Les TIC, facteur de développement et de croissance en Afrique

28/05/2013
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Un déploiement ad hoc des technologies pourrait aider les pays africains à résoudre certains de leurs problèmes de développement. Tel est le consensus qui s’est dégagé lors des débats autour d’une nouvelle publication phare intitulée “eTransform Africa” en anglais, et présentée lors des Assemblées annuelles de la Banque africaine de développement (BAD) qui se déroulent à Marrakech, au Maroc.

Fruit d’un travail conjoint de la BAD et la Banque mondiale, bénéficiant du soutien de l’Union européenne, le rapport identifie les meilleures pratiques en matière d’utilisation des technologies de l’information et de la communication (TIC) dans les secteurs-clés de l’économie africaine.

L’Afrique ne fait qu’entamer sa courbe de croissance dans l’usage “transformationnel” des technologies de communication. Le continent recèle un potentiel fructueux en la matière, s’agissant notamment des applications de téléphonie mobile et de l’information qu’elles diffusent.

Pour la BAD, encourager les TIC est essentiel, tant pour l’amélioration des conditions de vie des Africains que pour stimuler l’entrepreneuriat, l’innovation et la croissance économique à travers tout le continent.
« Avec 540 millions d’usagers en Afrique, le continent est l’un des marchés de téléphonie mobile les plus dynamiques au monde », a précisé Enock Yonazi, ingénieur principal spécialisé dans les télécoms à la BAD.
Toutefois, l’Afrique est confrontée à de nombreux défis liés à la connectivité, tels que le fossé existant en matière d’interconnexion transfrontalière, de stimulation de la demande, et quant à la façon de tirer pleinement profit des infrastructures qui sont mises en place pour la transformation structurelle.

Aussi la BAD s’est-elle alliée avec le Fonds sud-coréen KTF pour déterminer comment utiliser les TIC au profit de l’Afrique, tous deux s’engageant à « soutenir la transformation de l’Afrique au cours de la prochaine décennie, avec souplesse, sélectivité et une extrême attention », selon Enock Yonazi. Les deux partenaires se concentrent sur huit domaines des TIC, dotés du potentiel pour « transformer les sociétés africaines » : l’agriculture, l’adaptation au changement climatique, l’éducation, les services financiers, la santé, les TIC à l’échelle locale, la modernisation de l’appareil gouvernemental, le commerce et l’intégration régionale.

Décrit comme « l’une des meilleures applications mobiles au monde » par Amadou Oumarou, du Département transport et TIC de la BAD, et cité comme une réussite exemplaire de la façon dont les services mobiles peuvent changer la croissance économique d’une société, M-Pesa (“M” pour mobile, “Pesa” signifiant “argent” en kiswahili) a été mis sous les feux de la rampe durant la séance de présentation.

Cet outil de téléphonie mobile permet aux Kenyans de transférer de l’argent d’un téléphone portable à un autre et de s’acquitter de toute une gamme de services – qu’il s’agisse de régler un repas ou des frais de scolarité. Betty Thuo, de l’opérateur de téléphonie mobile Safaricom qui a lancé M-Pesa, a indiqué, lors de la session, que « l’an passé, le service a contribué à hauteur de 40 % du PIB du Kenya, et fait gagner au consommateur moyen trois heures et 4 dollars par jour ».

Cependant, beaucoup reste à faire encore, pour faire en sorte que tous les Africains puissent bénéficier des TIC. Le déficit en infrastructures est une réelle gageure sur tout le continent. Sur ce point, Enock Yonazi a indiqué que la Banque africaine de développement encourageait vivement les gouvernements à s’emparer sérieusement de la question et à créer un écosystème à même de couvrir les zones rurales les moins connectées. De la même manière que l’éducation et la formation sont un facteur majeur de la transformation sociale, les gouvernements se doivent d’exhorter étudiants et chercheurs à utiliser les TIC.

La BAD souligne que les TIC peuvent faciliter les communications transfrontalières, les transactions financières ainsi que le partage de connaissances et d’informations, et qu’elles peuvent également jouer un rôle de catalyseur dans l’intégration régionale et la facilitation du commerce. La BAD envisage déjà une application transfrontalière de “mobile banking”, notamment en Afrique de l’Ouest.

Si les technologies, telles que la téléphonie mobile, ont révolutionné la communication en Afrique, le continent demeure le moins connecté au monde. Avec une croissance économique escomptée de 7 % en Afrique d’ici à 2020, les écarts sociaux et économiques doivent être comblés rapidement. La BAD a un rôle majeur à jouer en ce domaine.