Il est crucial de réglementer les politiques agricoles pour mettre fin au gâchis alimentaire en transformant les produits, selon le président de la BAD

09/09/2016
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Le président de la Banque africaine de développement (BAD),  Akinwumi Adesina, a abordé le défi posé par les pertes après récolte en Afrique, tout en soulignant combien il est important d’adopter des réglementations politiques pour mettre un terme à ces pertes sur un continent qui dépense chaque année 35 milliards de dollars EU en importations de denrées alimentaires.

« Des quantités considérables de cultures vivrières, de fruits et légumes frais et de produits laitiers sont gaspillées dans les zones rurales alors même que l’Afrique dépend de l’importation de denrées alimentaires », a déclaré le président Adesina jeudi dans son discours d’ouverture lors du Forum sur la révolution verte africaine (AGRF) à Nairobi.

Adesina a rappelé l’importance de politiques visant à appuyer l’établissement d’entreprises de transformation et de fabrication de produits alimentaires du secteur privé dans les zones rurales, et ce, afin de lutter contre l’immense gaspillage alimentaire qui permettrait de nourrir au moins 300 millions de personnes par an. « C’est un chiffre plus élevé que les 250 millions de personnes qui souffrent de la faim chaque année en Afrique », a-t-il souligné lors d’une session sur « Le rôle de la politique dans la facilitation de partenariats public privé pour réaliser la transformation agricole africaine ».

Les rapports indiquent que les pertes après récolte en Afrique sont équivalentes aux besoins caloriques annuels de 48 millions de personnes et représentent 4 milliards de dollars EU en perte de revenus chaque année.

Dans les régions rurales, les zones industrielles agro-alimentaires et les zones de transformation des denrées de base, associées à un renforcement des infrastructures parmi lesquelles les infrastructures routières, hydrauliques et électriques permettront de réduire le coût des transactions commerciales pour les entreprises privées alimentaires et agroalimentaires, a affirmé Adesina. Elles permettront également de créer des marchés pour les agriculteurs, de développer les opportunités économiques dans les régions rurales, de stimuler l’emploi et d’attirer des investissements nationaux et étrangers plus importants dans ces mêmes régions. « Elles transformeront les régions rurales en zones de prospérité économique », a ajouté M. Adesina.

Au Kenya, des politiques ont été instaurées pour permettre la transformation des récoltes comme les noix de macadamia, a expliqué M. Willy Bett, le ministre kenyan de l’Agriculture, de l’Élevage et de la Pêche. « Nous avons changé nos politiques pour inclure la transformation des noix de macadamia. Nous voulons que la production et la transformation se fassent sur place afin de stimuler l’industrie et favoriser principalement les agriculteurs locaux », a-t-il affirmé.

L’impossibilité qu’ont les agriculteurs d’accéder aux assurances ou aux financements a été pointée du doigt comme étant une entrave majeure au développement de l’agriculture. Pour Shenggen Fan, le directeur général de l’Institut international de recherche sur les politiques alimentaires, c’est la raison pour laquelle les agriculteurs sont vulnérables aux chocs. L’accès au financement est nécessaire pour protéger les agriculteurs contre la vulnérabilité, a-t-il affirmé.

Ses propos ont été repris par le président Adesina, qui a relevé que si le secteur agricole représente 32 % du PIB, il reçoit moins de 3 % du financement provenant du secteur bancaire. Il a appelé les gouvernements à remédier aux carences et à réduire les risques auxquels fait face le secteur financier et qui entravent les prêts dans le secteur de l’agriculture.

Le Nigeria a été cité comme un pays ayant réussi à développer un mécanisme national de partage des risques pour que les banques prêtent au secteur agricole. Par le biais du Système nigérian de partage des risques basé sur l’incitation pour des crédits agricoles (NIRSAL), le pays a connu une augmentation de 600 % des prêts bancaires au secteur agricole : ils sont passés de 0,7 % du total des prêts bancaires à 5 % en l’espace de quatre ans. Cela a conduit les banques à établir leurs propres guichets de prêts agricoles.

Toutefois, selon Dominique Charron, la directrice du programme Agriculture et environnement du Centre de recherches pour le développement international basé à Ottawa, il est tout aussi important d’investir dans la science, la technologie et l’innovation. « Si vous voulez transformer l’agriculture, nous devons investir dans l’innovation, les technologies de l’information et de la communication (TIC) et la science, et aider à renforcer les capacités des agriculteurs africains dans ces domaines », a déclaré Charron au forum.

Elle a demandé à ce qu’une partie des engagements financiers en faveur de l’agriculture pris par plusieurs organisations au cours de l’AGRF soit consacrée à l’innovation, aux TIC et à la science. Le 7 septembre 2016, au cours de la session « Prendre des engagements politiques, stratégiques et financiers », plusieurs organisations, dont la BAD, ont pris des engagements envers l’agriculture pour un montant total excédant 30 milliards de dollars EU.