Suspens à COP21 autour de l’accord mondial sur le climat : l’Afrique enfin entendue ?

11/12/2015
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Accord ou pas accord ? La COP21 va-t-elle donner le jour à un accord ratifié par les 196 parties prenantes de la Convention cadre des Nations unies sur le changement climatique ? Cet accord sera-t-il universel et contraignant ? Surtout, tiendra-t-il enfin compte des intérêts de l’Afrique ?

La COP21 ferme ses portes, ce vendredi 11 décembre à Paris, au terme de deux semaines de tractations intenses et d’un programme chargé. Mais les négociations se poursuivent en coulisses jusqu’au lendemain, samedi 12 décembre. « Nous préférons nous donner le temps de consulter les délégations tout au long de la journée de vendredi », a indiqué la présidence française jeudi 10 décembre, après avoir présenté l’avant-dernière version du projet d’accord.

Le monde entier a les yeux rivés sur la COP21, l’Afrique en particulier, impatiente d’en connaître les résultats tant les enjeux sont grands pour le continent. Son programme de transformation, dans l’agriculture notamment, a partie liée avec les négociations mondiales sur le climat (lire cet article). Seule certitude : l’Afrique veut un accord universel et juridiquement contraignant, qui réponde au principe de responsabilités communes mais différentiées.

Venus en rangs serrés, et présentant un front uni sous les couleurs du Pavillon Afrique(organisé par la BAD, l’Union africaine avec le NEPAD et l’ECA), les pays africains sont venus à COP21 fermement décidés à faire entendre leur voix. Ils n’ont eu de cesse de se présenter comme force de proposition et partie intégrante de la solution au changement climatique, non pas dans la posture de quémandeur. L’Afrique a formulé ses doléances, mais a autant à offrir en retour, comme il est dit dans cette tribune du président Adesina, parue dans Le Monde et dans The Guardian.

Preuve de l’implication et de l’engagement de l’Afrique dans la lutte contre le changement climatique : 53 des 54 pays que compte le continent ont présenté à Paris leurs plans respectifs en matière de Contributions prévenues déterminées au niveau national (CPDN) – manque la Libye, pour des raisons évidentes. Les CPDN de l’Afrique sont ambitieuses, mettant l’accent sur l’adaptation au changement climatique, mais il reste encore fort à faire. Le Groupe des négociateurs africains (AGN par acronyme en anglais) en a bien conscience, portant la voix des Africains au sein des âpres négociations auxquels prennent part les pays du monde entier.

L’union fait la force, comme l’a illustré le programme dense et varié du Pavillon Afrique, qui a présenté plus d’une centaine d’événements durant les deux semaines du sommet COP21. Conférences, tables-rondes, expo-photo, pièce de théâtre… se sont succédé, présentant tour à tour les enjeux graves et autres dangers qui menacent l’avenir de l’Afrique à cause du changement climatique. Mais aussi pour présenter des initiatives porteuses d’espoir et de promesses et des innovations 100% africaines qui sont liées au climat.

Car l’Afrique doit être entendue : le continent, qui cause moins de 4 % des émissions de gaz à effets de serre dans le monde, subit les pires effets du changement climatique sur la planète. Comme l’a déclaré le président de la République française, François Hollande, à l’ouverture de la COP21, le monde a contracté « une dette écologique » vis-à-vis de l’Afrique. Sècheresses, inondations, tempêtes et autres phénomènes météorologiques extrêmes sont de plus en plus fréquents. Outre les aléas climatiques, la déforestation et la dégradation des sols ne font qu’aggraver la menace qui pèse sur l’agriculture africaine, pluviale à 94 %.

D’après ce qui a fuité en coulisses, le projet d'accord prévoit de limiter la hausse globale des températures en dessous des 2°C pour tendre à un plafond de 1,5°C – ce que revendique déjà la BAD, au nom de nombreux pays africains, notamment insulaires.

Les négociations achoppent, cependant, sur certains points importants, notamment ceux que réclame l’Afrique : comment répartir les efforts entre pays du Nord et du Sud ? Quel degré d’ambition fixer aux objectifs dans la lutte contre le changement climatique ? Les financements, surtout, sont la pierre d’achoppement : qui payera ? Combien ? Ceux qui polluent le plus verront-ils leur facture majorée, comme le réclame la BAD et la majorité des pays africains et en développement ?

Les doutes des experts africains quant à l’accord final sont-ils avérés ? La lutte continue contre le changement climatique.

Voilà plusieurs années déjà que la BAD a rallié le combat contre le changement climatique. Avant même la COP21, la Banque a promis de redoubler d’efforts en matière de financements climatiques, promettant 5 milliards de dollars EU par an dès 2020 – soit quasi trois fois plus qu’aujourd’hui. La BAD continuera d’aider les pays du continent à s’adapter et à trouver des solutions aux effets du changement climatique. Elle continuera d’offrir son appui à tous les porte-voix des intérêts des Africains, comme l’AGN et les jeunes juristes du YAL notamment. Ce, au bénéfice de tout le continent et de tous les Africains, sans exception.