L’avenir de l’Afrique réside en Afrique

16/04/2016
Share |

« Si nous ne comblons pas le déficit de financement des infrastructures en Afrique, chiffré à 60-70 milliards de dollars EU par an, nous continuerons à faire perdre deux points de pourcentage au taux de croissance annuel de l’Afrique. Et cela, nous ne pouvons le permettre », a déclaré Akinwumi Adesina, président de la Banque africaine de développement (BAD), samedi à Washington lors du tout premier Forum mondial sur les infrastructures.

Participant à une table ronde aux côtés des dirigeants de neuf autres banques multilatérales de développement et du président du G24, le président Adesina il a déclaré : « Le financement que nous, les BMD, sommes en mesure de fournir sont importants, mais il nous incombe avant tout de mobiliser des fonds supplémentaires. Les fonds qui sont disponibles sur les marchés des capitaux pour être affectés aux infrastructures dépassent largement ceux dont nous disposons. En Afrique, nous allons tirer parti des fonds de retraite, des fonds souverains et des fonds de capital-investissement du continent, lesquels représentent un total que nous estimons à 520 milliards de dollars. J’ai la conviction que l’avenir de l’Afrique réside en Afrique même : nous pouvons faire appel à des ressources africaines et nous servir des marchés africains ».

Organisé sous le thème « Dépenser davantage, dépenser mieux », le Forum a été inauguré par le président de la Banque mondiale, Jim Kim, et le Secrétaire général des Nations Unies, Ban Ki-moon.

M. Kim a salué la création de deux nouvelles BMD en 2016 : la Banque asiatique d’investissement dans les infrastructures et la Nouvelle Banque de développement des BRICS. « L’année dernière à Addis Abeba, a-t-il déclaré, les BMD ont été commis pour mobiliser des ressources susceptibles de contribuer à transformer des millions en milliards afin de financer les besoins de développement du monde. Et pourtant, nos financements ont reculé - de 112 milliards de dollars en 2014 à 83 milliards en 2015 ».

De son côté, M. Ban Ki-moon a déclaré « il se peut que je sois le personnage que l’on remarque, mais c’est vous [les chefs des BMD] qui détenez le pouvoir. C’est vous qui possédez l’argent nécessaire à la concrétisation de nos politiques ».

M. Adesina a réaffirmé qu’au cœur du défi de développement en Afrique se situe le défi de l’énergie. «650 millions d’Africains n’ont pas accès à l’électricité, d’où la nécessité d’alimenter le continent en énergie ». Il a expliqué que les 12 milliards de dollars EU supplémentaires que la BAD prévoit d’investir dans le secteur énergétique ces cinq prochaines années devraient favoriser des financements additionnels de l’ordre de 40 à 50 milliards de dollars EU du secteur privé. Il a souligné le rôle du Fonds Africa50 pour la préparation de projets d’infrastructure bancables et pour la libération de ressources africaines non exploitées. Par ailleurs, le président de la BAD a invité les autres BMD à faire preuve d’innovation dans la gestion des bilans, évoquant le récent échange de créances entre la BAD, la Banque interaméricaine de développement (BIAD) et la Banque internationale pour la reconstruction et le développement (BIRD) qui a permis de libérer quelque 10 milliards de dollars EU en ressources supplémentaires pour financer l’offre de prêts infrastructurels par la BAD.

« Il est clair que l’ancien modèle de développement ne peut plus nous servir », a déclaré pour sa part, Sir Suma Chakrabarti, président de la Banque européenne pour la reconstruction et le développement. « Le nouveau modèle de développement repose sur l’apport de capitaux privés ».

« La tâche qui nous revient en tant que BMD est de 'prêter et doser', et de conseiller », a dit M. Werner Hoyer, président de la Banque européenne d’investissement. « Cela explique toute l’importance des services de conseil des BMD, car la qualité des projets doit s’améliorer ». Ce thème a été repris par le président Adesina : « À la BAD, nous collaborons avec les gouvernements de nos pays membres pour améliorer les capacités d’étude et de préparation de projets d’infrastructure. De plus, nous estimons que la reddition de comptes et la transparence dans les projets d’infrastructure publics jouent un rôle clé. Nous avons à choisir les maîtres d’œuvre qui conviennent, en procédant comme il convient, et donner la parole aux communautés locales pour se prononcer sur les projets d’infrastructure destinés à être lancés à leur profit ».

Le président de la Banque mondiale, Jim Kim, a quant à lui, souligné le défi mondial des infrastructures et du développement, et proposé des solutions. « Nous ne pourrons jamais réaliser les ODD et les objectifs fixés par la COP21 si nous ne créons pas des couches multiples de financement. Les BMD que nous représentons ont été créées pour servir de mécanismes à effet de levier et pour intervenir sur les marchés des capitaux en se prévalant des notations AAA. Le meilleur investissement qu’un ministre des Finances puisse réaliser, est de se tourner vers les BMD. Mon message est : investissez sans tarder et souvent dans les BMD pour réaliser des infrastructures ! »