Blog du président Kaberuka aux Assemblées annuelles : Le temps de l’Afrique

31/05/2013
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« C’est le temps de l’Afrique ! », a déclaré Nizar Baraka, ministre des Finances du Royaume du Maroc, et président sortant du Conseil des gouverneurs de la Banque africaine de développement. « C’est l’heure de l’Afrique ! ».

Lors de la conférence de presse qui clôturait les Assemblées, il a fait part de trois autres “certitudes” : le continent doit doter sa production d’une valeur ajoutée – en d’autres termes, tirer meilleur parti de ses ressources naturelles et entrer dans la chaîne de valeur mondiale ; les infrastructures concentrent les besoins essentiels et les plus déterminants du continent ; et le dispositif de l’Africa50Fund proposé par la Banque peut répondre aux besoins. « Point final ». « Point barre. « Le chapitre est clos ». Ainsi je l’ai dit dans un tout autre contexte, s’agissant du retour de la Banque à son siège à Abidjan : « le débat est clos ».

Il me reste peu de chose à ajouter, tout comme Claver Gatete, le ministre rwandais des Finances, futur président du Conseil des gouverneurs. Le dernier jour des Assemblées est passé en un tourbillon de réunions, d’entretiens, déclarations, communiqués, remerciements et de promesses. J’y réfléchirai durant mes longues heures dans les cieux, ce soir et demain, pendant mon voyage de Marrakech via Londres au Japon, où je participerai à la Conférence internationale de Tokyo sur le développement de l’Afrique, le TICAD. Le Japon est un partenaire important pour la Banque, un contributeur de taille au Fonds africain de développement. Ma tâche ne consiste pas à encourager les seuls financements du gouvernement japonais en Afrique, mais aussi les investissements du secteur privé.

L’avion peut s’apparenter à un sanctuaire béni, après l’intensité des réunions de cette semaine. Je dirais, espérant ne pas brasser trop de métaphores, que l’avion peut me ramener à terre. La conférence de presse de clôture m’a aidé à le faire – un journaliste zimbabwéen a fait part des joies et des épreuves qui ponctuent la vie dans son pays ; une journaliste du Cameroun s’est inquiétée des besoins en infrastructures dans son pays. Le ministre Gatete m’a rappelé mon propre pays, « le pays des mille collines », qui abritera les Assemblées l’an prochain. Je me suis souvenu de mon discours de clôture, et des images de la précarité au Sahel, dans la Corne de l’Afrique, dans la région du fleuve Mano. Je me suis remémoré quelques-unes de mes propres images –  que j’ai appellé « les clichés corrosifs » – de l’Afrique et de ses défis. Je me suis souvenu de plusieurs moments de ma vie, où j’ai eu la conviction, en mon for intérieur, que je devais tenter d’améliorer le sort de mes sœurs et frères africains.

Ce sont ces personnes, et des millions d’autres, que la Banque sert. Ne jugez pas la note AAA de la Banque africaine de développement uniquement au regard de l’état de son bilan financier, ni même de ce qu’elle peut faire de bien grâce à son argent et celui des autres. Nous sommes sur le terrain, nous nous démultiplions…, pour lever des fonds… construire une route… relier les villes… ainsi que les pays… bâtir la région… changer le continent. C’est la route que les enfants empruntent pour aller à l’école, les femmes enceintes pour se rendre à l’hôpital, les récoltes pour rejoindre les marchés, c’est la route qui met l’économie sur orbite. Les Assemblées annuelles de Marrakech, cette année, c’était cela : trouver les moyens de faire de ce point de basculement un tournant de l’histoire, et s’assurer que « le temps de l’Afrique » a bien sonné.