La Grande Muraille verte aide les pays africains à atténuer les changements climatiques

03/12/2015
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Des partenariats plus solides, des politiques nationales judicieuses, davantage de fonds pour l’adaptation au changement climatique et l’atténuation de ses effets, la recherche, l’implication et la sensibilisation des communautés locales: telles sont les clés pour atteindre les objectifs de l’initiative de la Grande Muraille verte en Afrique.

Cette initiative, qui est une proposition panafricaine pour «verdir» le continent d’ouest en est, entend lutter contre la désertification. Ce projet, initié il y a cinq ans, a pour objectif de combattre la pauvreté et la dégradation des sols dans la région sahélo-saharienne, sur une bande de terre de 8000 kilomètres de long s’étendant de Dakar à Djibouti.

Au cours du débat qui a porté sur cette initiative, des intervenants de la COP21 ont fait remarquer que des mesures urgentes doivent être mises en place pour contrer la désertification et sauver des vies humaines car les habitants de la région sahélo-saharienne sont parmi les plus pauvres et les plus vulnérables à la variabilité climatique et à la dégradation des terres.

«Les moyens de subsistance de 100 millions de personnes sont en danger. Nous savons qu’à cause de la chaleur et de la sécheresse, 40 millions d’habitants de cette région migrent vers l’Afrique du Nord, puis vers l’Europe. Certains meurent au cours de leur long voyage. Nous devons résoudre ce problème», a déclaré le président de la Banque africaine de développement, Akinwumi Adesina.

 Adesina a cité l’agriculture, ainsi que autres initiatives, comme élément déterminant permettant de changer les conditions de vie de millions d’habitants de la région.

« Il existe une corrélation entre les effets du changement climatique – comme le rétrécissement du lac Tchad, dont la superficie, de 25 000 km2 en 1967, est à présent inférieure à 2 500 km2 – et la perte des moyens d’existence, la radicalisation, le terrorisme, la migration forcée, l’insécurité, la pauvreté et la perte de vies humaines », a affirmé Adesina.

Le président de la BAD a annoncé que la BAD a débloqué 12 milliards de dollars EU et va mobiliser 50 milliards de dollars EU supplémentaires en vue de fournir de l’énergie propre en Afrique, notamment dans la région sahélo-saharienne.

«Nous versons 4 milliards de dollars supplémentaires et mobilisons 40 milliards de dollars de plus pour fournir de l’eau dans les régions affectées. Ce problème a forcé des jeunes filles à abandonner l’école pour chercher de l’eau. Si nous n’apportons pas de solutions de rechange à ces problèmes, les gens continueront à couper les arbres que nous plantons. Car 75 % de la déforestation est due à l’utilisation du charbon de bois», a expliqué Adesina.

Les ministres africains de l’Environnement et de l’Agriculture ont participé à la réunion et ont souligné la nécessité que la volonté politique, la bonne gouvernance et la transparence garantissent la réussite du projet de la Grande Muraille verte.

D’un commun accord avec ses homologues, la ministre de l’Environnement du Kenya, Judi Wakhungu, a appelé les différents pays membres à apporter leur contribution pour que le projet ne soit pas un échec.

Les ministres ont indiqué que leurs pays avaient lancé des projets de plantation de millions d’arbres, en plus de la mise en œuvre d’autres projets connexes visant à parer à la crise.

«Au Kenya, nous utilisons l’eau des pluies provoquées actuellement par El Niño chez nous pour planter des arbres non seulement dans les zones arides, mais aussi dans tout le pays, pour atteindre le seuil de 10% de couverture forestière recommandé par l’ONU et pour assurer notre avenir», a expliqué Mme Wakhungu.

Amedi Camara, ministre mauritanien de l’Environnement et du Développement durable, a fait observer que les jeunes et les femmes, qui sont les plus durement touchés par les terres dégradées, migrent vers les villes, où ils finissent par occuper des emplois subalternes et vivre dans des bidonvilles.

«Nous devons rapidement nous doter de capacités d’innovation et d’adaptation pour renverser les effets de la migration forcée et de la malnutrition en raison de la concurrence pour les ressources», a-t-il averti.

François Lompo, ministre de l’Agriculture, des Ressources hydrauliques, de l’Assainissement et de la Sécurité alimentaire du Burkina Faso, a indiqué que le projet de la Grande Muraille verte a permis de mettre fin à l’agitation sociale dans son pays.

Moustapha Ali Alifei, ministre tchadien de l’Environnement et de la Pêche, a expliqué que le désert sahélo-saharien abrite 50% des habitants du pays, et que le projet avait donné de l’espoir à la majorité d’entre eux, qui avaient perdu l’espoir d’un avenir meilleur.

Laura Tuck, vice-présidente du développement durable à la Banque mondiale, a indiqué que 300 millions de personnes, en Afrique occidentale et orientale, vivent dans des régions arides, avant d’ajouter que la Banque mondiale allait continuer à financer cette initiative.

« Le projet fait des miracles. La plupart des terres sont réhabilitées et utilisées pour l’agriculture. Nous avons déjà mis 4,4 milliards de dollars dans le projet et engageons 1,9 milliard de dollars de plus. Ce projet réussi est la meilleure réponse africaine et mondiale au changement climatique, et nous le reproduirons à travers le monde», a-t-elle expliqué.

Des représentants de l’Union européenne (UE), du Programme des Nations Unies pour l’environnement (PNUE), de l’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO) et du Fonds pour l’environnement mondial (FEM) ont tous promis davantage de financements pour le projet et ont demandé que l’on recoure à l’innovation et au partage des connaissances pour que le projet réussisse et puisse augmenter la résilience au changement climatique.

Le projet a adopté une approche de développement rural, selon laquelle les membres des communautés locales sont sensibilisés à la plantation d’arbres, à leur gestion et à la pratique de l’agriculture sur les terres réhabilitées pour assurer leur subsistance.

Pour subvenir à leurs besoins, les habitants de la région dépendent fortement d’écosystèmes sains pour l’agriculture pluviale, les pêcheries et la gestion du bétail.

Les activités économiques, qui occupent 90% de la population locale, représentent les principaux secteurs d’emploi dans la région et génèrent au moins 40% du produit intérieur brut (PIB) de la plupart des pays concernés.

Le Burkina Faso, le Tchad, Djibouti, l’Érythrée, l’Éthiopie, le Mali, la Mauritanie, le Niger, le Nigeria, le Sénégal et le Soudan sont membres de l’initiative de la Grande Muraille verte, dont l’approche intégrée de gestion de l’écosystème a été adoptée par la Commission de l’Union africaine (CUA) en 2007. Le Ghana a demandé à y adhérer.