Les leaders doivent faire ce qu’ils disent, pour pouvoir transformer l’Afrique

22/05/2014
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« Les enseignements sont légion et les leçons  tirées abondantes. » Dès lors que  faire de tout de tout ceci ? Il faut agir  pour apporter le lien pratique manquant  entre ce nous avons diagnostiqué et ce que nous devons faire. Autrement  l’Afrique sera encore là dans une cinquantaine d’années à réfléchir sur ce qu’elle doit faire pour aboutir  à « l’Afrique que nous voulons », thème centrale de la discussion.

Cet appel au pragmatisme est formulé par le Panel de haut niveau qui s’est tenu lors de la 3è journée des Assemblées annuelles de la BAD à Kigali. Les panelistes étaient Paul Kagame, président du Rwanda, William Ruto vice-président du Kenya, Nkosazana Clarice Dlamini-Zuma, présidente, Commission de l’Union africaine, Thabo Mvuyelwa Mbeki, ancien président de l’Afrique du Sud, Olusegun Obasanjo, ancien président du Nigeria et Mo Ibrahim, Fondateur et président, Fondation Mo Ibrahim.

Cet aéropage de leaders africains a ébauché une série de réponses au triple questionnement de savoir s’il existe un déficit de leadership en Afrique ? Et le cas échéant, comment faire émerger des dirigeants africains visionnaires ? Un «programme africain de jeunes dirigeants visionnaires» est-il une proposition réaliste ?

Crise de confiance des populations

Le président de la BAD, Donald Kaberuka, hôte de ces assises, a averti dans son mot introductif que le champ du leadership est vaste et ne concerne pas seulement le champ politique. Il  concerne l’ensemble des compétences dont dispose le continent. Chacune à son niveau, devant « accompagner le processus de transformation de l’Afrique qui nécessite des leaders »

Autre balise posée, la crise de leadership n’est pas spécifique à l’Afrique, a-t-il dit. La crise de confiance des citoyens en leur dirigeant a pris une tournure mondiale. Ce manque de confiance  a indiqué Kaberuka, est mis en exergue par le rapport 2014 du Forum économique mondial (FEM) qui évoque aussi  le déficit de leadership dans les politiques et programmes que mènent  les dirigeants. « Un bon leadership est pourtant crucial pour que l'Afrique puisse exploiter la fenêtre d'opportunités qui s'est ouverte cette dernière décennie, s’agissant notamment du boom de ses ressources naturelles.

Pour le président Obasanjo, « l’Afrique que nous voulons est une Afrique sans oppression, où il existe des opportunités, une démocratie, une pleine participation de tous dans laquelle les personnes peuvent développer leurs potentialités et qui veut accueillir tous ceux qui y veulent y vivre». Ce qui fait défaut, a t-il indiqué, est que nous n’avons pas une masse critique de dirigeants performants pour atteindre nos objectifs. Pour Obasanjo. le leadership ne peut pas en être un s’il ne mène pas au succès.

Donner des opportunités aux jeunes et revoir l’âge des présidents

Par où faut-il commencer ? « Avec les jeunes en inversant la tendance »  faisant qu’aujourd’hui où il  y a des facilités et des commodités mais avec un manque criard d’opportunités ressemble davantage à la période de sa jeunesse  durant laquelle, il n’existait pas de facilités et de commodités, mais où l’on enregistrait beaucoup d’opportunités. »

Mo Ibrahim a, quant à lui, mis l’accent sur « l’âge des présidents » Il faut que notre jeunesse ait  plus d’espaces d’expression de leur potentiel en intégrant les institutions dirigeantes. Nous devons leur donner le pouvoir car ils comprennent mieux les attentes de leurs congénères, a t-il conclu.

Une démarche afro africaine s’impose dans le leadership

Nous devons combattre l’esprit de chapelle avec un leadership afro africain, s’est exprimée la présidente de la Commission de l’Union africaine. Zuma a estimé qu’il faut que le continent ait une vision globale. Il nous faut un leadership qui permettra d’investir massivement dans la jeunesse et les femmes, notamment.

Elle a invité l’auditoire à méditer sur deux chiffres. L’Afrique forme 100 000 ingénieurs par an tandis que la Chine en forme 700 000 sur la même période, sachant que leurs populations sont dans des proportions pas éloignées. Vu cette échelle nous pouvons mesurer l’enjeu de devoir former nos jeunes. Il est primordial  que nous les formions dans les affaires et  les universités.

Une complexité due à l’abondance de leçons tirées

Pour Paul Kagame, « ce type de débat est complexe. Nous en parlons depuis 50 ans et en parlons toujours. Le principal effort de fait a été l’analyse du leadership. Ce qui nous manque est la mise en pratique. C’est là où le bât blesse. » La complexité des problèmes, selon lui, réside dans l’abondance de leçons tirées et d’enseignements à appliquer. En outre, va-t-il ajouter les leaders sont tous le fruit d’un système. « Le leader est modelé par un environnement. » Il a  à cet égard, également relevé qu’une forme de jeunisme ne doit pas faire perdre de vue que des jeunes aussi ont aussi eu des échecs cuisants. Certains facteurs de cet environnent tel que la pauvreté ont lancé ces mêmes  jeunes entre les griffes de manipulateurs les ayant conduits à des actes graves comme le génocide, au Rwanda.» « Nous avons dû inverser le processus de transformation et de mutation pour le bien-être de la société. Les dirigeants doivent donc faire ce qu’ils disent. » « Les dirigeants qui n’honorent pas leur engagement » et ne s’occupent pas du bien-être de leurs populations ont échoué, at-il conclu.

La marche à suivre

Ruto, n’est pas loin de cette analyse en affirmant « le problème est que nous avons ce qui ne va pas ainsi que les solutions, mais entre  ces deux aspects ; il reste à dresser un  lien et que les dirigeants montrent la marche à suivre. » Il appartient à ces derniers d’apporter ce lien. Entre ce que nous disons et ce que nous faisons. Il n’a pas manqué de citer les réalisations de la communauté d’Afrique de l’Est qui a réalisé en 2014, ce qu’il a fallu attendre un siècle pour le réaliser. La levée des barrières et des frontières qui ont été transformées en ponts ; ainsi que le chemin de fer.

L’Afrique que nous voulons c’est une Afrique sans guerre, sans conflit et indemne de tous ces problèmes de corruption. Ce sont là des réponses à donner. L’Afrique a des mécanismes d’évaluation de la performance tel que mécanisme d’évaluation par les pairs, mais cela n’est pas fait en raison des égoïsmes. Cette absence de réaction des dirigeants peut faire que les mauvais actes seront discutés dans un siècle.

Une certaine Afrique égoïste

Mbeki a souligné  : « Nous voulons une Afrique avec une égalité des chances et des dirigeants qui pensent servir plutôt qu’à se servir. Les valeurs fondamentales de l’Afrique doivent être traduites dans notre interrelation. » « Nous sommes égoïstes et ne pensons qu’à maintenant. » Et sarcastique, il a déclaré, nous ne pensons qu’à la pérennité de ceux qui nous ont traduits en esclavage. « C’est assez ironique, » at-il conclu.

Cette séance très interactive s’est achevée sur la question de la succession des dirigeants. A ce sujet, Kagame qui concluait, il  est plus approprié  pour un leader de penser à ce qu’il doit laisser à son successeur, plutôt que de penser  que puisqu’il a été au pouvoir, il lui faut un successeur ». Les Africains, outre améliorer les conditions de vie des populations doivent mettre en place des institutions démocratiques pour faciliter les successions, a-t-il conclu.