«Le package financier accordé à la Côte d’Ivoire constitue une solution innovante» – Interview de Janvier Litse, directeur des opérations Ouest, BAD

13/03/2009
Share |

litse

Question : La Banque africaine de développement a approuvé une enveloppe de 506 millions de dollars E.U. pour la Côte d’Ivoire vendredi, le 6 mars 2009, pour l’apurement des arriérés du pays vis-à-vis du groupe de la Banque et le réengagement de l’institution dans le pays.  Quel a été le rôle de Facilité en faveur des Etats fragiles dans ce processus ?

Réponse : Je dois rappeler que la Banque a mis en place en 2008 une Facilité en faveur des Etats Fragiles dotée d’une enveloppe de 900 millions de dollars EU.  Son objectif principal est de fournir à la Banque un cadre élargi et intégré pour aider plus efficacement les Etats fragiles éligibles, en particulier ceux qui sortent de conflit ou de crise, à œuvrer à la consolidation de  la paix, à  la stabilisation des économies et à la pose de fondations pour une croissance économique durable. Après le Togo, premier pays à bénéficier de la Facilité, les discussions que nous avons engagées avec la Côte d’Ivoire et d’autres donateurs, notamment le FMI et la Banque mondiale, nous ont permis d’arriver à la décision prise vendredi 6 mars par les Conseils d’Administration.  La Côte d’Ivoire a ainsi bénéficié de 375 millions de dollars EU pour apurer 68,3 pour cent du montant total de ses arriérés vis-à-vis du Groupe de la Banque africaine de développement.  A la date butoir du 30 avril 2007, ces arriérés s’élevaient à 550 millions de dollars EU.  La Facilité a aussi contribué à hauteur de 71 millions de dollars EU au financement de l’appui budgétaire d’un montant de 131 millions de dollars E.U. à la Côte d’Ivoire.  La Facilité va également permettre d’apporter  au pays un appui institutionnel significatif.  Il s’agit de permettre aussi au pays de renforcer les ressources humaines notamment en matière de gouvernance économique et financière.

L’ensemble de ces actions va permettre à la Côte d’Ivoire, non seulement de consolider son processus de sortie de crise, mais aussi d’alléger le fardeau de sa dette extérieure, qui continue de peser lourdement sur le pays.

Question : Quelles implications cette décision peut-elle avoir dans les relations entre la Côte d’Ivoire et la communauté des bailleurs de fonds ?

Réponse : Il faut rappeler que l’action de la Banque s’inscrit dans une approche concertée et harmonisée avec les autres principaux donateurs.  Les besoins de financement de la Côte d’Ivoire pour la période 2009-2011 sont estimés à 30% du PIB ; l’opération d’apurement des arriérés et l’appui budgétaire récemment approuvés ouvrent la voie à la mobilisation de ressources du FMI, de la Banque mondiale, de l’Union européenne, pour l’atteinte du point de décision PPTE et le rééchelonnement de la dette dans le cadre des clubs de Paris et de Londres. C’est dire l’importance  de la  décision que les Conseils viennent de prendre et qui traduit l’implication de la plus haute direction de la Banque, des administrateurs et l’équipe-pays Côte d’Ivoire dans le processus.  On a pu arriver à ces résultats grâce à la flexibilité qu’offre la FEF, mais aussi à la bienveillante attention portée par les Conseils à la situation de la Côte d’Ivoire.  Je dois également souligner le rôle clé joué par la France dans le processus en consentant l’octroi d’un crédit relais de quelques heures à la Côte d’Ivoire.

Question : En dehors des financements de la Facilité, le pays peut-il espérer d’autre Initiatives ?

Réponse : La Côte d’Ivoire bénéficie également des ressources du Fonds africain de développement (FAD) qui ont permis de cofinancer l’appui  à hauteur de 60 millions de dollars EU.  Nous envisageons  aussi de financer à travers ce guichet un projet d’électrification entre la Côte d’Ivoire et le Mali,  en capitalisant sur les possibilités qu’offre l’enveloppe multinationale du FAD ;  à cela il faut ajouter les opportunités d’appui par notre département du secteur privé aux entités privées. Nous comptons aussi restructurer notre  portefeuille existant afin de mieux accompagner la mise en œuvre de la stratégie de réduction de la pauvreté récemment préparée par la Côte d’Ivoire.

Question : Dans ce contexte, qu’attendez-vous de la Côte d’Ivoire ?

Réponse : En approuvant cette enveloppe globale, les Conseils ont porté à la Côte d’Ivoire un message de soutien de la Banque africaine de développement.  Ils ont, en même temps, adressé un message d’exigence au pays, notamment par la mise en œuvre des réformes macroéconomiques et sectorielles auxquelles le pays s’est engagé.  Il faudra également que le pays continue à assurer régulièrement le service de sa dette vis-à-vis du Groupe de Banque africaine de développement, particulièrement dans la période charnière cruciale 2009-2011, à l’issue de laquelle le pays aura à atteindre le point d’achèvement de l’initiative PPTE.  Ceci lui permettra de bénéficier de la remise totale d’une partie de sa dette multilatérale pour un montant de 2005 milliards de dollars EU, dont près de 312 millions du Groupe de la Banque africaine de développement.