En 2015, l’Afrique doit concentrer ses efforts sur une croissance économique durable et des élections pacifiques

16/01/2015
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Le président de la Banque africaine de développement, Donald Kaberuka, a exprimé, vendredi 16 janvier, son optimisme selon lequel 2015 sera, pour le continent africain, l’occasion de faire progresser la croissance économique, bien que celle-ci dépendra de la volonté politique des gouvernements africains. « Cela dépendra de l’orientation que prendra la politique des pays et des choix qu’ils feront ou non », a-t-il expliqué.

Kaberuka s’adressait à des diplomates accrédités auprès de la Côte d’Ivoire, pays hôte de la Banque, aux membres de la haute direction de la BAD, ainsi qu’aux médias locaux et internationaux lors d’un déjeuner annuel qui s’est tenu à Abidjan.

Le président de la BAD a indiqué que même si l’année 2014 a présenté de nombreux défis, notamment des turbulences dans l’économie mondiale, un ralentissement de l’activité des marchés émergents et une forte chute des prix des produits de base, l’Afrique a bien résisté et a maintenu son dynamisme, avec une croissance de 5,5 %.

« Nous savons qu’une croissance de 5 %, vu notre situation démographique, est une croissance forte, mais pas exceptionnelle. Nous devons viser 7 % », a-t-il insisté.

Et d’ajouter que les perspectives seraient encore meilleures si des progrès plus rapides étaient enregistrés en matière d’intégration, particulièrement en ce qui concerne la suppression de barrières non tarifaires, et en matière de développement infrastructurel. « Les parties du continent dont les progrès sont les plus rapides dans ces deux domaines sont celles qui enregistrent un taux de croissance plus élevé, même lorsque les cours des produits de base faiblissent », a-t-il dit, rappelant que l’insuffisance des emplois, des possibilités d’insertion et des filets de sécurité représentaient les grands obstacles à la réalisation du potentiel entier de l’Afrique.

Le défi à relever pour 2015, a-t-il souligné, ne sera pas uniquement d’assurer la croissance économique, mais également de faire en sorte que cette croissance soit solide, durable, créatrice d’emplois et de nature à profiter à toutes les catégories de la population et non seulement à des élites. Pour la Banque africaine de développement, il importe que l’Afrique puisse se reconstituer des dispositifs d’amortissement face aux incertitudes de la conjoncture économique mondiale, marquées notamment par la volatilité des cours des matières premières et un changement des conditions prévalant sur les marchés des capitaux.

Le président Kaberuka a réaffirmé la nécessité de disposer d’un système global de gestion des épidémies, faisant état de la crise de l’Ebola qui a montré des fissures dans les systèmes de soins de santé primaires de l’Afrique. Bien que la gestion des épidémies ne fasse pas partie du cœur de métier de la Banque, a-t-il précisé, l’apparition de la crise d’Ebola l’a mise en devoir de mobiliser toutes les ressources disponibles en vue d’affronter ce problème.

À ce jour, la Banque s’est engagée à mettre à disposition près de 220 millions de dollars US, notamment en appuis budgétaires, aux trois pays affectés : la Sierra Leone, le Libéria et la Guinée. Cette épidémie a porté un rude coup aux affaires. « Au début de l’épidémie, la solidarité régionale a été mise à l’épreuve : des pays voisins ont fermé leurs frontières et les chaînes d’approvisionnement ont été perturbées. Mais il était évident qu’il fallait faire davantage », a-t-il observé, en exhortant les pays d’Afrique à renforcer leur état de préparation aux catastrophes.

L’année 2015 sera significative, car au moins 15 pays africains vont tenir des élections législatives ou présidentielles. Pour M. Kaberuka, la question sera de s’assurer que ces pays conservent, ou à tout le moins ne compromettent pas la confiance des investisseurs, en « veillant à ce que les élections ne soient pas des périodes d’effusion de sang ou de génération d’instabilité ». 

Le président de la BAD a déploré l’instabilité occasionnée par les jihadistes, qui lance un nouveau défi au continent. Il a évoqué les récentes attaques de Boko Haram dans le nord-est du Nigeria, où des centaines d’habitants ont été massacrés, et les attaques d’Al-Shabaab contre un centre commercial au Kenya, au cours desquelles quelque 70 personnes ont péri en 2013.

M. Kaberuka a souligné que ces attaques avaient frappé l’Afrique tout entière et fortement porté atteinte au développement.

« Les risques que posent ces hors-la-loi et ceux qui les soutiennent constituent une forte entrave aux perspectives de développement de l’Afrique, aux perceptions entourant le continent, au profil des risques, au climat des investissements et à l’image de marque de l’Afrique ». Il a fait remarquer que « la lutte contre ces djihadistes détourne nos ressources, qui auraient pu être utilisées pour construire des infrastructures ». Il a appelé les nations du monde à faire front uni pour combattre les djihadistes et leurs complices partout où ils se trouvent.

Au cours de ce déjeuner, Kaberuka s’est félicité de la croissance des activités de la Banque, dont le portefeuille, qui s’élevait à 3,6 milliards de dollars US il y a 11 ans, est passé à 8 milliards de dollars US, une augmentation qu’il décrit comme satisfaisante par rapport aux attentes d’une Afrique émergente. La BAD est récemment revenue occuper son siège à Abidjan, en Côte d’Ivoire, après 11 ans de délocalisation en Tunisie.

M. Albert Toikeusse Mabri, ministre ivoirien de la Planification et du Développement, a exprimé sa confiance dans les activités de la Banque et a salué son retour à Abidjan. « Nous sommes fiers d’accueillir la Banque de nouveau. Nous sommes fiers des services qu’elle rend au continent africain », a-t-il déclaré.

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