Le PROGEBE : La tolérance du bétail à la trypanosomiase en Afrique de l’ouest contribuera à la sécurité alimentaire et à la lutte contre la pauvreté

16/07/2012
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Le projet régional de gestion durable du bétail ruminant endémique (PROGEBE) vise à mettre en place des mesures de préservation du bétail ruminant endémique (BRE) trypanotolérant (bovin ndama, mouton djallonké et chèvre naine ouest-africaine) et de son habitat naturel. Ce projet est né de la volonté des Etats de la Gambie, de la Guinée, du Mali et du Sénégal.

La résistance à la trypanotolérance permet en effet à ces races d’être les seules à pouvoir vivre, se reproduire et produire dans les zones infestées de mouches tsé-tsé qui transmettent la trypanosomiase. Cette maladie, qui entraîne rapidement la mort ou une faiblesse chronique du bétail, constitue une des difficultés majeures au développement de l’élevage en zone subhumide.

Ces races sont également dites endémiques ou natives, dans la mesure où elles n'existent à l’état naturel que dans ces zones.

Maintenant, du fait de divers facteurs (pression démographique, changement climatique, action humaine déforestation, agriculture, feux de brousse et des croisements avec du bétail non trypanotolérant, en particulier), de plus en plus, les caractéristiques génétiques de ces races ont tendance à disparaitre. Ainsi, le patrimoine génétique commun que constitue le bétail résistant à la trypanosomiase pourrait-il disparaitre. Ce qui est une menace à la base de production des milieux concernés, et donc les conditions de vie des populations propriétaires de ce bétail.

Pour faire face à cette menace et promouvoir la productivité du bétail, la Gambie, la Guinée, le Mali et le Sénégal ont mis en place le PROGEBE, avec l’appui de bailleurs. La durée de mise en œuvre du projet est de six ans. Il est financé pour un montant de près de 44 millions de dollars EU, à raison de 68 % par la Banque africaine de développement, 23 % par le Fonds mondial de l’environnement, et 9% par les  quatre gouvernements concernés.

Le projet a déjà permis d’apporter des améliorations génétiques au bétail ruminant endémique et de mettre à niveau les techniques d’élevage. La gestion durable de l’écosystème et la promotion d’un environnement légal, politique et institutionnel favorable à l’augmentation de sa productivité sont d’autres acquis du projet.

Un programme d’amélioration génétique de ces races a été mis en place dans les 4 pays. Le système d’amélioration génétique des races est appliqué à cinq troupeaux en station abrités dans cinq centres d’élevage et 120 troupeaux villageois multiplicateurs. Les troupeaux en station produisent des géniteurs sélectionnés pour les troupeaux villageois multiplicateurs, qui assurent la diffusion des caractéristiques du bétail ruminant endémique. Une trentaine de géniteurs sélectionnés a déjà été transférée en milieu paysan. En outre, pour pallier le manque d’experts en génétique animale dans les pays, sept experts nationaux sont en cours de formation dans ce domaine. Les initiatives du projet ont, également, permis la mise en place d’un mécanisme régional pour la gestion durable des ressources génétiques animales en Afrique de l’ouest et du centre.

Mouhamadou Moustapha Cissokho, vétérinaire chargé de recherche au Centre de recherche zootechniques de Kolda, au Sénégal, estime que « grâce au PROGEBE, l’activité d’amélioration génétique au niveau du CRZ, en léthargie depuis quelques années, a été relancée à travers un appui conséquent en moyens logistiques, en ressources financières et la réhabilitation des infrastructures du centre. Pour assurer la durabilité du système, le projet encourage et accompagne le processus d’implication progressive des agro-éleveurs dans la gestion du noyau ».

Pour améliorer les conditions d’élevage et valoriser le potentiel de production et d’accroissement de la productivité du bétail ruminant endémique, le PROGEBE a misé sur le renforcement des capacités.

Plus de 122 techniciens, 175 relais et 2 800 agro-éleveurs ont été formés en santé animale, reproduction, alimentation et habitat des animaux. Les troupeaux multiplicateurs villageois jouent le rôle de troupeaux de démonstration pour la vulgarisation des thèmes techniques.

Au niveau des pays, les formations menées et leur démultiplication sur le terrain ont permis d’améliorer significativement les techniques d’élevage et de relever la productivité du bétail ruminant endémique (viande, lait et revenus), suscitant ainsi l’intérêt des agro-éleveurs pour ce bétail. L’un des impacts est le maintien des systèmes d’élevage à faible niveau d’investissement financier particulièrement importants pour des stratégies durables et inclusives de lutte contre la pauvreté, prenant en compte les préoccupations spécifiques des couches vulnérables.

Mme Astèle Diallo, propriétaire d’un troupeau bovin suivi par le projet, témoigne : « Grâce aux conseils de l’équipe du projet, j’ai recruté un berger pour suivre régulièrement mon troupeau. Mes animaux ne passent plus la nuit en brousse et rejoignent chaque soir l’enclos que j’ai construit. Je contrôle mieux l’état de santé de mes animaux, surtout les femelles gestantes. Dorénavant je ne dispose que d’un seul géniteur dans mon troupeau, tous les autres taureaux en âge de procréer ont été castrés ».

Pour la conservation de l’habitat naturel du BRE, le projet encourage des approches communautaires de gestion durable des ressources naturelles, à travers l’élaboration participative et concertée d’environ 20 plans d’occupation et d’affectation des sols dans les 4 pays. Ces plans d’occupation des sols ont constitué les cadres de mobilisation pour aménager près de 350 km de pistes à bétail et 710 km de pare-feu, favoriser les initiatives endogènes de lutte contre les feux de brousse, ainsi que des actions de conservation et de restauration des espaces dégradés.

Mamadou Sy, président d’une association de relais en environnement, déclare pour sa part : « Notre association a été appuyée par le projet en matériel de lutte contre les feux de brousse que nous utilisons pour la lutte active, mais également pour l’ouverture et le nettoyage de pare-feu. Maintenant, nous contrôlons et luttons mieux contre les feux de brousse, ce qui a permis de mieux protéger les pâturages du village, et d’assurer la continuité de l’alimentation des animaux jusqu’à l’hivernage ».

Divers investissements ont également été bouclés, ou sont sur le point de l’être, pour soutenir la valorisation et faciliter la commercialisation du bétail ruminant endémique et de ses produits. C’est ainsi que la réhabilitation ou la construction et l’équipement d’infrastructures communautaires d’élevage (17 aires d’abattage, deux marchés régionaux à bétail, 17 marchés locaux à bétail, 11 mini-laiteries, 160 pistes de desserte, 2 850 pistes à bétail et de nombreux points d’eau) sont en cours dans les quatre pays.

A ce jour, l’action du projet a permis :

•   de renforcer l’intérêt des autorités politiques et autres parties prenantes pour la gestion durable du bétail ruminant endémique
•   d’accroitre les ressources investies par les pays pour la promotion de leur élevage
•   d’amorcer une dynamique régionale et concertée de gestion durable des ressources génétiques animales
•   de contribuer à la biodiversité, la sécurité alimentaire et la réduction de la pauvreté avec une bonne prise en compte de l'aspect genre dans la mise en œuvre du projet et une pérennisation des résultats jugée probable.

En perspective, il s’agira, à travers les mécanismes de concertation mis en place aux niveaux national et régional, de maintenir la dynamique de gestion durable des ressources génétiques animales endémiques. Conçu comme un projet régional expérimental et novateur visant à la fois l’animal et son environnement, basé sur le partenariat et exécuté suivant une démarche participative et inclusive, le projet devrait inspirer d’autres pays, de la sous-région et ailleurs, et y être répliqué.