L’évaluation contribue à l’efficacité du développement

29/05/2015
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L’évaluation du développement au service de l’efficacité du développement est l’un des sujets débattus, jeudi 28 mai 2015, dans le cadre des Assemblées annuelles de la Banque africaine de développement (BAD), à Abidjan. Une session à laquelle ont participé Antonin Dossou, ministre béninois de l’Evaluation des politiques publiques, de la Promotion de la bonne gouvernance et du Dialogue social ; Susan Musyoka, députée kenyane et vice-présidente du Réseau des parlementaires africains sur l’évaluation du développement (dit par acronyme en anglais APNODE) ; la Tanzanienne Frannie Leautier, PDG du fonds de capital investissement “Mkoba” et experte en développement ; ainsi que Rakesh Nangia, évaluateur général du Département de l’évaluation indépendante du développement (IDEV) de la BAD. Le débat était modéré par Caroline Heider, directrice générale et première vice-présidente du Groupe d’évaluation indépendante du Groupe de la Banque mondiale.

Dans son intervention, le ministre Antonin Dossou a souligné combien les évaluations indépendantes et impartiales sont importantes définir les politiques nationales, assurer une bonne gouvernance et produire un dialogue social fructueux. Il a surtout appelé les gouvernements à prendre leurs responsabilités en matière de production de statistiques fiables, qui sont à la base de toute évaluation crédible. Pour lui, quand on évalue la chaine des valeurs – dans le secteur agricole, par exemple –, on constate qu’on peut déboucher sur des résultats concrets. Citant l’exemple du cacao en Côte d’Ivoire, il a déclaré que celui-ci mobilise une vaste chaine, depuis la culture jusqu’à la vente dans les grandes surfaces, outre la publicité. Le ministre béninois a aussi indiqué qu’avec l’appui de la coopération britannique, un programme de master en évaluation est en cours de développement, pour être lancé en Côte d’Ivoire, mais aussi en Ouganda et en Afrique du Sud. Le ministre a conclu sur la nécessité, pour les États africains, d’ériger l’évaluation en priorité nationale, pour plus d’efficacité des politiques publiques.

De l’avis de la députée kenyane Musyoka, les évaluations sont d’autant plus cruciales qu’elles sont une source de preuve fiable et qu’elles sont un apprentissage nécessaire pour développer des politiques et des projets nationaux de qualité, à même de répondre aux défis du développement comme la pauvreté. Elle a rappelé qu’aux débuts de l’indépendance, le président de la République du Kenya, Jomo Kenyatta, évoquait trois priorités : lutter contre la pauvreté, combattre l’analphabétisme et enfin faire face à certaines maladies. Et de déplorer que ces trois priorités soient restées d’actualité,, ce qui démontre, selon elle, un manque d’apprentissage que les évaluations pourraient combler. Susan Musyoka a expliqué que Kenya ne savait toujours pas maitriser les conséquences des changements climatiques qui, depuis quelques années, affectent une grande partie de la population qui vivent de l’agriculture : lorsque les pluies ne viennent pas, celle-ci souffre de la sècheresse ; et lorsqu’elles surviennent en abondance, les risques d’inondations menacent.

La vice-présidente du Réseau des parlementaires africains sur l’évaluation du développement a poursuivi en évoquant le secteur de la santé dans son pays, qui connaît une dégradation depuis 2013. Au Kenya, chaque comté ou département est doté d’un gouvernement élu et chacun gère de façon autonome le secteur de la santé à son niveau. « Nous avons besoin d’être évalués, car quand les gouvernements prennent des décisions sans informer la base, il faut s’attendre à des chaos », a mis en garde la parlementaire.

Susan Musyoka a aussi martelé la nécessité de renforcer les capacités des députés africains, pour qu’ils  puissent prendre leurs décisions en toute connaissance de cause et sur la base d’informations crédibles. Et de souligner l’utilité du réseau APNODE, dont elle est la vice-présidente, pour le renforcement des capacités des parlementaires.

Quant à la patronne du fonds Mkoba, Frannie Leautier, celle-ci a concédé que le développement est un processus complexe, qui requiert un accès à l’information, notamment pour la société civile. Les évaluations peuvent jouer un rôle important dans ce accès à information. Selon elle, il faut reconnaitre la multitude des parties concernées dans un domaine, quel qu’il soit. Par exemple, l’énergie n’est pas seulement importante pour l’industrie, mais aussi pour des secteurs comme la santé (réfrigération des vaccins)  et l’agriculture (élevage de bovins avec insémination). Les évaluations peuvent aider à identifier les différents bénéficiaires directs et indirects des interventions – une information utile pour son fonds d’investissement, qui ne tient pas compte des seuls résultats financiers attendus dans les projets qui lui sont soumis, mais qui évalue aussi leurs effets sociaux et environnementaux.

Rakesh Nangia, évaluateur général de la BAD, juge qu’il serait bon que l’Afrique évalue ses politiques de développement pour mieux en tirer parti. Il a salué les efforts déployés pour former de jeunes experts de l’évaluation et a souligné le soutien qu’offre la BAD au renforcement des capacités en évaluation aux gouvernements et parlementaires des pays africains. Il a dit aussi son souhait que la société civile soit davantage associée aux évaluations, pour mieux examiner les effets concrets des projets et politiques publiques sur le quotidien des populations.

Une fois la parole cédée au public, de nombreuses questions ont porté sur la formation mentionnée par le ministre béninois, sur la nécessité de mieux ancrer l’évaluation dans nos cultures, et sur le partenariat qui doit unir les gouvernements et institutions financières avec les associations d’évaluateurs professionnels.

La modératrice de la séance, Caroline Heider, s’est félicitée de la richesse des interventions, ajoutant que l’évaluation doit déboucher sur des résultats concrets. Autre nécessité, selon elle : renforcer les capacités des dirigeants et acteurs sur le terrain. 


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