Boubacar Traoré, Spécialiste en chef en matière de mobilisation des ressources fait le point sur la réunion des BMD tenue à Washington

28/08/2007
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Question: Quels étaient les principaux problèmes abordés au cours de la plus récente  réunion des Banques multilatérales de développement (BMD) sur les questions relatives à la dette tenue au siège de la Banque mondiale à Washington DC?

Réponse: Les 11 et 12 juillet, la Banque mondiale a abrité, à Washington D.C, la Réunion annuelle pour 2007 des créanciers multilatéraux.  Les représentants de 17 institutions multilatérales ont pris part à la réunion, et deux créanciers bilatéraux y one assisté à titre d’observateurs. La réunion s’est focalisée sur les progrès réalisés dans la mise en œuvre de l’initiative d’allégement de la dette en faveur des PPTE et de l’Initiative d’allégement de la dette multilatérale (IADM), la soutenabilité de la dette – y compris le règlement des arriérés, ainsi que le traitement des « états fragiles » - et le renforcement de la capacité de gestion de la dette dans les pays à faible  revenu.

Question: Pouvez-vous nous parler brièvement des principales conclusions se rapportant à l’Initiative en faveur des pays pauvres très endettés  (PPTE) et à l’'initiative d'allégement de la dette multilatérale (IADM)?

Réponse: Depuis juin 2006, le Malawi, Sao Tomé-et-Príncipe et la Sierra Leone ont atteint le point d’achèvement, tandis que Haïti et l’Afghanistan ont atteint le point de décision. Jusqu’à présent, 31 pays ont atteint leurs points de décision; parmi eux 22 ont atteint leurs points d’achèvement, y compris 18 pays membres régionaux (PMR). Il est possible que quatre à six autres PPTE puissent atteindre leurs points d’achèvement d’ici la fin de 2008, dont le Burundi, le Tchad, la Guinée, et la RDC. Il est tout aussi important de souligner que la République centrafricaine et le Libéria pourraient atteindre le point de décision d’ici la fin de 2007, aussitôt que sera mis en place un accord ferme et global sur le financement entre les créanciers privilégiés.

Dans ce cadre, la réunion des BMD a aussi noté que le futur processus  de règlement des arriérés du Libéria est représentatif de la complexité croissante des problèmes auxquels doit faire face la communauté des BMD. Les participants ont reconnu qu’il était important de collaborer à l’effet de faciliter le règlement sans à-coups des arriérés pour de tels pays afin de leur permettre d’atteindre le plus tôt possible le point de décision de l’initiative PPTE. Dans ce contexte, la BAD a présenté en détail son cadre proposé pour un engagement renforcé dans les Etats fragiles. Celui-ci a été bien reçu. Le plus important c’est que l’UE a indiqué qu’elle avait engagé le processus d’élaboration d’une stratégie similaire à l’égard des Etats se trouvant dans des situations « fragiles ».

Question: Quelle est la nouvelle estimation des coûts de l’IADM pour les différentes BMD ?

Réponse: Globalement, les estimations préliminaires du coût total de l’allégement de la dette au titre de l’IADM s’élèvent à 44,5 milliards de $ EU en termes nominaux actualisés à la fin de 2006. L’annulation de la dette consentie au titre de l’IADM par le FMI, l’IDA, le FAD a débouché sur des indicateurs du fardeau de la dette améliorés sensiblement. L’IDA fournit approximativement 74 pour cent du coût total de la ADM, tandis que le FMI et le FAD ont contribué à hauteur, respectivement, de 10 et 16 pour cent. A ce jour, 22 pays ayant atteint le point d’achèvement ont bénéficié de l’allégement de la dette pour un coût total d’environ 26 milliards de $ EU. Le FMI, dont les modalités ont été approuvées, a, à ce jour, accordé l’allégement de la dette à 22 PPTE pour un coût total de 3,9 milliards de $ EU. La participation du FAD à l’IADM, qui a débuté en septembre 2006, devrait se chiffrer à un montant total d’environ 8,5 milliards de $ EU au bénéfice de 33 PPTE, y compris 18 pays qui remplissaient déjà les conditions requises.

Vous voudrez peut-être aussi noter que le Conseil des gouverneurs de la Banque interaméricaine de développement (BID) a approuvé, en mars 2007, l’allégement de la dette, au titre de l’IADM, pour cinq PPTE (Bolivie, Guyana, Haïti, Honduras, et Nicaragua). A partir de janvier 2007, quatre de ces pays ont bénéficié d’un allégement de la dette à 100 % au titre du guichet préférentiel de la BID (FOS) pour un coût total d’environ 4,4 milliards de $ EU (fin 2004 date limite). Haïti bénéficiera d’un allégement de sa dette dès que ce pays atteindra le point d’achèvement PPTE. Contrairement au FAD et à l’IDA, la BID n’a bénéficié d’aucune ressource extérieure pour financer l’allégement approfondi de la dette.

Question: Pouvez-vous nous en dire davantage sur les progrès réalisés dans la mise en œuvre du Cadre de soutenabilité de la dette des pays à faible revenu (CSD)?

Réponse: Aujourd’hui, nous avons les résultats des Evaluations de la soutenabilité de la dette (ESD) pour tous nos 40 pays FAD. Ces résultats seront utilisés pour finaliser, avant la fin de juillet 2007, l’allocation 2007 des ressources du FAD  en faveur des différents pays au titre du FAD-X. J’aimerais profiter de cette occasion pour rappeler que la finalité du CSD et de l’ESD c’est de permettre aux emprunteurs d’élaborer des stratégies de financement appropriées, compatibles avec les plans de développement et les objectifs de réduction de la pauvreté. Ceci rend nécessaire l’accélération de la diffusion du CSD au bénéfice des créanciers et des emprunteurs. Les efforts faits actuellement pour atteindre cet objectif ont été discutés et les participants se sont déclarés intéressés par une contribution active audit processus. Pour mieux atteindre cet objectif, la BAD a proposé d’organiser des discussions sur le CSD avec d’autres parties prenantes au cours de ses assemblées annuelles, et d’organiser aussi des ateliers sur le CSD au Mali et au Malawi au plus tard à la fin de l’année 2007, en étroite collaboration avec l’IDA, le FMI et l’UE. Le FIDA a informé les participants du fait qu’il avait récemment adopté le CSD comme instrument pour guider ses décisions en matière de financement et des implications que cela devrait avoir sur le plan opérationnel.

Question: Comment progresse le renforcement de la capacité de gestion de la dette dans les pays à faible revenu, en particulier en Afrique?

Réponse: Les expériences en matière de renforcement des cadres et de la capacité de gestion de la dette publique (GDP) dans les pays en développement ont été passées en revue au cours des réunions des nos BMD. Les discussions ont révélé que de nombreux pays à faible revenu, en particulier les pays FAD, continuent à faire face à une série de défis sur des politiques, institutionnels et opérationnels. Les participants ont été informés du fait que, en vue d’avancer, la Banque mondiale et le FMI, ensemble avec les BRD telles que le Groupe de la BAD, vont continuer à répondre à la demande des divers pays, assurer le renforcement des capacités et la diffusion des connaissances, tout en assurant le suivi et l’analyse des risques financiers dans les structures de la dette.

Au-delà de tout ceci, le Groupe de la BAD continuera à faire le nécessaire, dans le cadre de ses programmes et projets en matière de gouvernance, pour appuyer les initiatives relatives à l’amélioration et au renforcement de la capacité de gestion de la dette en Afrique. La première étape consistera à faire un effort spécial pour soutenir l’élaboration et la mise en œuvre de Stratégies de la dette à moyen terme efficaces dans les pays FAD, en accordant une attention particulière aux pays fragiles, ainsi qu’aux PPTE au point de post-achèvement, en étroite collaboration avec les institutions de Bretton Woods, en particulier au cours de la mise en œuvre du FAD-XI. Néanmoins, ce programme fera partie de l’assistance conjointe à plus long terme des donateurs en matière de renforcement des capacités. Des consultations sur la méthodologie seront menées au moment opportun avec la Banque mondiale et le Fonds monétaire international, ainsi que d’autres donateurs bilatéraux. Pour suivre les progrès réalisés, ce travail conjoint sera complété par des Evaluations périodiques de la performance en matière de gestion de la dette. Ces initiatives seront adaptées à différents pays, compléteront des programmes existants, et seront entreprises en étroite collaboration avec les autorités des pays, d’autres fournisseurs de coopération technique et les donateurs bilatéraux.

Interview réalisée par Joachim Arrey, Unité des Relations extérieures et de la  Communication.  +216 71  -j.arrey@afdb.org