Discours liminaire de Monsieur Akinwumi A. Adesina, Président du Groupe de la Banque africaine de développement, à la réunion du Dialogue ministériel de l’Afrique de l’Ouest sur le renforcement de la sécurité en matière de santé en Afrique

Abidjan, 7 novembre 2016 (09:00-11:00)

07/11/2016
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Votre excellence Monsieur Kablan Duncan, Premier ministre de Côte d’Ivoire, Mesdames et Messieurs les ministres, Excellences, Mesdames et Messieurs,

Bonjour à tous. J’ai le plaisir de vous accueillir à la Banque africaine de développement pour la réunion du  Dialogue ministériel de l’Afrique de l’Ouest sur le renforcement de la sécurité en matière de santé publique en Afrique. Je vous remercie tous d’avoir bien voulu accepter  notre invitation.

Rien n’aurait pu revêtir plus d’importance que la santé. Ne dit-on pas souvent que « la santé est une richesse » ? Notre réunion de ce jour est cruciale pour la mise en place des systèmes de santé résilients permettant à l’Afrique de répondre efficacement aux situations d’urgence en matière de santé publique et d’appuyer sa transformation économique. Une population en bonne santé contribue à renforcer la  productivité et à stimuler la croissance économique durable.

Au cours des deux dernières décennies, l’Afrique a enregistré des avancées considérables dans le domaine de la santé. Par exemple, la mortalité infantile a diminué de plus de 50 % en Afrique subsaharienne, entre 1990 et 2015. De même, les taux de mortalité maternelle ont diminué de 45 % en Afrique subsaharienne et de 59 % en Afrique du Nord sur la même période.

Cependant, certains défis subsistent. Le fardeau des maladies continue de peser lourdement sur l’Afrique. Malgré les progrès enregistrés dans la lutte contre le paludisme dont l’incidence a diminué de 42 % entre 2000 et 2010, le continent continue de représenter 88 % de l’incidence de cette maladie dans le monde.

De même, l’Afrique subsaharienne est confrontée à un déficit d’agents de santé qualifiés. La région représente 25 % du fardeau des maladies dans le monde, mais ne dispose que de  4 % de l’effectif mondial des agents de santé.

Le manque d’accès à des médicaments fiables, abordables et de qualité demeure un défi de taille. Cette situation est aggravée par les faibles systèmes de réglementation et la prépondérance des faux médicaments.

L’accès des pauvres aux soins de santé de qualité constitue également un défi majeur en Afrique, en raison des niveaux élevés de pauvreté et d’inégalité. Les dépenses non remboursées représentent la principale source de financement des soins de santé pour les pauvres. L’absence d’assurance maladie les rend encore plus vulnérables aux chocs sanitaires.

Par voie de conséquence, la protection financière est indispensable pour les ménages pauvres, qui peuvent facilement se retrouver au chômage ou perdre leurs salaires et souffrir d’invalidités de longue durée.

La pandémie d’Ebola était un signal d’alarme. Elle a exposé la fragilité de nos systèmes de santé publique et le sous-investissement dans les infrastructures de santé dans de nombreux pays africains. Pendant la crise, près 13 000 personnes ont perdu la vie en Guinée, au  Liberia et en Sierra Leone. Des familles et des ménages ont été dévastés. La maladie a aussi entraîné une réduction considérable du produit intérieur brut (PIB), estimée à 2,2 milliards de dollars pour les trois pays.

La Banque africaine de développement a été la première institution financière internationale à mobiliser le soutien pour la lutte contre Ebola. C’est ainsi qu’elle a financé des programmes d’urgence et de rétablissement après Ebola de l’ordre de 300 millions de dollars dans les pays touchés et dans certains pays voisins.

L’un des principaux enseignements tirés de cette crise est qu’il est indispensable de mettre en place des systèmes de santé efficaces pour permettre à l’Afrique de mieux répondre aux urgences sanitaires, de construire des économies résilientes, et d’améliorer l’espérance de vie de ses populations.

Pour ce faire, des investissements accrus dans les systèmes de santé publique en Afrique sont nécessaires. Cependant, les dépenses publiques en faveur de la santé demeurent faibles. A  ce jour, seuls 4 pays ont respecté les engagements pris lors de la Déclaration d’Abuja d’attribuer au moins 15 % du total de leur budget national annuel au secteur de la santé.

Selon les estimations de la SFI, entre 25 et 30 milliards de dollars EU sont nécessaires pour combler le déficit en matière d’investissement dans les soins de santé en Afrique. A cet égard, il est impératif d’augmenter les investissements et de développer des partenariats avec des institutions publiques, privées, philanthropiques et de financement du développement.

C’est la raison pour laquelle la Banque africaine de développement étend ses interventions au secteur de la santé. Depuis les années 70, la Banque a investi 3,2 milliards de dollars EU  pour le financement de 200 opérations dans le secteur de la santé.

Avec la prolifération des épidémies et d’autres risques pour la santé, la Banque soutient l’état de préparation aux urgences grâce au renforcement de la surveillance épidémiologique, tant au niveau régional que national. De concert avec la Commission de l’Union africaine et d’autres partenaires, elle œuvre également à la création de centres africains pour le contrôle épidémiologique. Elle travaillera en étroite collaboration avec la Banque mondiale et l’OMS pour l’établissement du centre en Afrique de l’Ouest. La Banque s’est également engagée à verser 14 millions de dollars EU pour la mise en place de systèmes nationaux de surveillance épidémiologique, d’alerte et de réponse pour la Guinée, le Liberia et la Sierra Leone.

En outre, la Banque soutient l’établissement de centres d’excellence dans l’ensemble du continent, y compris en Afrique de l’Ouest, l’objectif étant de combler le déficit de connaissances et de promouvoir la recherche et le développement dans le secteur de la santé.

Nous avons également investi environ 70 millions de dollars EU dans des fonds de capital-investissement afin de mobiliser des investissements de plus d’1 milliard de dollars EU pour la construction de systèmes de soins de santé durables et évolutifs dans toute l’Afrique. Au nombre de ces fonds figurent le Fonds d’investissement pour la santé en Afrique (10 millions d’euros), le Fonds pour la santé en Afrique (12 millions de dollars EU), Abraaj Africa Health Fund (25 millions de dollars EU) et le Fonds Rx Healthcare (20 millions de dollars EU).

Excellences,

Mesdames,

Messieurs,

L’Afrique ne pourra pas exploiter son potentiel économique et atteindre les ODD avec un système sanitaire défaillant. Nous devons changer notre paradigme de prestation de soins de santé et lier la santé publique au développement économique global.  

Nous devons répondre aux besoins fondamentaux. Sans électricité, les médecins sont obligés de réaliser des interventions chirurgicales dans l’obscurité ou de s’en remettre à des systèmes d’alimentation électrique instables. Sans électricité, les médicaments et les vaccins ne peuvent être conservés comme il se doit.

Sans accès à une nutrition adéquate, des millions de personnes souffrent de malnutrition et de rachitisme. C’est Hippocrate, le père de la médecine, qui disait : «Que les aliments soient ton remède, et les remèdes tes aliments». Avec 54 millions d’enfants rachitiques, 14 millions de dénutris et 10 millions d’obèses, l’Afrique éprouve un problème majeur d’accès à une alimentation adéquate et nutritive. Le rachitisme lui coûte plus de 25 milliards de dollars EU par an. Les enfants rachitiques d’aujourd’hui sont le présage d’économies rachitiques demain. Il nous faut investir dans “l’infrastructure de la matière grise pour l’Afrique”.

Avec des taux élevés de chômage ou de sous-emploi, des millions de personnes, surtout jeunes, ne peuvent pas faire face aux coûts des soins de santé. Elles deviennent ainsi vulnérables. Et en l’absence de marchés commerciaux, financiers et du travail bien intégrés, les opportunités économiques sont inaccessibles pour beaucoup. 

C’est pourquoi la Banque africaine de développement a adopté le Top 5 : éclairer l’Afrique et l’alimenter en énergie, nourrir l’Afrique, industrialiser l’Afrique, intégrer l’Afrique et améliorer la qualité de vie des populations africaines.

Le Top 5 est un catalyseur pour atteindre la sécurité en matière de santé publique en Afrique.

La Banque aidera les pays africains à développer des systèmes pérennes de financement de la santé et à combler le déficit d’investissement dans la santé. En outre, la Banque soutiendra les réformes stratégiques visant à instaurer un cadre propice à l’investissement dans les soins de santé.

Une plus grande implication du secteur privé et d’autres acteurs sera essentielle, tout comme l’adoption de modèles de financement innovants afin de mobiliser des investissements accrus, en tirant parti des partenariats public privé.

Je sais que nous pouvons relever le défi du financement de services de soins de santé qui répondront effectivement aux besoins de l’Afrique. Pour ce faire, la Banque africaine de développement est entièrement prête à travailler avec vous, ministres des Finances et ministres de la Santé. Faisons en sorte que la « santé soit effectivement une richesse ». Car, ce n’est qu’à travers la couverture maladie universelle, soutenue par un système de financement solide, que nous parviendrons véritablement à améliorer la qualité de vie des populations africaines. Je suis sûr que nous pouvons le faire; alors mettons-nous au travail - Tous ensemble !

Je vous remercie.