Assemblées annuelles de la BAD : le Rwanda, métaphore de la résilience ?

23/05/2014
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Le Rwanda, pays hôte des Assemblées annuelles 2014 du Groupe de la Banque africaine de développement (BAD), a commémoré le 20e anniversaire du génocide qui, en cent jours, a coûté la vie à un million de personnes, en majorité des Tutsis et des Hutus modérés, en avril 1994. 

Le récit sur la « rapidité » avec laquelle le Rwanda s’est relevé de ce que beaucoup ont perçu comme une apocalypse irrévocable a captivé les participants aux Assemblées.

Le Rwanda a connu une période de prospérité économique et de stabilité macroéconomique ces dix dernières années, avec une croissance du PIB de 8 % en moyenne par an, propulsant le pays parmi les économies à la croissance la plus dynamique en Afrique.

Des performances que Mohamed Ould Abdel Aziz, président de la Mauritanie et actuel président de l’Union Africaine, a évoquées dans sa courte allocution, tandis que Donald Kaberuka, président de la BAD et lui-même de nationalité rwandaise, a citées comme leitmotiv de sa présentation, lors de la cérémonie d’ouverture des Assemblées à Kigali, le jeudi 22 mai 2013.

D’après Donald Kaberuka, il faut tirer au moins deux enseignements de ce que beaucoup décrivent comme le miracle rwandais, qui pourraient s’avérer fort utiles à de nombreux pays africains confrontés aux défis de la reconstruction. Premièrement, un peuple déterminé peut triompher contre toute attente, quelle que soit la gravité d’une situation. Deuxièmement, s’il existe des manuels sur la manière de bâtir des montages complexes, il n’y a pas de boîte à outils sur la façon de reconstruire une nation détruite.

« Les gens doivent se tourner vers leur culture, leur histoire, la nature de la crise qu’ils subissent et formuler leurs propres solutions », a ajouté le président de la BAD, en reconnaissant l’aide qu’amis proches et lointains avaient apportée  à la reconstruction du Rwanda.

À l’inverse, les événements que traversent actuellement le Soudan du Sud, la République centrafricaine et d’autres régions instables de l’Afrique qui ont été le théâtre de conflits à l’ampleur génocidaire par le passé, laissent à penser que l’histoire continuera de se répéter, aussi horrible soit-elle.

Évoquant le kidnapping des quelque 300 écolières survenu le mois dernier à Borno, au nord-ouest du Nigeria, Donald Kaberuka a affirmé que la Banque, en tant qu’institution financière en développement, soutient fermement le droit des filles d’aller à l’école, aux côtés de leurs frères.

« C’est au cœur-même du dividende démographique », a-t-il souligné, ajoutant que, « dans la même veine, nous avons condamné avec véhémence la violence et les groupes terroristes s’appliquant à interrompre notre essor économique, semant le désordre  au Nigeria, au Kenya, au Sahel et dans la corne de l’Afrique ».

Le président Kagame a lui aussi abordé les problématiques sous l’angle du changement inévitable, lorsqu’il a fait remarquer que les situations aujourd’hui sur le continent doivent rappeler à tous que les progrès peuvent toujours être inversés. « Nous devons aussi nous rappeler que nous pouvons nous élever ensemble, ou sombrer ensemble. Nous sommes responsables de nous-mêmes. Mais nous sommes aussi, dans une certaine mesure, responsables les uns des autres ».

Prendre conscience que cette instabilité, où qu’elle soit en Afrique, affecterait l’ensemble du continent d’une manière ou d’une autre, at-il ajouté, c’est faire en sorte que l’édification de la paix et la prévention des conflits soit l’affaire de tous. « Nous ne pouvons pas nous permettre de rester inactifs et de prendre pour acquis l’avenir de notre continent ».

Les conflits et la fragilité figurent parmi les nombreux thèmes que les participants ont abordés aux Assemblées annuelles, qui ont pour thème: « Les 50 années à venir : l’Afrique que nous voulons ».

L’Égypte, la Libye et la Tunisie, trois des plus robustes pays membres régionaux de la Banque, ont souvent été cités au cours des débats, car ils illustrent la façon dont l’instabilité politique et les conflits peuvent saper le développement économique et la croissance.

Les participants aux débats ont déclaré que ces cas de figure exigent que la Banque s’engage davantage dans l’édification de la paix et la prévention des conflits, outre sa mission cruciale de financement de projets et de programmes et son rôle courtier du svoir sur les enjeux de développement.