Éducation - Allier la qualité à la quantité dans l’enseignement en Afrique

04/11/2014
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De fantastiques progrès ont été accomplis en matière d’accès universel à l’éducation : en 2011, le taux net de scolarisation s’élevait à 90 % dans les pays en voie de développement et à 77 % en Afrique subsaharienne, selon un rapport des Nations unies publié en 2013.

Mais, le revers de la médaille est que cette hausse de la scolarisation ne s’est pas accompagnée d’un rehaussement de la qualité.

Le sujet a été abordé en détails, lors de la Conférence économique africaine 2014 à Addis-Abeba en Éthiopie, où les participants ont pu découvrir les conclusions de chercheurs universitaires qui ont consacré leur temps à développer des solutions pour sortir de cette impasse.

A écouter Esther Mumbi Kinamu, une chercheuse sud-africaine qui a étudié le rôle de l’éducation dans la croissance économique des pays en voie de développement, la plupart des enfants qui ont suivi neuf ans de scolarité en Afrique affichent des compétences en deçà du niveau international.

« Ils ne peuvent tout simplement pas rivaliser avec les enfants des pays développés à ce niveau », a-t-elle déclaré. Et d’ajouter : « pour accroître suffisamment la valeur du type d’enseignement primaire proposé, les analyses montrent que cet enseignement ne doit pas être purement théorique, mais qu’il doit au moins transmettre certaines compétences de base ».

Citant les travaux d’Eric A. Hanushek, chercheur en éducation de renom, Esther Mumbi Kinamu a également déclaré que, depuis que la prestation d’un enseignement public de base est une prérogative des gouvernements, une hausse continue des dépenses publiques dans les infrastructures scolaires était inévitable.

« Nos conclusions ont tenu compte des caractéristiques des quartiers, comme l’accès à l’eau courante, à des installations sanitaires et à des moyens de communication, dont la plupart relèvent du gouvernement. L’augmentation des dépenses par élève a également un impact considérable sur la qualité de l’éducation d’un enfant », a-t-elle poursuivi.

Dans son étude, intitulée  « Les impacts du ratio élèves/enseignant et des dépenses par élève sur le niveau d’instruction en Afrique du Sud », Esther Mumbi Kinamu a démontré qu’un petit nombre d’élèves par enseignant a un fort impact sur la qualité de l’enseignement en cycle primaire, tout en présentant les « pratiques parentales à domicile » comme un facteur crucial que l’on tient généralement pour acquis.

« Les caractéristiques familiales sont des déterminants majeurs dans le niveau d’instruction. Nos résultats démontrent qu’avoir un parent qui a suivi au moins quelques années d’enseignement secondaire augmente la probabilité d’atteindre un niveau d’éducation plus élevé, comparé au fait d’avoir des parents qui n’ont reçu aucune éducation formelle », a-t-elle ajouté.

Une autre chercheuse, Jennifer Okwonkwo, dont le travail porte sur « Les réformes de l’enseignement dans les pays francophones d’Afrique de l’Ouest », estime qu’il faut réorienter l’enseignement en Afrique : ne plus seulement éduquer les étudiants en leur inculquant des notions comme celles de mener « une vie agréable », mais leur enseigner des aspects plus importants, comme éradiquer la pauvreté, améliorer la santé et réduire l’illettrisme.

« Beaucoup de pays africains ont procédé à des réformes dans leurs systèmes d’enseignement, mais la qualité de l’enseignement en Afrique demeure extrêmement faible », a-t-elle déploré.

« Pendant que certains soutiennent qu’il n’y a aucun lien entre les financements et les résultats des réformes, d’autres concluent que l’augmentation des dépenses par élève a un impact positif considérable sur l’accomplissement des réformes. Nos recherches montrent que des financements plus élevés dans l’enseignement sont d’une importance capitale, mais que leur impact dépend fortement de la manière dont ils sont utilisés ».

Néanmoins, la plupart des pays sont en bonne voie d’atteindre leurs objectifs en matière de scolarisation dans le cycle primaire, selon le Rapport 2014 des Objectifs du millénaire pour le développement, que la Banque africaine de développement a élaboré en partenariat avec la Commission économique des Nations unies pour l’Afrique, l’Union africaine et le Programme des Nations unies pour le développement.

Ce rapport indique que 25 pays ont enregistré un taux net de scolarisation de 80 % et plus, et que seuls 11 pays affichent des taux de scolarisation inférieurs à 75 %.

Il vient toutefois appuyer les documents de recherche présentés lors de la Conférence économique africaine, en précisant que la maigre qualité de l’enseignement demeure un défi majeur, malgré les taux de scolarisation élevés.