Chercheurs, décideurs et partenaires au développement vont réorienter les stratégies pour réduire la pauvreté et les inégalités en Afrique

02/11/2015
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La 10ème Conférence économique africaine (AEC) a été ouverte officiellement, le lundi 2 novembre à kinshasa par Léon Kengo Wa Dondo, président du sénat de la République démocratique du Congo, au nom du président Joseph Kabila Kabange.

Coorganisée par la Banque africaine de développement (BAD), le Programme des Nations Unies pour le développement (PNUD) et la Commission économique des Nations Unies pour l’Afrique (CEA), l’AEC rassemble des chercheurs éminents de l’Afrique, des décideurs politiques et des partenaires au développement dans une réflexion commune sur les divers défis qui se présentent face au développement du continent. Le thème de l’édition 2015 de la Conférence, «Lutter contre la pauvreté et les inégalités dans le Programme de développement pour l’après-2015», focalisera leur attention sur les moyens de relever ces défis à la lumière des nouveaux Objectifs de développement durable. 

«L’Afrique, et tout particulièrement l’Afrique subsaharienne, doit s’attaquer à l’extrême pauvreté, car plus de 40 % de sa population survit avec moins de 1,90 dollar EU par jour», a déclaré Steve Kayizzi-Mugerwa, vice-président et économiste en chef de la BAD, au cours de la cérémonie d’ouverture. «De fait, 30% des plus pauvres du monde vivent en Afrique».

Il a également fait remarquer que le manque d’infrastructures adéquates, particulièrement dans le domaine énergétique, imposait de grandes contraintes aux efforts visant à réduire la pauvreté et les inégalités en Afrique. Kayizzi-Mugerwa a  en outre précisé que l’incapacité des économies de l’Afrique à absorber les millions de jeunes qui entrent chaque année sur le marché du travail fait peser une grave menace sur son tissu social et sape le potentiel du continent.

En réplique à ces problèmes, il a indiqué que les nouvelles priorités stratégiques de la BAD consistaient à éclairer l’Afrique, ce qui s’est exprimé à travers le lancement d’un Nouveau Pacte sur l’énergie pour l’Afrique, qui va renforcer et multiplier les initiatives en cours dans le cadre d’un portefeuille de projets d’une valeur totale de l’ordre de 10 milliards de dollars EU. Par ailleurs, la vision de la Banque vise à nourrir l’Afrique, industrialiser l’Afrique, intégrer l’Afrique et rehausser le bien-être de ses citoyens. «Mais avant tout, la volonté politique sera nécessaire», a souligné l’économiste en chef de la BAD.

«La montée en puissance de l’Afrique» n’aura guère d’intérêt si elle ne se combine pas avec des efforts crédibles d’éradication de la pauvreté et de distribution plus équitable des revenus et des opportunités à l’échelle nationale. 

L’Afrique, a ajouté Kayizzi-Mugerwa, doit relever le bien-être social de ses habitants par la création d’emplois et par l’élimination des écarts homme-femme. À cette fin, la BAD collaborera avec des partenaires pour établir une facilité de 300 millions de dollars destinée à appuyer une action de financement affirmative en faveur des femmes en Afrique et à permettre la levée de moyens de financement à hauteur de 3 milliards de dollars sur les marchés de capitaux.                                            

«Le développement de l’Afrique est orienté dans la bonne direction, mais pour que personne ne soit laissé pour compte, il doit être accéléré et étendu», a déclaré de son côté Abdoulaye Mar Dièye, directeur du Bureau régional du PNUD pour l’Afrique.

«Nous avons été conviés ici pour faire des choix de politiques à la fois inspirées et courageuses», a-t-il ajouté. «Dans ce contexte, nous avons tout particulièrement à privilégier la gestion durable, la conservation et la réhabilitation du capital foncier, et à accorder un degré de priorité élevé à ... l’autonomisation des femmes, l’emploi des jeunes, l’entrepreneuriat rural, l’entrepreneuriat social et collectif, ainsi qu’à l’élimination des préjugés et des stéréotypes qui alimentent la discrimination, l’exclusion et la marginalisation».

Pour sa part, Carlos Lopes, secrétaire exécutif de la Commission économique des Nations Unies pour l’Afrique, a déclaré que l’élimination de la pauvreté accompagnée d’une stimulation de la prospérité constituait le défi le plus urgent que l’Afrique ait eu à relever à ce jour. «Nous paraissons avoir enregistré une certaine performance sur ce dernier point, grâce à une croissance économique moyenne de 5% qui a largement dépassé la moyenne mondiale ces dix dernières années. Mais malheureusement, la réalité devient nettement plus rude si l’on considère notre performance en ce qui concerne la lutte contre la pauvreté».

La croissance sur le continent à ce jour n’a pas été partagée, et elle n’a pas été une croissance de qualité, a dit Lopes. À l’avenir, la priorité doit être accordée à la création d’emplois, l’inclusion et à la réduction de la pauvreté. 

«Pour redresser la situation, il faut que l’Afrique marque une rupture avec la routine», a-t-il poursuivi. Le continent doit privilégier l’industrialisation et accroître les investissements en productivité agricole, afin qu’il tire parti de son dividende démographique et qu’il modernise des économies actuellement trop dépendantes du secteur informel».

Dans son intervention, le premier ministre congolais Augustin Matata Ponyo a salué la nouvelle vision de la BAD concernant l’éclairage du continent. Sans énergie, a-t-il dit, nous ne pouvons industrialiser et transformer l’Afrique. Il a appelé à une révolution conceptuelle face à la mise en œuvre de stratégies de gouvernance, à un renforcement des institutions et à davantage de leadership.

L’on s’attend que cette conférence réunisse 300 délégués, participants et représentants des médias au cours de trois journées de discussions qui prendront fin mercredi.