La BAD nourrit ses liens avec la société civile : pour que l’Afrique avance vite et bien

29/05/2015
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Un forum a réuni des représentants de la Banque africaine de développement (BAD) et d’Organisations de la société civile (OSC) s’est tenu toute la journée du jeudi 28 mai 2015, quatrième jour des Assemblées annuelles de la Banque. Au menu, plusieurs sessions, notamment sur le contrôle citoyen, la redevabilité (i.e. la nécessité de rendre des comptes) et le climat. Ce forum dédié aux OSC avait surtout pour but de maintenir la dynamique entre la BAD et les OSC, afin de susciter, entre autres, un engagement transparent de la société civile en faveur d’un développement durable en Afrique.

Les Assemblées annuelles ont, comme elles le font depuis 2009 grâce notamment à la tenue d’un tel forum dédié, rappelé le rôle important des OSC, partenaires incontournables de la BAD, laquelle a réaffirmé son soutien à leur endroit. Car la Banque a un souhait : que les organisations de la société civile africaine, maillon et acteurs indispensables du développement du continent, se renforcent et soient encore plus efficace sur le terrain.

Dans cette perspective, le nouveau comité consultatif OSC-BAD, créé au mois de janvier 2015, est venu renforcer ce partenariat pour le développement du continent. Gouvernance, redevabilité  et transparence ont dominé les échanges durant cette session, qui a été aussi l’occasion de présenter la base des données sur les OSC que la BAD a élaborée en vue de permettre à ses différents départements de disposer d’informations précises sur toutes les OSC avec lesquelles elle collabore. Pour l’heure, 1 260 OSC ont été identifiées à travers le continent, catégorisées  sous des thématiques (gouvernance, développement et genre occupent les premières places). La liste est encore loin d’être exhaustive, a indiqué Zéneb Touré, chargée principal de l’engagement de la BAD avec la société civile, qui a précisé que « cette database interne à la BAD connaîtra une mise à jour régulière, afin de permettre à l’institution d’avoir à la disposition de ses départements, des données fiables et rigoureuses ».

La gouvernance, maître-mot

Pour Simon Mizrahi, directeur du Département de l’Assurance de la qualité et des résultats à la BAD, redevabilité et transparence sont des vertus cardinales à la BAD. Ce sont également les maître-mots qui doivent guider les actions des OSC. Prenant la parole, Aloysius Ordu, membre du Conseil d’administration de l’organisation Partnership for transparency (PTF) et ancien vice-président de la BAD, a mentionné des études de Transparency international pour souligner l’ampleur des ravages de la corruption sur le continent. Excepté le Botswana, tous les pays africains sont en deçà de la note 50 (notation sur 100). De l’avis d’Aloysius Ordu, le contrôle citoyen est une arme déterminante pour combattre le cancer de la corruption.

Loin d’être un mythe, la corruption est bien  une réalité en Afrique. Et c’est pourquoi tous les panélistes– d’Anna Bossman, directrice du Département de l’intégrité et de l’anti-corruption (IACD) de la BAD, à Kinna Likimani, une blogueuse et militante ghanéenne reconnue, en passant par Neil Cole, le secrétaire exécutif de l'Initiative africaine concertée sur la réforme budgétaire (dite par acronyme CABRI, pour “Collaborative Africa Budget Reform”) –, ont dit la nécessité d’éradiquer ce fléau.

Toutefois, cette lutte contre la corruption ne peut aboutir que si l’information est disponible et utilisée à bon escient, en tenant compte de la protection des lanceurs d’alerte.

Au sein de la BAD, le sujet n’est pas pris à la légère. Pour preuve, la création, il y a une dizaine d’années, du Département IACD que dirige aujourd’hui Anna Bossman. Mais aussi les nombreux autres départements de la Banque qui œuvrent en faveur de la bonne gouvernance et contre la corruption et la fraude. « À la BAD, nous ne tolérons aucune corruption », a conclu Aloysius Ordu sur la question, revenant sur les sanctions prises, l’année dernière, par la BAD contre  huit entreprises avec lesquelles elle avait passé un contrat.

Graça Machel, invitée surprise

Cependant, les OSC ne répondent pas toujours aux idéaux qu’elles prônent. Alors qu’elles exigent des autres la redevabilité et l’assainissement des pratiques elles-mêmes ne les pratiquent pas toujours. De plus, « elles sont divisées, fragmentées », regrette Anna Bossman. Venue au forum, Graça Machel, la veuve de Nelson Mandela a abondé en ce sens. Elle qui préside aujourd’hui l’organisation panafricaine New Faces New Voices, qui œuvre dans l’intérêt des femmes dans 15 pays, a plaidé avec force pour une union des OSC. Cette mutualisation des forces à l’échelle régionale leur permettra d’être plus fortes dans leurs actions. « Sinon, nous allons crier, hurler même, mais tant que nous ne le ferons pas ensemble, personne ne nous entendra », a lancé Graça Machel, très en verve. Et de demander à la BAD de soutenir les OSC qui luttent dans un environnement qui leur est hostile. « Il faut renforcer les capacités institutionnelles des OSC pour leur permettre de lutter à armes égales avec les pouvoirs exécutif, judiciaire et législatif, qui, eux, sont des institutions interdépendantes », a signifié cette combattante chevronnée pour les libertés.