La baisse rapide de la mortalité infantile en Afrique subsaharienne

10/07/2012
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Au cours des deux dernières décennies, l'Afrique subsaharienne a enregistré des baisses sans précédent de la mortalité infantile. D'après l'UNICEF, le taux de mortalité moyen a chuté de 174 pour 1 000 en 1990 à 121 pour 1 000 en 2000 et le taux de diminution s'est accru, passant de 1,9 % par an entre 1990 et 2000 à 2,5 % par an entre 2000 et 2010. Des recherches font état d'une accélération de la baisse de la mortalité infantile dans 34 pays de la région. Le taux de recul a augmenté depuis 2000, soit pendant la période des OMD, par rapport à la décennie précédente . L'Afrique de l'Est et l'Afrique australe ont réalisé des progrès plus importants que l'Afrique centrale et l'Afrique de l'Ouest. Des pays tels que l'Angola, l'Éthiopie, l’Érythrée, le Liberia, Madagascar, le Malawi, le Niger et le Rwanda ont connu une chute spectaculaire de la mortalité infantile au cours des deux décennies allant de 1990 à 2010.

La Banque africaine de développement s'attelle à rallier ses partenaires pour le renforcement des systèmes de santé en Afrique. Les 4 et 5 juillet 2012, en partenariat avec les membres de l'initiative Harmonisation pour la santé en Afrique (HHA), la Banque a organisé un dialogue de haut niveau entre les ministres des Finances et de la Santé sur le thème « Optimisation des ressources, durabilité et redevabilité ». La conférence a réuni les ministres des Finances et de la santé et/ou leurs représentants de 54 pays africains, des parlementaires et plus de 400 délégués du secteur public, du secteur privé, du monde universitaire, de la société civile et des médias. Son excellence Hamadi Jebali, le premier ministre de la Tunisie, Donald Kaberuka, le président de la Banque africaine de développement et Margaret Chan, la directrice générale de l'Organisation mondiale de la santé, ont prononcé les mots d'ouverture.

Les invités d'honneur, notamment Michel Sidibé, le directeur exécutif d’ONUSIDA, Babatunde Osotimehim, le directeur exécutif du FNUAP, Gabriel Jaramillo, le directeur général du Fonds mondial de lutte contre le sida, la tuberculose et le paludisme et Seth Berkeley, le PDG de l'Alliance mondiale pour les vaccins et la vaccination (GAVI), ont prononcé des discours importants en relation avec le thème.

Des conférenciers de marque, comme Julio Frenk, le doyen de l'École de santé publique de l'université Harvard et Hans Rosling, le directeur de la fondation Gapminder, se sont également adressés à l'assemblée.

Cette conférence a souligné l'urgence de renforcer la reddition des comptes dans les pays, de réduire la dépendance à l'égard de l'aide internationale et d'optimiser les ressources dans la prestation des services de santé en Afrique. Elle a réuni des experts des quatre coins de l'Afrique et du monde (notamment de l'Inde, de la Chine, du Brésil, du Vietnam et du Kirghizstan) qui ont pris la parole. Ce dialogue de haut niveau a donné naissance à la Déclaration de Tunis qui, entre autres, soutient la priorité à des interventions à forte incidence pour obtenir des résultats concrets.

Les tendances actuelles indiquent qu'une forte croissance économique n'est pas une condition préalable à l'amélioration de la survie des enfants, car plusieurs pays à faible revenu ont réussi à réduire la mortalité infantile en peu de temps. Les progrès majeurs en matière de survie infantile observés en Afrique subsaharienne sont en partie dus à la vaccination d'un plus grand nombre d'enfants. Même des pays ayant un système de santé précaire ont fait des progrès grâce à l'augmentation de la couverture vaccinale des enfants. La vaccination des enfants au moyen de programmes verticaux a permis de contourner les limites des systèmes de santé précaires et constitue probablement l'initiative de santé ayant le plus de succès en Afrique. La baisse des décès liés au paludisme est également un facteur ayant énormément contribué à la baisse de la mortalité infantile dans la région. Bon nombre de pays ont rapidement accru la couverture de la prévention du paludisme, non seulement par l'utilisation de moustiquaires imprégnées, mais également grâce à la pulvérisation d'insecticides à effet rémanent dans les logements et au traitement préventif intermittent des femmes enceintes. Le traitement des affections aigües des voies respiratoires et de la diarrhée, deux des maladies les plus meurtrières de l'enfance, s’est aussi considérablement amélioré en Afrique.

L'une des stratégies ayant réussi dans des pays tels que l'Éthiopie et la Tanzanie a été le déploiement de travailleurs sanitaires dans les collectivités rurales pour l'administration de soins de santé primaires. Les progrès accomplis en Tanzanie s'expliquent par l'exécution à grande échelle de plusieurs interventions clés pour la survie des enfants, le doublement des dépenses publiques pour la santé et la mise en œuvre de réformes de la gouvernance, comme la décentralisation accrue qui a permis aux districts de disposer de ressources financières considérables et favorisé la résolution de problèmes à l'échelle locale . En Éthiopie, le programme des agents de vulgarisation sanitaire a augmenté de façon significative la proportion d'enfants vaccinés, ainsi que la proportion d'enfants et de femmes dormant sous des moustiquaires imprégnées . Au Rwanda, la création de Mutuelles de santé a accru l'accès aux services de santé infantile. En outre, le Rwanda a instauré des vaccins antipneumococciques pour combattre les affections aigües des voies respiratoires, ce qui a contribué au recul notable de la mortalité infantile.

Des efforts supplémentaires sont nécessaires pour reproduire les interventions couronnées de succès, afin de maintenir le niveau de progrès actuel. Il faudrait adopter des démarches à plusieurs volets comprenant la mise à niveau des ressources humaines en santé, l'amélioration de la qualité des soins cliniques et l'expansion des services de vulgarisation de la santé infantile. Des interventions telles que l'offre de services de planification familiale pour l'espacement des naissances, qui n'ont pas encore été reproduites à grande échelle, mais ont fait la preuve de leur efficacité dans d'autres régions, peuvent contribuer à réduire davantage la mortalité infantile.