Conférence de presse de Sir Nicholas Stern et de M. Paul Collier

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Date: 11/07/2007
Lieu: Tunis, Tunisie
Conférence de presse de Sir Nicholas Stern et de M. Paul Collier

Sir Nicholas Stern, ancien directeur de la Commission Blair pour l’Afrique et ancien économiste en chef de la Banque mondiale, et M. Paul Collier, chercheur au centre d’études sur les économies africaines de l’université d’Oxford, ont tenu mardi à Tunis, dans les locaux de la BAD une conférence de presse, dans le cadre du programme des Conférenciers éminents de la BAD. M. Stern est intervenu sur le thème de l’économie des changements climatiques dans une perspective africaine. « Les coûts et les risques mondiaux des changements climatiques équivaudront à une perte d’au moins 5 % du PIB mondial chaque année, aujourd’hui et pour toujours. Si l’on prend en compte un éventail plus vaste de risques et de conséquences, les estimations des dommages pourraient s’élever à 20 % du PIB ou plus », prédit Sir Nicholas Stern. Il estime également que « quelque 145 à 220 millions de personnes supplémentaires en seraient réduites à vivre avec moins de 2 dollars par jour, sans compter que 165 000 à 250 000 cas supplémentaires de décès par an pourraient toucher les enfants en Asie du Sud et en Afrique subsaharienne à l’horizon 2100, du seul fait des pertes de revenus ».

C’est toute l’économie du développement qui sera affectée par les changements climatiques, et, partant, le mode de fonctionnement même des agences de développement.

Par ailleurs, la veille de cette conférence, avait faire en tant qu’éminent conférencier un exposé sur « l’économie des changements climatiques: enseignements pour l’Afrique ». L’important auditoire, constitué du personnel de la Banque, de membres de la haute direction, d’invités a été rehaussé par la présence de ministres tunisiens et de diplomates. M. Stern a tenu à souligner d’entrée l’étroite imbrication qu’il y a entre développement et changements climatiques, estimant que l’action est en droite ligne des recommandations du Sommet de Gleneagles. Il a mis en exergue  la relation existant entre ce phénomène et l’eau et qui se caractérise par des cycles extrêmes de sécheresse et d’inondations. Après avoir établi le choc des effets de serre découlant de l’action de l’homme, il a averti que si l’Homme ne prend pas de mesure dans l’immédiat, cela constituera une attitude dangereuse et il sera difficile de revenir en arrière. Il s’agit d’un problème mondial qui nécessitera une réponse mondiale. L’orateur n’a pas manqué de relever l’inéquité qui caractérise les changements  aussi bien dans ses causes que dans ses effets. Les pays riches, à l’origine de 75% des émissions des gaz à effet de serre, devront être les chefs de file pour réduire ces gaz  Après plusieurs études des phénomènes enregistrés à travers la planète, une chose est sûr nous nous acheminons vers un réchauffement de 2 degrés Celsius voire 3 degrés de plus.

Le développement, a t-il souligné est la première et meilleure des réponses aux changements climatiques. Pour ce faire, tout l’appareil d’Etat doit être impliqué. Pour l’Afrique, nous devons changer notre mode de conception des infrastructures et repenser notre agriculture et notre système d’irrigation, sachant que l’Afrique dispose là d’un avantage face aux autres continents pour faire de la croissance différemment et adopter de nouveaux comportements écologiques. Un partage d’informations sera nécessaire entre les différents acteurs pour obtenir de bonnes prévisions météorologiques, car ce sera là le seul rempart face aux multiples catastrophes qui s’annoncent. Pour notre adaptation aux changements climatiques, il faudra aller au delà des seules ressources financières. Des mécanismes sont à mettre en place au niveau de l’aide, de la conception des villes,  des déplacements de populations, de la taxation de la pollution, des échanges entre les pays et de la diversification des sources énergétiques. Les implications des changements climatiques demeurent donc un danger pour l’Afrique si ces mécanismes ne sont pas  maîtrisés et peuvent rendre le développement coûteux. Une lueur d’optimisme prudent pointe cependant dans les propos de M. Stern qui s’est dit plus optimiste qu’il y a un an. A travers les discussions nous savons que nous pouvons construire des infrastructures plus robustes. L’Afrique en adoptant certaines techniques et technologies peut rattraper son retard. En outre, l’Afrique a  un rôle à jouer pour influencer le débat mondial.

L'Afrique, a-t-il précisé, est particulièrement sensible aux aléas climatiques. Les changements climatiques menacent tous les aspects de l’agenda de développement. Il a souligné que l'Afrique est déjà vulnérable aux changements climatiques, et dispose de peu de moyens pour y répondre; ajoutant que les coûts des changements climatiques pourraient être réduits grâce à l'adaptation et la réduction. L'adaptation est, selon lui, le seul moyen de faire face à l'impact des changements climatiques au cours des prochaines décennies. Il était toutefois optimiste, indiquant qu'il existe des possibilités de s'adapter, de produire une énergie propre au carbone faible, d’améliorer l'utilisation des terres,  de réduire le déboisement et de définir la coopération internationale. L'Afrique est en mesure de tirer bénéfice des initiatives mondiales en matière d'investissement en énergie propre, de réduire le déboisement et de mettre en place des biens publics.

Le développement constitue la clé de l'adaptation qui permet d’augmenter la résilience et les moyens d'adaptation à la variabilité climatique  qui pourrait réduire le coût des catastrophes naturelles. Il a cependant souligné que l'adaptation exige une grande planification économique et une coopération régionale. Il a indiqué que la gestion et la coordination contribuent à la réussite de ce projet, précisant que les gouvernements ont un rôle fondamental à jouer.

De son côté, M. Paul Collier a axé son intervention sur l’assistance que les institutions de développement telles que la Banque africaine de développement doivent apporter aux pays sortant de conflit. « Ces stratégies doivent se distinguer des autres politiques de développement, préconise M. Collier, car les pays sortant de conflit héritent de politiques économiques caractérisées par un dysfonctionnement très élevé, nécessitant une approche spécifique ». Il a également insisté sur les coûts importants que les conflits internes généraient dans les pays limitrophes. Il a estimé que la BAD avait un grand rôle à jouer en direction des pays sortant de conflit au regard de l’identité africaine de la banque, de la confiance qu’elle inspirait et de son expertise reconnue. Il a invité les voisins des pays sortant de conflit à travailler ensemble pour éviter les situations de conflit, suggérant qu’une réduction des armes constitue l’un des moyens pouvant permettre aux pays sortant de conflit de ne plus se retrouver dans la même situation peu après le règlement de conflit. Il a souligné l’importance de l’aide, ajoutant que des institutions telles que le Groupe de la Banque sont appropriées à des situations pareilles.

Le professeur Collier, rappelle-ton, avait fait lundi, devant le Conseil d’administration de la BAD, un exposé sur le thème: « Le rôle de la Banque dans le redressement des pays post-conflit en Afrique ». Le conférencier était  intervenu sur les différents revenus et sur les stratégies de dépenses, en identifiant à la fois, les sources et les systèmes de dépenses.  M. Collier s’est insurgé contre les dépenses ostentatoires, situation dans laquelle se retrouvent de nombreux pays sortant de conflit.

Il a en outre, souligné l’importance de l’aide qui, a-t-il avancé, «pourrait faciliter les remboursements des pays sortant de conflit ». Abordant ce qu’il a qualifié de mécanisme de dépenses publiques, M. Collier a estimé que les pays sortant de conflit, tiennent généralement leur héritage d’un passé où les gouvernements n’ont jamais pu bâtir un secteur public efficace, même avant l’éclatement de la guerre civile. Le professeur Collier  a souligné le triple  rôle que doit jouer la BAD: celui de conseillère, de financière et de plaidoyer. La Banque, a-t-il précisé, « devra disposer d’un portefeuille de projets spécifiques pour les pays sortant de conflit, d’autant plus qu’il reflète mieux leurs priorités ». L’éminent conférencier a souligné la nécessité pour la Banque de jouer un rôle axé sur les biens publics régionaux.


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