Le Sahel - vers une zone de stabilité, de prospérité et de croissance - Le président de la BAD Donald Kaberuka

05/11/2013
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Evénement : Réunion ministérielle régionale sur le Sahel

Excellence Monsieur Le Président de la République du Mali,

Eminentes personnalités ici présentes, Monsieur le Secrétaire Général des Nations Unies, Madame la Présidente de la Commission de l’Union Africaine, Monsieur le Président de la Banque Mondiale, Monsieur le Commissaire au Développement de l’Union Européenne, Monsieur le Représentant de l’OIC,

Mesdames, Messieurs, en vos rangs et qualités respectés,

D’emblée, je voudrais dire merci au Gouvernement et au Peuple Maliens pour leur accueil fraternel,

Et me joindre à mes collègues pour m’incliner devant la mémoire  des deux  journalistes tués froidement à Kidal et celle de toutes les victimes de cette crise qu’a connue le Mali.

Pendant des siècles, le Mali et la région du Sahel furent le centre d’une ancienne civilisation, carrefour d’un commerce transsaharien et lieu de brassage des peuples et des cultures.

Mais, voici que  depuis  quelques décennies la Région fait face à des crises climatiques répétées, source de souffrances et de vulnérabilité  persistantes.  Les populations  font face à ces crises  avec courage et détermination, comme j’ai pu le constater il y a quelques années sur un grand projet d’irrigation sur le barrage de Djéné.

Et, au moment où l’Afrique commençait à opérer un tournant positif sur le plan économique, et au moment où la Région faisait elle aussi un tournant avec la fin des conflits en Côte d’Ivoire, au Liberia et  en Sierra Leone, voici qu’une autre crise sécuritaire vient aggraver cette situation.

Crise qui n’est pas seulement  nationale ou régionale, mais  africaine et internationale.

C’est pourquoi, je voudrais adresser mes sincères félicitations au Président Kéita et à l’ensemble du peuple malien qui, avec le soutien de ses amis,  est en train de surmonter cette crise en réussissant un exercice électoral exemplaire et avec bien d’autres mesures que vous mettez en place.

La tâche à laquelle fait face la Région  est aussi celle  de l’Afrique et de la communauté internationale.

Nous sommes ici, avec mes collègues, pour vous témoigner notre solidarité et créer avec vous  les conditions de la paix et de la stabilité dans cette région du Sahel, afin d’en faire une zone de stabilité, d’opportunités, de croissance plus inclusive et de coopération régionale.

En un mot : pour redonner l’espoir à toute la région du Sahel, afin que l’effort de développement interrompu par la crise reprenne pour le bien de la région et de l’Afrique.

Depuis sa création, la Banque africaine de développement a toujours été un partenaire des pays du Sahel et nous nous sommes associés dès le début aux efforts de sortie de crise.

J'ai ainsi participé personnellement à la réunion des donateurs du Mali tenue à Bruxelles en mai dernier.

Nous nous y sommes engagés à contribuer à la stabilisation du pays et à son redressement avec un soutien de 240 millions d’Euros pour la période 2013–2014, dont une partie est engagée, y compris un appui budgétaire.

Excellences, Mesdames et Messieurs,

Comme je l’avais indiqué à Bruxelles, la région du Sahel, nous la connaissons bien depuis longtemps.

Mais nous sommes ici pour vous écouter, pour voir avec vous quels sont vos besoins.

Actuellement nous avons des programmes en cours pour chacun des cinq pays.  Ils s’élèvent à près de 2 milliards de dollars, et nous allons user de toutes les flexibilités pour restructurer ce portefeuille et en accélérer la mise en œuvre pour un décaissement rapide.

Nous allons aussi accélérer les grands projets d’intégration.

C’est à ce titre par exemple que nous allons engager dès le mois prochain le financement de la liaison routière entre le Tchad, le Niger et l’Algérie.

Pour les besoins auxquels nous faisons face, il nous faut une approche à la fois nationale et régionale.

D’ores et déjà, je peux vous dire que nous allons mettre à la disposition des 5 pays un montant de 1,9 milliard de dollars, dont 950 millions de dollars pour des projets régionaux de transport et d’énergie, afin de créer des espaces économiques intégrés.

Nous voulons mettre l’accent sur des projets transformateurs dans les infrastructures, surtout dans le domaine de l’énergie.

La tâche dans la région du Sahel, c’est bien sûr la résilience aux chocs extérieurs, climatiques et autres, mais avant tout, c’est la création d’emplois pour les jeunes. C’est pourquoi nous allons mobiliser notre guichet secteur privé, comme c’était le cas du projet sucrier de Markala, ici au Mali.  Ce projet  avait le potentiel de transformer la région. Son abandon en raison des événements est d’ailleurs, je l’espère, provisoire.

Dans un environnement aussi fragile que celui du Sahel, les effets de voisinage font qu’au-delà des cinq pays, il y a aussi des attentes d’autres pays affectés par la crise.

C’est pourquoi nous allons mettre à la disposition de ces pays 250 millions de dollars pour renforcer la résilience des populations dans les 5 pays les plus vulnérables,

Le programme élargi à l’ensemble des pays du CILSS, quant à lui,  apportera 250 millions de dollars supplémentaires.

Monsieur le Président, chers collègues, chers amis,

Nous savons que les  moyens sont et seront toujours limités, mais  notre détermination et notre volonté doivent être à la hauteur des attentes des populations.

Il ne suffit pas d’apporter  l’appui financier.

Il nous faudra aussi revoir nos procédures et nos systèmes de coordination. C’est pourquoi cette réunion est à saluer.

Il faudra aussi et surtout que l’UA, l’UEMOA, la CEDEAO, et les pays eux-mêmes assument le leadership.

C’est à vous de nous donner la trajectoire. Notre rôle est de vous donner les moyens.

Dans notre expérience de réponses aux crises sur le continent, nous avons beaucoup appris.

Nous savons que ces interventions, que ce soit dans  la Corne de l’Afrique où dans les Grands Lacs, sont risquées, mais qu’il faut prendre des risques pour réussir.

L’audace et la gestion intelligente des risques sont  les seules garanties du succès.

Monsieur le Président, chers amis, chers collègues,

La communauté internationale, à travers l’ONU, a demandé à la Banque  d’abriter un Fonds d’Action pour le Sahel, pour accueillir les ressources de tous les bailleurs amis de la Région qui souhaitent apporter leur appui.

Nous discutons de ses modalités, et j’espère que nous pourrons réussir ensemble et que cet outil sera utile et efficace.

Excellences, Mesdames et Messieurs,

Un espoir est en train de naître.

L’espoir d’un espace sahélien durablement pacifié, stable et prospère.

L’acte que nous posons aujourd’hui, ensemble, est un premier pas, mais un pas important.

Je vous remercie.