Les dépenses publiques sur le VIH-SIDA peuvent stimuler les économies des pays de l’Afrique australe

25/04/2012
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Les gouvernements des pays d'Afrique australe pourraient couvrir les dépenses publiques de lutte contre les taux extrêmement élevés de VIH-SIDA dans leurs pays et enregistrer cependant un impact économique positif, affirme un nouveau rapport de la Banque africaine de développement (BAD).

Le document de travail publié par le département de l’Economiste en chef de la BAD, intitulé  «Le rôle de la politique fiscale dans la lutte contre l'épidémie du VIH-sida en Afrique australe», utilise les études de cas du Botswana, du Lesotho et du Swaziland. Les mesures de fiscales du gouvernement sur le traitement du VIH-sida pourraient augmenter la productivité et le produit intérieur brut de ces pays, affirment les auteurs.

Ces trois pays ont la plus forte prévalence de VIH chez les adultes dans le monde. Le taux de personnes vivant avec le VIH au Swaziland est de 25,9 pour cent ; au Botswana, il est de 24,8 pour cent, et au Lesotho de 23,6 pour cent.

En revanche, la proportion est de quelque 18 pour cent chez leur grand voisin, l'Afrique du Sud.

Globalement, note le rapport, l'Afrique subsaharienne porte le plus lourd fardeau du VIH-sida dans le monde.

Près de 23 millions de personnes vivent avec le VIH en Afrique subsaharienne. Ce qui représente 68 pour cent du total mondial, alors que l'Afrique subsaharienne ne compte qu’un peu plus de 10 pour cent de la population mondiale.

Trente-quatre pour cent de toutes les personnes dans le monde vivant avec le VIH en 2009 se regroupent dans dix pays d'Afrique sub-saharienne.

Le document fait valoir que, si les trois gouvernements accroissent les dépenses en soins médicaux tels que les traitements antirétroviraux, les dépenses ralentiraient l'infection à VIH et le sida, et se traduiraient par des gains économiques.

L'impératif pour les gouvernements d'agir est d'autant plus fort que les fonds internationaux commencent à se réduire ou à tarir.

Le financement annuel des programmes VIH / SIDA est tombé à 15 milliards de dollars EU en 2010, alors qu’il était de 15,9 milliards de dollars EU en 2009. Les auteurs affirment : «C'est bien en dessous des 22 à 24 milliards de dollars EU que les agences de l'ONU estiment nécessaires d'ici 2015 pour financer une approche globale efficace.»

Comme le font observer les auteurs du document : «Cela est particulièrement important, étant donné les préoccupations actuelles concernant la diminution des aides étrangères (en particulier le Fonds mondial de lutte contre le SIDA), et les tensions budgétaires dans ces pays. Dans la période actuelle de crise financière qui affecte les pays développés et de réduction des ressources pour la lutte contre le VIH-SIDA, l'avenir des interventions efficaces et efficientes ... en Afrique est sans aucun doute national. »

Toutefois, les auteurs se posent la question : «Si ces pays utilisent les recettes publiques pour financer les actions de lutte contre le VIH-SIDA, cela ne va-t-il pas alourdir le fardeau de leur dette ou entraîner des externalités négatives sur le financement des autres programmes publics? »

Ils ont constaté que ce ne serait pas le cas « si les finances publiques sont utilisées de manière à atteindre les objectifs de réduction socialement optimaux du taux de prévalence du VIH. Au lieu de cela, cette affectation de ressources finira par alléger le fardeau de la dette de ces pays. »

Les auteurs utilisent un modèle mathématique sophistiqué pour évaluer les retombées économiques des dépenses publiques consacrées au traitement du VIH-SIDA.

L’un des effets du traitement par antirétroviraux est l’augmentation de  l'espérance de vie pour les personnes vivant avec le VIH, et donc de la productivité de l'emploi. Comme le disent les auteurs: «Les personnes vivant avec le VIH qui ont accès aux traitements antirétroviraux peuvent être considérées comme guéries. »

Sans un programme de traitement, la population touchée par le SIDA se multipliera rapidement. Le document note : «Pour les trois pays .... à défaut d'intervention pour lutter contre l’épidémie, d'ici 2020 plus de la moitié de la population sera touchée par le SIDA. »

Avec un programme de traitement optimal, selon les calculs des auteurs, il y aurait des gains économiques considérables. En agissant de façon optimale, le fardeau de la dette du Botswana, du Lesotho et du Swaziland pourrait être respectivement réduit de cinq pour cent, un pour cent et 13 pour cent du PIB, indique le rapport.