Secteur privé et infrastructure en Afrique: l’Etat a encore un rôle à jouer

29/07/2010
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Les réalisations des projets privés d’infrastructure sont en hausse en Afrique,  d’après une étude publiée récemment. Selon une étude rendue publique en première lecture lors de la Conférence économique africaine de 2008 et publiée en juillet 2010, l’Afrique subsaharienne a vu émerger 357 projets privés d’infrastructure entre 1990 et 2007, représentant des investissements plus de 68 milliards de dollars.

Selon l’étude intitulée « Private Sector Participation in Infrastructure in Africa » et dirigée par Jérôme Afeikhena, le secteur des télécommunications a attiré la plus grande part de ces investissements, suivi du secteur des transports.

L’étude s’inscrit dans le cadre d’une série de publications rendues officielles en juillet 2010 par la Commission économique pour l’Afrique (UNECA) et la Banque africaine de développement (BAD), suite à une revue des pairs. Quelque 18 études ont ainsi été rendues publiques, focalisant sur les divers enjeux du développement de l’Afrique. Ces études visent à tirer les leçons des expériences de développement des pays du continent pour améliorer l’efficacité des politiques publiques.

Les 357 projets identifiés par M. Afeikhena ont été réalisés suite à la vague de privatisations qui a marqué les années 90 dans les pays en développement. Confrontés au manque d’entretien et à une gestion déficiente des infrastructures publiques, ces pays se sont tournés vers le secteur privé pour développer les projets d’infrastructure ou pour en assurer la gestion, une attitude encouragée par les banques multilatérales de développement.

Mais les tenants de la privatisation ont été trop optimistes, signale le chercheur Jérôme Afeikhena : «Il y a eu une erreur de politique, car fondée sur un dogme selon lequel les infrastructures seraient financées par le secteur privé. En fait, pour une multitude de raisons, notamment liées au climat des affaires et à la profitabilité des projets, l’investissement privé s’est avéré limité en termes de volumes, de secteurs et de pays.»

Si les progrès anticipés ont été plutôt décevants par rapport aux résultats attendus, les cas réussis de privatisation ont bel et bien amené les bénéfices prévus en termes de réduction des coûts, de qualité du service, de territoires desservis, précise l’auteur.

Malgré cela, le retard de l’Afrique en matière d’infrastructure reste énorme, et notamment dans le secteur crucial de l’énergie.

Les résultats mitigés de cette vague de privatisation ne signifient pas qu’il faille revenir à l’ancienne formule du tout-Etat, bien au contraire, insiste l’auteur. Un des enseignements à tirer est que les besoins sont simplement trop immenses pour être satisfaits par le seul secteur privé. Celui-ci ne pourra combler qu’une fraction des 38 milliards USD d’investissement annuel nécessaire au cours des 10 prochaines années pour rattraper le retard de l’Afrique dans ce domaine.

Une autre leçon à dégager de cette expérience de privatisation est la nécessité d’accentuer les réformes, légale et réglementaire, pour assainir davantage le climat des affaires, et renforcer la participation du secteur public dans ces projets. Contrairement à ce qui avait été envisagé, l’Etat reste un joueur central dans ces opérations pour identifier et faciliter la participation du secteur privé dans les activités où il a le plus de chances de réussir.

Par ailleurs, à moyen terme, le secteur public ne doit pas se contenter de fournir un appui « passif » en matière de financement ou de garantie, mais aussi favoriser le transfert d’expertise, de technologies, le renforcement des capacités nationales. «Le développement de projets à succès exige des facteurs en quantité rare dans les pays développés. Ce sont le temps, l’argent et des habiletés techniques pointues», souligne l’étude. De plus, la participation du secteur privé ne cadre pas toujours avec tous les types de projets d’infrastructure et avec tous les pays en développement.

Outre l’Etat, le secteur privé national en Afrique est dorénavant mieux positionné pour initier des financements. Contrairement à un investisseur étranger, l’investisseur africain est mieux protégé contre les risques de change, contre les risques politiques et dispose maintenant de meilleures sources locales de financement, plusieurs pays s’étant lancé avec succès dans des financements internationaux d’envergure.

Enfin, une approche régionale aux projets d’infrastructure s’impose plus que jamais, insiste l’auteur. Les projets régionaux offrent l’avantage de fortes économies d’échelle, et peuvent profiter de l’appui actif d’organisations régionales, notamment le Nouveau partenariat pour le développement de l’Afrique (NEPAD).