L'entrepreneuriat social, modèle de développement pour l'Afrique

31/05/2013
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Participant aux Assemblées annuelles de la Banque africaine de développement (BAD), à Marrakech, le 31 mai, le professeur Muhammad Yunus, a donné sa vision de l'entrepreneuriat social et ce que ce modèle pourrait apporter au développement de l’Afrique.

Au cours du Séminaire de haut niveau sur le « développement de l'entrepreneuriat social » organisé dans le cadre des Assemblées Annuelles de la BAD qui se terminent vendredi, Le prix Nobel de la Paix originaire du Bangladesh, a encouragé les Africains à développer ce système économique à but non lucratif qui a pour seul objectif de résoudre les problèmes des populations et d'améliorer leurs conditions de vie.  

En quoi consiste l'entrepreneuriat social? Comment ce modèle économique a permis de transformer la vie de plusieurs milliers de personnes au Bangladesh ? Comment l'Afrique peut, à son tour, s'en inspirer ? C'est à ces questions que Yunus, à l'origine de ce projet, a répondu.

« L'entrepreneuriat social ce n'est pas de la charité ni de la philanthropie », a tenu à souligner le professeur d’économie, « c'est un système qui a pour but de résoudre les problèmes des populations au quotidien sans faire de dividendes ».

« Ce qui ne signifie pas que nous ne générons pas de bénéfices. Nous faisons des affaires comme toute entreprise. A la différence que nous effectuons des investissements dans le  social qui génèrent des revenus pour résoudre des problèmes ciblés, bien précis », a-t-il expliqué. En clair, « nous faisons des affaires pour résoudre les problèmes des populations afin d'améliorer leur existence ».

Selon lui, l'argent ne doit pas être une fin en soi mais doit servir à transformer la vie des gens. « Tous les bénéfices que nous générons servent à améliorer leurs conditions de vies », a martelé Yunus qui a en effet transformé la vie de milliers de personnes dans son  pays d'origine, le Bangladesh, en créant sa propre banque d'investissement en 1976.

La Grameen Bank emploie aujourd’hui près de 25.000 personnes : « J'enseignais l'économie à l'université, mais je ne pouvais plus supporter la pauvreté dans mon pays.  C’est pour cela que je me suis lancé dans ce projet, car les banques ne prêtaient qu'aux riches et jamais aux pauvres », a-t-il confié.

La Grameen Bank octroie en priorité des prêts  aux femmes, résidant en zone rurale, parce qu’elles étaient totalement exclues du système bancaire et du crédit. Désormais en revanche, elles peuvent créer leur propre entreprise.

Le groupe fonctionne comme une banque traditionnelle, selon Yunus, mais avec des taux d'intérêts très bas.

Grâce aux bénéfices de sa banque de microcrédit, il a élargi son champ d'action, créant quatre cliniques où les personnes les plus défavorisées peuvent être soignées à faible coût. Plusieurs millions de personnes au Bangladesh ont ainsi pu se faire opérer de la cataracte pour ne pas perdre la vue. Une cinquième clinique est en cours de construction.

L'organisme de Yunus s'est aussi engagé à réduire la malnutrition au Bangladesh.  Et ce  en scellant un partenariat avec le groupe français Danone qui produit des yaourts très vitaminés pour les enfants mal nourris, à des prix très accessibles, notamment en faveur des plus défavorisés. Des écoles ont aussi été créées pour améliorer le niveau d'éducation dans ce pays parmi les plus pauvres du monde.

Toutes ces opérations ont poussé Muhammad Yunus à s'intéresser à l'Afrique pour encourager ce type d'initiative sur le continent. Depuis quelques années, il intervient dans de nombreux pays africains avec lesquels il partage son expérience et développe des projets adaptés en faveur des populations les plus démunies.

Yunus indique qu’il est disposé à prêter main forte à tous ceux qui souhaitent s'inspirer de son entreprise. Il exige toutefois la mise en place d’un fonds de départ de 4 millions de dollars avant d'entamer tout projet de microcrédit. Cette somme constitue la base du capital de prêts mis à disposition pour des projets uniquement locaux.

L'entrepreneuriat social peut permettre à l'Afrique de se développer,Yunus en est convaincu. « L'Afrique est l'avenir du monde. C'est un continent avec beaucoup de ressources mais qui n'ont pas été pleinement exploitées », a-t-il affirmé.

Selon lui, « il faut mettre en place des structures pour libérer les énergies et développer la créativité. L'Afrique va devenir le grenier du monde ». Par conséquent, « la BAD a un rôle très important à jouer dans la promotion de l'entrepreneuriat social en Afrique. Elle pourrait œuvrer à la sensibilisation de ce concept  sur le continent", a-t-il ajouté.

« Il ne faut pas toujours attendre que le gouvernement fasse des choses pour vous. Les citoyens peuvent par leurs propres initiatives changer leur vie », a-t-il également souligné, estimant que « la créativité est le cœur de l'entrepreneuriat social tandis que la charité étouffe la créativité et met l'individu qui réclame de l'aide dans une position de dépendance ».

Volontairement optimiste, Yunus assure qu’aujourd’hui « tout est possible en Afrique : les femmes sont déjà très actives, elles gèrent les finances, travaillent beaucoup et sont très impliquées dans le développement. Toutes les conditions sont réunies. L'Afrique est prête pour le changement. Il suffit d'y croire. »