CEDEAO : Coup d’envoi d’une politique sur la femme et l’énergie

25/02/2015
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Une politique pour lever les obstacles qui entravent l’accès des femmes à l’énergie dans la Communauté des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) est amorcée. Ce processus a été lancé au cours d’un atelier, qui s’est tenu le mardi 24 février 2015, au siège de la Banque africaine de développement (BAD), à Abidjan, en Côte d’Ivoire.

En même temps que cette politique sera développée, une stratégie sera élaborée pour en piloter la mise en œuvre dans les pays de la région.

L’initiative est menée par la BAD, en collaboration avec le Centre régional pour les énergies renouvelables et l’efficacité énergétique de la CEDEAO (CEREEC) et le Laboratoire national pour les énergies renouvelables (“National Renewable Energy Laboratory” - NREL), basé aux Etats-Unis.

Grâce à cette politique, les gouvernements des 15 pays membres de la CEDEAO s’engageront dans des actions concertées, pour s’attaquer aux disparités de genre qui prévalent dans le secteur de l’énergie. Elle devrait leur permettre d’emprunter une trajectoire de développement énergétique plus durable, fondée sur les principes d’inclusion et d’égalité.

« Lorsque les investissements dans le secteur de l’énergie sont décidés en étant étayés d’informations relatives au genre et conçus de manière à tenir compte des spécificités de genre, femmes et filles en bénéficient davantage. Cela tient au fait qu’elles sont souvent marginalisées socialement et économiquement lorsque l’accès à l’énergie est limité », a déclaré Geraldine Fraser-Moleketi, envoyée spéciale de la BAD sur les questions de genre.

D’après les statistiques de la CEDEAO, 60 % environ des 300 millions d’habitants de la région n’ont pas accès à une énergie efficace, moderne ou sûre. La biomasse traditionnelle, dont le mode de collecte est peu durable et qui est utilisée par des techniques de transformation de l’énergie inefficaces, représente plus de 80 % des besoins en énergie des foyers dans les pays de la CEDEAO.

Ainsi que l’a souligné Mahama Kappiah, directeur exécutif du CEREEC, « étant donné leur rôle dans l’approvisionnement en énergie des ménages, ce sont les femmes et les enfants qui sont les plus affectés par la situation. Outre le temps et les efforts précieux qu’ils doivent consacrer à collecter du combustible, on estime globalement que 1,3 million de personnes – des femmes et des enfants pour la plupart – meurent prématurément chaque année des suites de la pollution de l’air dans leurs habitations, due à la combustion de biomasse  ».

C’est pourquoi il faut inclure les femmes dans les discussions sur les investissements dans des systèmes d’approvisionnement en énergie sûrs et durables. Fatimata Dia Sow, la commissaire de la CEDEAO chargée des Affaires sociales et du Genre, a fait état d’une initiative réussie, qui consiste à fournir de l’énergie solaire à des communautés au Mali et au Sénégal et qui a nettement accru la productivité des femmes. « L’accès à l’énergie par des moyens économiques, tels que des pompes et des panneaux solaires, a permis à des femmes dans ces pays de produire des biens et de pénétrer des marchés nationaux et régionaux », a-t-elle souligné.

L’atelier a été l’occasion de souligner qu’en s’attaquant aux problèmes d’énergie sous la perspective du genre, il sera possible de valoriser le capital humain que représentent les femmes et de contribuer à l’objectif régional d’un accès durable à l’énergie pour tous.

La politique envisagée – la première de ce type au monde – donnera aux femmes les moyens de contribuer, tant au plan intellectuel que commercial, à résoudre les crises énergétiques de la région. Les femmes représentent 50 % de la population et 43 % de la population active de la CEDEAO.

Les projets de documents de définition politique doivent être examinés par des experts techniques en juin 2015, avant d’être entérinés par les ministres de l’Énergie et du Genre respectifs des pays membres de la CEDEAO.

La BAD a engagé des investissements considérables dans le secteur de l’énergie dans la région. Entre 1998 et 2014, elle y a approuvé 40 opérations énergétiques (projets et/ou programmes), par le biais de ses guichets de financement des secteurs public et privé. Ces investissements totalisaient 1,45 milliard de dollars EU.