Intégration régionale en Afrique : volonté politique et démocratie sont des éléments incontournables

29/10/2013
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L'intégration régionale ne pourra réussir en Afrique en l'absence d'une solide volonté politique et de la démocratie, ont souligné le 29 octobre des panélistes à la Conférence économique africaine de Johannesburg.

Lors d'un débat sur le thème de « La mise en œuvre : l'économie politique de l'intégration régionale » organisé sous la présidence de Pedro Conceição, économiste en chef du Bureau régional du Programme des Nations Unies pour le développement (PNUD), d'éminents panélistes ont souligné la nécessité d'un engagement politique plus prononcé pour faciliter la mise en œuvre du programme d'intégration régionale.   

« L'intégration régionale étant un projet politique, nous devons trouver le moyen de faire travailler ensemble les technocrates et les politiciens », a déclaré Thandika Mkandawikre, professeur à la London School of Economics and Political Science.

M. Mkandawire a noté qu'il faudra une forte volonté politique au niveau national pour faire avancer le programme de l'intégration régionale. Les événements politiques et dispositions institutionnelles d'un pays auront inévitablement un impact sur l'intégration, a-t-il soutenu.  

« L'intégration régionale nécessite que l'on cède une part de sa souveraineté. Nous devons reconnaître que l'environnement politique national affecte l'intégration, » a-t-il ajouté en appelant à un engagement politique plus poussé.

Il a aussi souligné la nécessité d'harmoniser les lois nationales et régionales pour faciliter le processus d'intégration.

Pour sa part, Ibbo Day Mandaza, directeur exécutif du SAPES Trust au Zimbabwe, a fait remarquer que l'inégalité des niveaux de développement entre les pays africains pose des problèmes à l'intégration. Par ailleurs, il a relevé l’importance  de la promotion de la démocratie pour faire progresser l'intégration régionale.

« Le problème de l'État-nation est sérieux : à moins de réformer l'État-nation, dont le caractère est essentiellement anti-démocratique, nous ne pouvons espérer réaliser l'intégration régionale, » a déclaré M. Mandaza, soulignant aussi le rôle indispensable d'une bonne gouvernance pour l'intégration.   

« Nous devons reprendre le travail à partir des éléments de base », a-t-il ajouté. Dans son exposé, il a aussi souligné la nécessité de rendre effective la libre circulation des personnes entre les pays. 

Il a attiré l'attention sur le problème que représentent, pour le succès de l'intégration, les multiples appartenances des pays à diverses communautés économiques régionales.  

« Concilier ces blocs économiques régionaux présente un problème, » a-t-il dit, en faisant allusion aux interférences entre la Communauté de développement de l'Afrique australe (SADC) et le Marché commun de l'Afrique de l'Est et de l'Afrique australe (COMESA).   

Pour Lemma Senbet, directeur exécutif du Consortium africain pour la recherche économique (AERC), il sera nécessaire de mieux réglementer les institutions financières afin d'atténuer les risques découlant de conflits d'intérêts entre les différentes parties prenantes à l'intégration régionale.

« Il existe des conflits d'intérêt entre les politiciens, les régulateurs, et les réglementés, » a-t-il dit en préconisant une vigilance réglementaire accrue pour faciliter l'intégration financière.  

Les panélistes ont également rappelé que l’impact de la mondialisation avait souligné la nécessité d'avancer de manière résolue vers l'intégration économique régionale. En s'intégrant à des économies voisines et plus importantes, les pays de plus petite taille et moins avancés économiquement seront mieux placés pour participer aux chaînes d'approvisionnement régionales et mondiales, étendant d'autant leur accès aux marchés, attirant des investissements directs étrangers, favorisant les activités du secteur privé, et tirant meilleur parti des économies d'échelle.

La Conférence économique africaine constitue un forum annuel de veille économique annuelle  organisé par la Banque africaine de développement (BAD), la Commission économique des Nations Unies pour l'Afrique (CEA) et le Programme des Nations Unies pour le développement afin de discuter des grands défis de développement du continent.

La conférence réunit des responsables gouvernementaux, des décideurs politiques, des chercheurs et des praticiens du développement venus de l'Afrique et d'autres parties du monde. Cette année, le débat a porté sur les moyens pour ce continent à 54 États disparates de surmonter sa fragmentation et mettre en commun ses ressources dans l'intérêt de l'industrialisation et d'une croissance productive.