Les présidents Paul Kagame et Uhuru Kenyatta rallient le « New Deal pour l’énergie » de la BAD

24/05/2016
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Le président du Rwanda, Paul Kagame, et président du Kenya, Uhuru Kenyatta, se sont ralliés mardi 24 mai 2016 au « New Deal pour l'énergie » de la Banque africaine de développement (BAD), une initiative lancée par son président, Akinwumi Adesina. Objectif : stimuler les investissements dans la distribution d’électricité à tous les Africains d'ici à 2025.

Débat télé sur CNBC Africa

Les trois hommes ont débattu sur un plateau télé organisé par la chaîne de télévision CNBC-Africa dans le cadre des 51es Assemblées annuelles de la BAD, qui se déroulent à Lusaka, en Zambie, jusqu’au 27 mai 2016.

Face à un public nombreux, tous trois ont échangé leurs idées sur « la voie pour parvenir à l’accès universel à l’énergie en Afrique d’ici 2025 », qui constitue l’objectif du New Deal pour l’énergie de la BAD sous la conduite du président Adesina.

« Ce New Deal pour l’énergie est une belle opportunité pour l'Afrique, s’est réjoui le président Paul Kagame. Il imprimera un nouvel élan aux efforts que l'Afrique aurait dû par ailleurs entreprendre depuis longtemps, »

Plus de 645 millions d’Africains sans électricité

Abondant dans le même sens, son homologue kenyan Uhuru Kenyatta a souligné les grandes richesses en énergies renouvelables que possède l'Afrique et qui ne demandent qu'à être mises en valeur. « Nous avons assez entendu parler de théorie. Le temps est venu de faire preuve d'engagement politique, en aidant la BAD à valoriser l'énorme potentiel de l'Afrique, » a-t-il ajouté.

Le président Adesina a souligné la volonté politique évidente dont les chefs d’Etat Kagame et Kenyatta font preuve pour transformer le potentiel de l'Afrique en avantages concrets pour ses populations. « L'argent n'est pas  la clé. Ce dont nous avons besoin pour faire avancer les choses, c'est avant tout de volonté politique », a affirmé le président de la BAD. Et d'ajouter que, si l'Afrique jouit d’un fantastique potentiel énergétique, ce n’est pas le potentiel qui fait tourner les industries, mais l'énergie.

La BAD s’est engagée à consacrer 12 milliards de dollars EU à des projets dans le secteur de l’énergie dans les cinq ans à venir et de faire en sorte que tous les Africains puissent accéder à l'électricité d'ici à 2025.

À ce jour, seuls 16 % des Africains seraient raccordés à une source d'énergie, et plus de 645 millions de personnes n’ont aucun accès à l’électricité sur le continent. En outre, plus de 700 millions de personnes n'ont toujours pas d'accès à des énergies propres pour cuisiner.

New Deal pour l’énergie et Top5 de la BAD

Sous l’égide du président Adesina, la BAD s’est dotée de cinq secteurs prioritaires, dits « Top 5 », sur lesquels elle focalisera son action. Éclairer l'Afrique et l'alimenter en énergie figure au nombre de ces priorités, et le “New Deal pour l’énergie” fera office de catalyseur pour atteindre l’objectif d’un accès universel à l’énergie au cours des dix prochaines années.

« L'Afrique est tout simplement lasse d'être plongée dans l'obscurité. Notre but est clair : l'accès à l'énergie pour tous les Africains dans les dix ans, » a déclaré Akinwumi Adesina. Objectifs : Accroître de 160 gigawatts la puissance électrique transmise par le réseau ; raccorder 130 millions de personnes au réseau ; ainsi que 75 millions d’autres à des sources de courant électrique hors réseau ; et offrir des sources d’énergie propre pour la cuisson à 150 millions de ménages.

Les 51e Assemblées annuelles de la BAD sont placées sous le thème « Énergie et changement climatique » – un choix d’autant plus justifié que, comme l’a indiqué le président Adesina, résoudre le problème de pénurie d’électricité de l'Afrique permettra de sauver ses ressources naturelles – ses forêts en particulier.

Renchérissant sur ce problème de pénurie d’électricité, le président Kagame a fait observer que, outre d’être lasse de vivre dans l'obscurité, l'Afrique en a assez de vivre dans la pauvreté, une situation à laquelle il est possible de mettre fin grâce à l'industrialisation et à la création d'emplois pour les jeunes.

« Nos populations font pression et les dirigeants africains se sont engagés à produire des résultats, a ajouté monsieur Kagame. Mais nous devons trouver les moyens d'accélérer nos progrès afin d'obtenir des résultats plus rapidement ».

De l'avis du président Kenyatta, un domaine dans lequel les dirigeants africains doivent déployer davantage d’efforts est l'amélioration de l'interconnexion des pays du continent. « Nous devons concevoir l'énergie comme n’importe quel autre produit de base susceptible de faire l'objet d'échanges entre nos pays. Nous devons investir dans la connectivité afin de permettre aux pays riches en ressources électriques de les partager avec ceux qui en ont moins », a-t-il fait remarquer.

Le président Kagame a cité l’exemple de l’accord conclu entre le Kenya et le Rwanda, qui prévoit d’exporter 30 MW d’électricité vers le Kenya, mais qui n'a pu être concrétisé faute d’une ligne haute tension entre les deux pays. Selon lui, il s'agit là d'un domaine clé dans lequel il faudrait investir.

« Le pragmatisme est la meilleure des stratégies »

Unanimes quant à la nécessité de faire appel aux investissements du secteur privé dans le domaine de l'énergie, les trois dirigeants ont fait observer que les pays africains doivent commencer par promouvoir des réformes dans leurs secteurs respectifs de production et de distribution d’électricité afin de laisser une place à de nouveaux acteurs dans le secteur.

Au Kenya, par exemple, le secteur privé répond aujourd'hui à 30 % des besoins énergétiques du pays, comme l'a expliqué le président Kenyatta, dont le gouvernement travaille à accroître encore cette contribution.

Le président Adesina a indiqué que la BAD travaillera en étroite collaboration avec d'autres partenaires, dont des acteurs du secteur privé, pour s’assurer que ces objectifs sont atteints. « Le pragmatisme est la meilleure des stratégies. Quoi que nous fassions, nous devons obtenir des résultats beaucoup plus vite », a-t-il souligné.