La lutte contre le changement climatique : il faut des accords solides et une justice pour l'Afrique

28/05/2015
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Un panel de haut niveau s’est réuni, mardi 26 mai 2015 à Abidjan, en marge des Assemblées annuelles de la BAD, sur le thème «Changement climatique, la dernière ligne droite avant Paris. »

Les panélistes ont renouvelé leur appel à un accord solide et universel sur les changements climatiques, impliquant une hausse du financement susceptible de répondre aux aspirations de l'Afrique en matière de développement. 

Cet appel s'ajoute à la nécessité de disposer de ressources financières adéquates, prévisibles et durables pour financer la lutte contre le changement climatique, afin de relever les défis auxquels l'Afrique est confrontée dans sa transition vers un développement à faible émission de carbone, une agriculture adaptée au changement climatique et un développement urbain durable.

Alors que les pays sont sur le point d'approuver un nouvel accord sur les changements climatiques sous l'égide des Nations Unies à Paris en décembre 2015, les panélistes ont souligné la nécessité d'accélérer les efforts pour mobiliser les fonds, en vue de permettre aux pays d'Afrique de s'adapter aux changements climatiques et d'en minimiser l'impact, et d'assurer un développement à faible émission de carbone. 

Selon eux, c'est peut-être l'Afrique, avec ses populations vulnérables et son vaste potentiel, qui a le plus à perdre dans le changement climatique et le plus à gagner d'un accord probant sur le changement climatique.  

« Il nous faut des mécanismes susceptibles de créer un dialogue en faveur du développement... Nous comprenons que, dans le contexte de l'Afrique, sans argent, les coûts d'adaptation augmentent et, en conséquence, cela réduit notre capacité à fournir des aliments au monde », a déclaré Trevor Manuel, ancien ministre des finances de l'Afrique du Sud. 

Manuel a fait valoir que les engagements tant financiers que politiques ne suffisaient pas pour que les pays puissent faire face au changement climatique. Plus précisément, il a indiqué que les engagements effectifs envers le Fonds vert pour le climat (FVC), qui ne représentent qu'environ 10 milliards de dollars, sont encore bien trop loin des engagements que les nations industrialisées avaient pris il y a cinq ans à Copenhague (Danemark). Elles avaient promis que le fonds disposerait de 100 milliards de dollars par an d'ici à 2020. Le FVC vise à soutenir le monde en développement pour atténuer les effets du changement climatique et s'y adapter.

Les panélistes ont également souligné la nécessité que les pays d'Afrique alignent leurs contributions dans le cadre de l'accord de Paris sur leurs priorités à long terme en matière de développement durable. 

Makhtar Diop, vice-président de la Banque mondiale pour l'Afrique, a fait remarquer que le financement de la lutte contre le changement climatique aidera à étendre l'accès à des sources d'énergie plus propres, comme l'énergie éolienne, l'énergie solaire et l'énergie géothermique. 

«Nous devons accélérer le programme sur les énergies renouvelables. Aujourd'hui, nous avons la possibilité de bénéficier d'une croissance verte en Afrique. Dans le même temps, nous devrions augmenter la compétitivité de nos économies », a déclaré Diop.

Les participants ont également soutenu que les gouvernements ont le pouvoir de catalyser le financement par le secteur privé de la lutte contre le changement climatique en donnant les signaux politiques appropriés. Par le biais des politiques, les gouvernements peuvent orienter le monde des investissements vers des énergies plus propres et l'innovation. 

Arnaud Buissé, secrétaire adjoint du Trésor public français, a souligné l'importance d’une volonté politique pour favoriser l'accomplissement d'engagements ambitieux à Paris. 

Pour sa part, le Secrétaire général adjoint des Nations Unies et Secrétaire exécutif de la Commission économique pour l'Afrique, Carlos Lopes, a mis en avant la nécessité pour l'Afrique de dépasser les négociations internationales sur le changement climatique dans leur forme actuelle et de rechercher des solutions qui répondent efficacement aux préoccupations de l'Afrique.

« Nous ne souhaitons plus que l'Afrique soit impliquée dans des aides financières. Nous voulons que l'Afrique fasse partie de la solution pour la lutte contre le changement climatique », a déclaré Lopes.

Selon lui, l'Afrique a la capacité de passer à une nouvelle techno-économie propre, car elle ne se limite pas à une préférence technologique particulière. Elle pourrait s'engager dans l'utilisation d'énergies vertes et propres, dépassant ainsi les anciens modèles grands émetteurs de carbone, et poursuivre un modèle de développement à faible émission de carbone. 

En décembre 2015, les pays se réuniront à Paris pour signer un accord mondial sur le changement climatique. Les pays ont pour objectif de conclure un accord mondial ferme à Paris, dont les dispositions entreront en vigueur à partir de 2020.