Production alimentaire : quel avenir ?

13/04/2016
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« Il nous faut voir l’agriculture africaine d’un œil nouveau, comme une série de systèmes successifs, y voir non pas un mode de vie, mais une entreprise », affirmait, mercredi dernier, Kapil Kapoor, vice-président par intérim de la Banque africaine de développement (BAD) chargé des opérations. Il intervenait dans le cadre d’une table ronde sur le thème « L’avenir de la production alimentaire », en marge des réunions de printemps de la Banque mondiale sur. Cependant, les défis de l’alimentation et de l’agriculture sont d’envergure mondiale : 2 milliards de personnes sont sous-alimentées à travers le monde, tandis que 2 autres milliards sont obèses ou en surpoids. Et la planète gâche un tiers de la nourriture qui est produite.

Le paradoxe va plus loin : « Comment ce continent, qui recèle les deux tiers des terres arables de la planète et d’abondantes ressources en eau, peut-il éprouver des difficultés à nourrir sa propre population – au point de devoir importer 35 milliards de dollars EU de nourriture par an –, et générer si peu de produits agricoles ? », a lancé le vice-président de la BAD. S’exprimant au nom du président du Groupe de la Banque, par ailleurs ex-ministre nigérian de l’Agriculture, Akinwumi Adesina, Kapil Kapoor a annoncé le lancement imminent d’une stratégie à l’échelle de tout le continent pour « Nourrir l’Afrique », qui sera dévoilée lors des Assemblées annuelles de la BAD, qui s’ouvrent à Lusaka, le23 mai 2015. « Cette stratégie est en partie le fruit d’une nouvelle réflexion holistique avec nos partenaires gouvernementaux »,  a-t-il expliqué. « En octobre dernier, à Dakar, la Banque a organisé la conférence « Nourrir l’Afrique », qui a rassemblé les ministres de l’Agriculture, de la Finance et de la Santé, dans une démarche quasi sans précédent, qui consistait à considérer l’agriculture dans toutes ses composantes, à la charnière de la santé, de la croissance économique et d’une planète durable. L’objectif n’est rien de moins qu’ambitieux : nous pensons que, d’ici 2025, le continent africain peut devenir un exportateur net, et non plus un importateur, de nourriture ».

M. Kapoor a énoncé un certain nombre de défis, en particulier ceux liés au fait que les économies politiques respectives des pays africains diffèrent les uns des autres, et que plus pauvres ne sont pas prêts à débattre de la diversification de l’offre alimentaire tant que ne sera pas garanti l’approvisionnement alimentaire de base. Et de souligner le contraste entre la pauvreté alimentaire en Afrique et la classe moyenne africaine en pleine expansion et qui développe de nouvelles aspirations en termes d’alimentation, comme pour d’autres aspects de l’existence. « Nous avons découvert une énorme matrice d’acteurs dans le secteur agricole en Afrique, mais une coordination insuffisante, a poursuivi M. Kappoor, mettant en avant le l’importance de collaborer pour transformer l’agriculture africaine. De plus, le rôle du secteur privé est capital : chaque dialogue que nous avons avec les gouvernements porte essentiellement sur la coopération avec le secteur privé et le rôle de celui-ci. C’est bien lui qui entraînera le changement ».

La table ronde était modérée par Sam Kass, ancien chef-cuisinier à la Maison-Blanche devenu spécialiste en alimentation sur NBC TV. En septembre 2015, il avait servi un repas concocté à partir de déchets de cuisine aux chefs de gouvernement réunis au siège new-yorkais de l’ONU, pour discuter d’approches communes à adopter en vue de la Conférence sur le climat de la COP21 qui se tenait trois mois plus tard à Paris. « La nourriture est l’expression ultime ce que nous sommes, a-t-il affirmé, avant d’ajouter qu’on ne saurait ignorer ses aspects culturels.

Juan José Freijo, du Consumer Goods Forum et directeur mondial de la durabilité chez Brambles ; Bonnie McClafferty, directrice de Global Alliance for Improved Nutrition ; Johan Rockström, cofondateur de EAT Initiative, et Juergen Voegele, directeur principal du pôle « Pratique mondiale dans l’agriculture » de la Banque mondiale, composaient le reste du panel. 

Juergen Voegele a mis en relief combien les défis auxquels se heurte le secteur sont nombreux : « Le secteur de l’agriculture est très en retard ». « Alors que le secteur de l’énergie, par exemple, a investi dans la recherche et le débat et a trouvé des solutions, telles que les énergies renouvelables, le secteur de l’agriculture ne s’est tout simplement pas livré à ce type de dialogue. Et quand on voit que la CGIAR, agence de recherche dans l’agriculture, dispose d’un budget de recherche inférieur à 1 milliard de dollars EU par an, ce retard n’a rien d’étonnant. Nous avons besoin d’un secteur agricole qui soit productif, résilient et à faible empreinte carbone. Chaque pays doit réfléchir à sa propre démarche agricole […], mais nous pouvons collectivement aider les pays à s’aligner sur certains principes clés et priorités incontournables ».