des milliards de dollars de financement sur ses marchés financiers intérieurs en faveur des chaînes de valeur agricoles.

Et nous devons orienter les marchés de capitaux locaux – marchés des obligations et des actions - fonds souverains, fonds d’investissements privés et fonds de capital-risque, afin qu’ils ouvrent l’accès aux capitaux à long terme pour financer les chaînes de valeur agricoles et les systèmes de soutien aux infrastructures nécessaires.

Dès lors, la question est de savoir quels sont les rôles des banques centrales et des ministres des Finances. Premièrement, ils peuvent apporter des fonds publics pour partager les risques de crédit des banques commerciales. Deuxièmement, ils peuvent mettre en place des mécanismes d’appui technique pour le renforcement des capacités des banques, en vue de les aider à bien cerner les risques et à fixer efficacement les prix de leurs produits. Troisièmement, ils peuvent appuyer les initiatives d’inclusion financière pour promouvoir l’accès des exploitants agricoles aux prêts, à l’épargne et aux produits d’assurance, en tirant parti de la propagation rapide de la téléphonie mobile en Afrique. La réussite de M-PESA au Kenya, avec un montant annuel de transfert d’argent de 26 milliards de dollars, est une excellente illustration de la façon dont les exploitants agricoles peuvent accéder aux fonds provenant de l’épargne, du crédit et des envois de fonds des migrants. L’expérience remarquable du Nigeria, avec l’utilisation de téléphones portables (porte-monnaie électronique) pour atteindre 14,5 millions d’exploitants agricoles avec des intrants agricoles directement sur leur téléphone devrait être reproduite, compte tenu de la manière dont cette approche a aidé à améliorer la transparence, la responsabilité et l’intégrité dans l’utilisation des fonds publics destinés aux exploitants agricoles. 

Pour une modernisation rapide de l’agriculture, nous devons amener la jeunesse à intervenir dans le secteur. Nous devons changer la perception que les jeunes ont de l’agriculture. Ils doivent la percevoir comme une activité commerciale. Au Nigeria, sur la base du travail que j’ai entamé en tant que ministre de l’Agriculture, une nouvelle génération de jeunes exploitants agricoles commerciaux est en train d’émerger. Connus sous l’appellation de « Nagropreneurs », ces jeunes sont des diplômés actuellement engagés dans de grandes entreprises agro-industrielles. Certains d’entre eux sont présents parmi nous aujourd’hui. Un d’entre eux, un médecin (Dr Aroge, ici présent) a eu un coup de cœur pour l’agriculture comme activité commerciale et a mis de côté son stéthoscope. À l’heure actuelle, il bénéficie d’un prêt de 600 000 dollars pour créer une usine de transformation du manioc. Il a bien compris que même les docteurs savent que la nourriture vient avant les médicaments! L’Institut international d’agriculture tropicale (IIAT) du Nigeria a commencé une révolution de la jeunesse dans le secteur agricole, avec bon nombre de diplômés qui, désormais, gèrent leurs propres entreprises. Ils sont nombreux à prendre part à notre évènement d’aujourd’hui. Les pays africains doivent rapidement transformer le secteur agricole et le moderniser, afin d’attirer des jeunes. Des fonds de capital-investissement devraient être créés pour appuyer ces jeunes entrepreneurs de l’agro-industrie.

Nous devons déployer des efforts pour faire en sorte que les femmes exploitantes agricoles bénéficient, de manière significative, des initiatives menées pour relancer l’agriculture. Les femmes constituent une part importante des exploitants agricoles, mais continuent d’avoir des difficultés d’accès à la propriété foncière, et un accès limité aux technologies agricoles à faible intensité de main-d’œuvre et au financement. L’expérience a montré que, si elles sont soutenues, les femmes peuvent aider à accroître considérablement la production vivrière. Le moment est venu de déployer de gros efforts pour appuyer les exploitantes agricoles en Afrique. C’est pourquoi, la Banque africaine de développement œuvrera de concert avec d’autres partenaires à la création d’une facilité de discrimination positive en faveur des femmes en Afrique d’un montant de 300 millions de dollars, qui servira à la mise en place d’instruments de partage des risques, pour mobiliser 3 milliards de dollars de financement commercial auprès d’institutions de microfinance au profit des femmes et des entreprises appartenant à des femmes. En accordant une attention accrue aux technologies à faible intensité de main-d’œuvre, en particulier les technologies de transformation des produits alimentaires, nous permettrons aux femmes de dégager du temps libre pour s’engager dans d’autres activités de production génératrices de revenu. 

La modernisation du secteur agricole passe par l’amélioration du fonctionnement des marchés agricoles. Des grands progrès rapides sont actuellement accomplis dans le développement des bourses de marchandises, pour améliorer l’accès des exploitants agricoles au marché. Le succès de la Bourse de marchandises de l’Éthiopie est remarquable. La Bourse de marchandises de l’Afrique de l’Est est également un bon exemple. Les bourses de marchandises aident à mieux connaître les prix et peuvent être efficacement reliées aux systèmes de récépissés d’entreposage, qui permettent aux exploitants agricoles d’utiliser leurs stocks de graines comme garanties pour accéder au crédit auprès d’institutions financières.

Il ne fait aucun doute que, si l’on investit dans la transformation agricole et le développement de l’agro-industrie, l’avenir de l’Afrique sera radieux : les revenus augmenteront, des emplois seront créés, les exportations se développeront, la rentabilité croissante de l’agro-industrie en Afrique accroîtra le paiement d’impôts et les économies connaîtront un essor. L’agriculture sera un secteur créateur de richesse, et non un secteur de transfert de fonds sociaux, et bon nombre de ministres des Finances et de gouverneurs de banque centrale s’en réjouiront !

Ainsi, la transformation agricole et le développement de l’agro-industrie sur le continent devraient nous permettre de réaliser quatre objectifs majeurs pour l’Afrique. Certains pourraient penser qu’ils sont ambitieux. Je l’admets. Mais nous devons toujours avoir de grandes ambitions pour l’Afrique ! Pour ces dix années à venir, nos objectifs collectifs doivent consister à :

  • éliminer l’extrême pauvreté en Afrique ;
  • éliminer la faim et la malnutrition en Afrique ;
  • Faire de l’Afrique une exportatrice nette de produits alimentaires ; et
  • propulser l’Afrique au sommet des chaînes de valeur mondiales.

Vous entendrez alors une différente chanson sur le continent. Celle des enfants d’Afrique, bien nourris, scolarisés et brillants, qui parcourent les champs luxuriants du continent en chantant « enfin notre sort s’est amélioré, enfin notre sort s’est amélioré, Dieu merci nous vivons enfin mieux. »  

Nous pouvons y parvenir. Levons-nous donc et mettons-nous au travail !

Je vous remercie.