Faire de l’intégration régionale un levier au service de la relance et de la croissance à long terme en Afrique

28/10/2010
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L’intégration régionale peut, si elle est bien menée, devenir un facteur déterminant au service de la relance et de la croissance à long terme  des pays africains. C’est ce qui ressort d’une série d’exposés présentés lors de la première journée de la Conférence économique africaine qui se tient du 27 au 29 octobre à Tunis. Des échanges nourris entre participants à cette rencontre, co-organisée par la Banque africaine de développement (BAD) et la Commission des Nations unies pour l’Afrique (CEA), ont mis en évidence le rôle crucial du développement des services professionnels dont la comptabilité, les transferts de fonds et l’ingénierie dans le processus d’intégration régionale. En effet, selon la présentation de Mme Nora Dihel de la Banque mondiale, la baisse du coût des transferts et l’existence d’une comptabilité de qualité sont des facteurs qui peuvent augmenter le volume et la qualité des échanges intra-africains. Partant, ils peuvent donc donner un coup d’accélérateur à l’intégration régionale. Les discussions ont également permis de souligner le caractère indispensable d’institutions financières transnationales. Pour Madame Inutu Lukonga, du Fonds monétaire international (FMI), qui a présenté une communication sur la question, il n’existe à ce jour que 18 grands conglomérats financiers africains opérant dans plus de 4 pays. L’augmentation du nombre de ces conglomérats peut, à condition qu’elle soit accompagnée d’une  réglementation rigoureuse, devenir un levier pour l’intégration. Il restera alors les autres piliers de l’intégration régionale comme les infrastructures, le commerce et le développement du secteur privé. Des secteurs qui retiennent tout particulièrement l’attention de la banque africaine de développement. Car pour la BAD, l’intégration régionale est un défi prioritaire,  inscrit au cœur de sa stratégie destinée à contribuer à la réduction de la pauvreté et à assurer un développement durable à ses pays membres régionaux (PMR).  Une attention toute particulière est portée par la Banque à la construction des infrastructures, au renforcement des capacités et à plusieurs autres préoccupations  parmi lesquelles la bonne gouvernance et les changements climatiques.

A lui seul, le secteur des infrastructures a bénéficié de 52,1% des investissements de la BAD en 2009. Routes, ports, aéroports, chemins de fer, eau, électricité, Nouvelles technologies de la communication et de l’information (TIC) : aucun élément de la super structure infrastructurelle n’a été négligé. Sur le continent, les besoins en financement dans  ce secteur sont sans commune mesure avec les moyens actuellement disponibles. Alors qu’il faut près de 93 milliards de dollars chaque année sur la prochaine décennie pour rattraper le retard de l’Afrique en matière d’infrastructures, seulement la moitié  de ce montant est actuellement disponible. En sa qualité de chef de file pour les infrastructures du  Nouveau partenariat pour le développement de l’Afrique (NEPAD), le Groupe de la BAD a fourni des efforts considérables  pour accélérer  l’intégration entre les pays  de la même région, d’une part,  et l’intégration entre les différentes régions du continent, d’autre part.

En témoigne,  la construction des routes transnationales  retenues par  les projets de corridors Dakar-Le Caire, Tripoli-Windhoek, Lagos-Mombassa. Le Groupe de la BAD travaille actuellement à combler les chainons manquants de ces routes transnationales afin, entre autres, de donner un accès à la mer à 15 pays des 53 pays du continent totalement enclavés. L’enjeu est d’autant plus important que ces 15 pays représentent un tiers de l’économie du continent  et 40% de sa population totale.

Les routes sont essentielles pour relier les zones de production aux  zones de consommation du continent. Seulement 40% des Africains vivant en zone rurale disposent de 2 kilomètres de route  toute l’année contre 65% dans les autres pays en voie de développement (Source Africa Infrastructure country diagnostic). L’état des routes en Afrique est tel qu’il faut actuellement 1 heure pour parcourir 12  kilomètres contre 60 kilomètres pour les autres régions du monde. L’ambition de la BAD est d’inverser cette tendance en  créant de meilleures conditions de circulation  des  biens sur le continent, un facteur clé de la croissance économique et des investissements directs étrangers.

Un nouvel élan aux échanges intra-africains

De façon générale, le Groupe de la Banque mobilise des moyens conséquents pour faciliter les transports de personnes et de marchandises en Afrique. En témoigne,  son soutien aux projets aéroportuaires et ferroviaires sur le continent. On peut citer, parmi d’autres exemples, le Projet d’amélioration et d’extension des capacités aéroportuaires du Maroc pour un montant de près de 98,07 millions d’Unités  de compte ; le Projet de réhabilitation de ferroviaire de la voie Sidi Kacem-Meknes, au Maroc d’un coût total de 196,83 millions UC (unités de compte).  A travers ces interventions et bien d’autres, la BAD cherche à donner un nouvel élan aux relations économiques, commerciales et politiques transfrontalières. En effet, il est établi que l’alternative la plus crédible pour les pays africains est de s’unir ensemble pour constituer des marchés capables d’attirer des investisseurs. Si elle accorde une grande priorité aux infrastructures des transports, la Banque ne néglige pas pour autant  les secteurs de l’eau et de l’électricité. Sur ce plan, la politique de la BAD vise à aider les pays membres régionaux à garantir l’accès à l’eau et à l’électricité au plus grand nombre d’Africains. L’Initiative pour l’eau et l’assainissement en milieu rural (IAERAR) vise à garantir l’accès à l’eau potable à  près de 271 millions d’Africains d’ici à 2015. Certains  des 60 bassins transfrontaliers recensés en Afrique bénéficient  également  de l’appui financier et technique de la banque qui encourage par ailleurs très fortement les Etats du continent à valoriser l’irrigation pour en faire un atout dans la quête de la sécurité alimentaire.

En 40 années, seulement 4 millions d’hectares  ont été irrigués en Afrique contre 25 millions en Chine et 32 millions en Inde. La stratégie agricole de la banque accorde une place privilégiée à la mobilisation et à la maîtrise des eaux de surface tout comme à la construction d’infrastructures agricoles.  La même attention est portée au secteur de l’énergie.  Actuellement,  les 47 pays d’Afrique subsaharienne réunis ne produisent que 68 gigawatts soit autant que la seule Espagne. Non seulement elle est peu disponible, mais  l’électricité africaine est surtout très chère : un kilowatt/heure coûte 0,18 dollar en Afrique.

Convaincue que le défi du décollage économique ne peut se faire sans énergie, la BAD a engagé d’importants moyens pour rendre l’électricité disponible partout en Afrique tout en privilégiant  les projets d’interconnexions entre plusieurs pays. Entre 2006 et 2008, près 3.154 km de lignes de transports d’électricité ont été construites sur le continent  grâce aux interventions de la banque. Cet effort a permis de raccorder au moins 16 millions de personnes.

Le secteur privé au service de l’intégration régionale

S’agissant des TIC, le Groupe de la BAD s’est  engagé dans le développement des fibres optiques sur le continent. C’est le cas avec les câbles de la fibre optique Main One desservant l’Afrique de l’Ouest. Les routes financées par la BAD ont été également aménagées ces dernières années de façon à laisser la possibilité d’installer la fibre optique sur le bas côté. S’y sont ajoutés les efforts du Groupe pour soutenir les opérateurs privés de la téléphonie mobile.

Grâce aux investissements privés de près de 20 milliards de dollars entre 1992 et 2005,  le nombre d’abonnés au téléphone mobile en Afrique est passé de 10 millions en 2000 à 180 millions en 2007. Le coût de la communication en Afrique estimé à 12,5 dollars par mois reste cependant six fois plus élevé qu’au Bangladesh, en Inde et  au  Pakistan. En encourageant l’intégration régionale, le Groupe de la BAD reste convaincue que l’Afrique deviendra tout aussi compétitive que les autres régions du monde.

La banque  ne ménage aucun effort pour accroître les échanges commerciaux intra-africains qui atteignent  actuellement  à peine 13 % du volume global des échanges du continent.

Afin de soutenir ses PMR éprouvés par la crise financière, la BAD a créé une Facilité pour  le  financement du commerce dotée d’une enveloppe de plus d’un milliard de dollars. Elle continue d’encourager les Etats à simplifier les formalités notamment aux frontières pour assurer une circulation plus fluide des  biens et des  personnes.

L’Afrique ne s’en sortira qu’en agissant unie et solidaire. Elle n’a d’autre alternative que l’intégration régionale et continentale.