Discours du président de la BAD à l'occasion du lancement des festivités marquant le 50è anniversaire de la BAD

22/04/2014
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Événement : Lancement des festivités marquant le 50è anniversaire de la BAD

Excellences, chers amis, mesdames, messieurs, bonne après-midi.

La cérémonie que j’ai l’honneur de présider lance le processus de célébration de notre Jubilé d’or.

Ce processus se déroulera dans tous nos bureaux extérieurs, à Kigali au cours de nos Assemblées annuelles, et culminera en la célébration principale qui se tiendra en novembre 2014 à notre siège à Abidjan.

Atteindre cinquante ans, c’est une étape importante dans la vie d’une institution, comme dans celle d’un individu.  

Notre célébration n’est pas tant une festivité qu’une occasion solennelle de marquer une pause pour jeter un regard rétrospectif sur ce parcours de cinquante ans.

Un moment de nous tourner vers l’avenir et de scruter les montagnes que nous avons encore à gravir.

Cela dit, nous rendons aujourd’hui hommage aux pères fondateurs.

Dans les semaines et les mois à venir, nous réfléchirons pour déterminer dans quelle mesure nous avons été fidèles à leur vision et à leurs idéaux.

Nous saluons des personnalités comme Romeo Horton.

Ceux d’entre vous qui l’ont écouté à Kampala en 2004 auront compris que les débuts ne furent pas aisés.

Mais, grâce à la ténacité des uns et des autres, la Banque africaine de développement a vu le jour le 10 septembre 1964.

Ce fut un début très modeste, avec 10 employés et un capital de 250 millions de dollars.

Début modeste, certes, mais combien important.

De nombreuses personnes ont joué un rôle essentiel dans ce parcours.

Aujourd’hui, je tiens à rendre hommage à nos États membres, à nos partenaires, en Afrique et au-delà.

À mes illustres prédécesseurs, dont nous honorons la mémoire de trois d’entre eux.

Aux membres de la Direction et du personnel de la Banque, qui ont servi loyalement l’institution durant toutes ces années.

Certains d’entre eux ne sont plus de ce monde, et je vous invite à avoir une pensée pour eux tous.

À la naissance de la Banque africaine de développement, l’Afrique était un continent dont beaucoup de pays venaient d’acquérir leur  indépendance, avec de grandes espérances et aspirations.

Dans les années qui ont suivi, ces aspirations ont souvent été contrariées par le déclin économique et l’instabilité politique.

Ce furent ensuite ce qu’on a appelé la « décennie perdue » et les années dites d’« afro-pessimisme ».

Mais ces aspirations et espérances ne sont jamais mortes.

Car il y avait des hommes et des femmes de bonne volonté,  résistants et déterminés à triompher de l’adversité.

C’est ce qui nous permet, au moment où nous nous interrogeons de  savoir si nous avons été réellement fidèles à nos pères fondateurs, de dire avec fierté que nous avons joué notre partition.

La Banque africaine de développement a su rester une institution dynamique dans un continent en mutation rapide.

Certaines décisions nécessaires pour préserver cette flexibilité dynamique ont, à l’époque, suscité la controverse.

Il en a été ainsi de l’admission des pays membres non régionaux.

Cette décision historique a contribué au renforcement de la capacité de la Banque, tout en préservant son caractère africain.

Le réseau des amis de la Banque s’est étendu au fil des ans, à la faveur de la création du Fonds africain de développement.

Un réseau d’amis et de partenaires issus de tous les continents : l’Amérique du Nord, l’Amérique latine, l’Asie, l’Europe et le Moyen-Orient.

Ce cercle d’amis ne cesse de s’agrandir.

Nous avons accueilli la Turquie l’année passée, nous en ferons de même pour le Luxembourg et, nous l’espérons, dans un avenir proche, l’Australie.

Au fil des ans, face à l’accroissement des besoins du continent, la Banque s’est efforcée d’y apporter des réponses.

Les successives augmentations générales du capital de la Banque et reconstitutions de son guichet concessionnel ont continuellement étoffé la capacité de l’Institution.

Cette capacité a été démontrée par la réponse anticyclique - jugée salutaire -  apportée par Banque pendant la crise financière.

Cette capacité a été démontrée aussi par les choix stratégiques que la Banque a opérés quant aux domaines d’intervention essentiels pour répondre aux besoins de l’Afrique d’aujourd’hui :

  • l’infrastructure ;
  • le marché unique ou l’intégration économique ;
  • la promotion du secteur privé ;
  • l’appui aux États fragiles et aux pays sortant d’un conflit.

Tout au long de ce parcours de cinquante ans, nous avons continuellement porté une attention à notre modèle opérationnel.

Nous sommes passés d’une institution fortement centralisée à une institution décentralisée plus proche de nos clients.

Nous sommes passés d’une organisation axée sur les processus à une organisation axée sur les résultats.

Ce faisant, nous avons toujours veillé à préserver notre solidité financière, même dans l’environnement le plus turbulent.

La Banque a su tirer son épingle du jeu, même au sein d’environnements économiques les plus difficiles. Elle a su notamment faire face à l’impact du Printemps arabe ou de la crise économique mondiale.

Maintenant, nous devons nous repenser, au regard des nouveaux défis et opportunités qui qui se présentent à l’Afrique.

Notre nouvelle Stratégie décennale nous place sur des bases solides.

Nous devons constamment repenser nos outils, nos systèmes et nos réponses.

Nous devons éviter d'apporter de vielles réponses à des problèmes nouveaux, par exemple, les modalités de financement de nos infrastructures.

Nous devons saisir les occasions favorables. Elles ne se présentent qu'une fois. C’est le cas, par exemple, du dividende démographique.

Mais par-dessus tout, nous devons tâcher de demeurer au cœur de la transformation socioéconomique et de l'édification de sociétés équitables et inclusives, qui offrent à tous des chances égales.

À chaque homme et à chaque femme, à chaque individu, quelles que soient les circonstances de sa naissance.

À Kigali, lors de nos Assemblées annuelles, nous aurons l'occasion de communier autour de l'Agenda 2063 pour l'Afrique, de l'Afrique à laquelle nous aspirons.

Permettez-moi de conclure en vous remerciant tous, vous et ceux qui vous ont précédés.

Car rien n'aurait été possible sans votre dévouement à notre mission.

Rappelez-vous qu'aucune organisation n'a un droit divin à exister.

De fait, une institution comme la nôtre doit considérer qu’elle a réussi, le jour où elle met fin elle-même à sa raison d'être.

Tandis que le vent du changement économique souffle sur notre continent, nous sommes dans le même temps confrontés à la dévastation au Soudan du Sud et en République centrafricaine, et au terrorisme dans la Corne de l'Afrique et au Sahel.

Le pouvoir des classes moyennes et du consommateur s'accroît, de même que  le chômage, la pauvreté, les inégalités, le nombre de ces jeunes désespérés sans secours. Des jeunes qui se noient en dans la Méditerranée, en quête de ce qu'ils pensent être des ciels plus cléments.

Il nous reste encore beaucoup à faire.

J'espère qu'entre aujourd'hui et décembre prochain, vous réfléchirez à ces questions.

Avec les gouvernements, le secteur privé, la société civile, la jeunesse, les groupes de femmes, les médias et les parlements des pays hôtes de nos bureaux extérieurs.

Excellences,
Chers amis,

Cinquante années plus tard, notre mandat reste aussi pertinent que jamais.

Les vieux problèmes se sont métamorphosés.

De nouveaux sont apparus.

Et notre boîte à outils, nos réponses, doivent évoluer en conséquence.

C'est ainsi que nous resterons fidèles aux pères fondateurs de la Banque, aux pionniers.

Une Institution adaptée aux réalités du 21è siècle.

Merci à vous tous.