Pour les dirigeants des grandes entreprises d’afrique, le continent est ouvert aux affaires

10/06/2011
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Certains des grands hommes et femmes d’affaires qui ont réussi, représentant différentes branches d’activité et secteurs industriels, se sont réunis pour examiner comment l’Afrique peut permettre à l’esprit d’entreprise de prospérer sur le continent. Les échanges ont eu lieu le 9 juin 2011 à Lisbonne, au Portugal, dans le cadre des Assemblées annuelles du Groupe de la Banque africaine de développement (BAD).

L’évènement était le Dialogue des chefs d’entreprise, l’un des temps forts des Assemblées annuelles de la BAD. Le Dialogue portait cette année sur le thème : Entrepreneurs africains : promouvoir une croissance partagée et la prospérité ?

Les participants étaient Robert Gumede, président du Groupe Gijima, le géant sud-africain de la technologie de l’information ; Aziz Mebarek, directeur général du Groupe Tuninvest-Africinvest en Tunisie ; Jubril Adewale Tinubu, directeur général  de la société probablement la plus connue en Afrique, Oando du Nigeria ; Catherine Samba-Panza, directrice générale du Groupe de la société d’assurances Gras Savoye-Centrafrique, en République centrafricaine, et Euvin Naidoo, directeur de la gestion du portefeuille crédit de à PBB Africa, qui fait partie de la Standard Bank d’Afrique du Sud.

Les discussions étaient présidées par le président de la BAD, Donald Kaberuka, avec comme modérateur la personnalité bien connue des télévisions africaines, Lerato Mbele, de CNBC Africa.
A travers le monde entier les entrepreneurs font face à des obstacles dans la réalisation de leurs plans d'affaires, mais en Afrique, les entrepreneurs créatifs sont confrontés à des défis qui leur sont propres.

L’un de ces obstacles est sans doute la réglementation excessive, qui peut entraîner des lenteurs et des coûts supplémentaires pour les entreprises. Même l'enregistrement d'une entreprise et l'obtention de diverses autorisations avant d’ouvrir un magasin peuvent prendre des mois, voire des années.

Les autres défis comprennent les questions de gouvernance ainsi que l'absence d'un cadre juridique et réglementaire solide. Les entreprises peuvent aussi avoir des difficultés à obtenir un financement. Dans de nombreux pays, ni le secteur bancaire, ni les marchés de capitaux ne sont suffisamment développés et élaborés pour financer les grands projets ou les activités d'exportation.

Se pose également la question de la stabilité politique ; les investisseurs, en particulier ceux qui sont basés à l'étranger, se demandent si leur capital est en sécurité, même si la stabilité s’est améliorée en Afrique ces derniers temps. Des évènements récents, inattendus et très médiatisés dans des endroits comme l'Afrique du Nord et la Côte d'Ivoire, peuvent rendre les investisseurs frileux.

Mais le côté positif est que l’Afrique est un marché énorme qui offre d’immenses opportunités. Le marché africain comprend de près de 150 millions de consommateurs aisés, et une autre tranche de 400 millions de personnes disposant d’un certain pouvoir d’achat. Ces personnes représentent un marché inexploité pour les produits de consommation.

S’agissant des entrepreneurs, les membres du panel sont convenus  que l'Afrique besoin d’eux pour une croissance économique soutenue. M. Tinubu a déclaré : «Les entrepreneurs gèrent les risques, créent des emplois et innovent ». M. Gumede a ajouté qu'ils investissent dans le développement humain et créent des emplois durables. M. Kaberuka a indiqué qu'ils sont des «créateurs de richesse et des innovateurs».

Bien que partout les entrepreneurs se plaignent du manque d’appui financier pour soutenir leurs idées, il est encore plus difficile pour les innovateurs africains d’obtenir des fonds. C’est le point de vue de M. Gumede, qui soutient que les institutions financières sont très pessimistes, notamment en Afrique du Sud. Pour lancer son entreprise, a-t-il fait savoir, il a dû utiliser ses fonds propres. « Je n'ai jamais été soutenu par aucune institution financière », a-t-il révélé.

M. Tinubu a fait écho aux propos de M. Gumede : à ses débuts, il a dû compter sur des contributions privées, comme Mme Samba-Panza.

Et même lorsque les banques vous accordent un prêt, le prix de l'échec est élevé en Afrique, a déclaré M. Tinubu. « Donald Trump a déclaré qu'il a fait faillite cinq fois. Les banques en Afrique ne vous permettent jamais d’échouer. Si vous échouez, vous n'obtiendrez jamais de prêt à nouveau. »
Ce n'est pas seulement les banques qui créent des obstacles. L'excès de réglementation en Afrique peut tuer une entreprise dès sa naissance, même si dans certains pays les choses s'améliorent.

Mme Samba-Panza l’a confirmé ainsi: « Il m'a fallu plusieurs mois pour obtenir l'autorisation d'ouvrir une entreprise ». Ella ajouté qu’à présent, le système est plus souple, et qu'il est plus facile de créer son entreprise. Les choses ont changé, a-t-elle noté : «Au cours des deux dernières années, deux fois plus de femmes ont créé des entreprises ».

Mais quels que soient les systèmes bancaires ou les pays, les entrepreneurs devront toujours être persévérants, a recommandé M. Naidoo: « Il n'y a pas de solution miracle pour obtenir des fonds. »

Les gouvernements peuvent toutefois jouer un rôle d’encouragement sur le plan réglementaire, a-t-il poursuivi. Les entrepreneurs ont besoin de l'état de droit, des droits de propriété et de la législation du travail.

M. Gumede est resté sceptique sur l’attitude du gouvernement face aux entreprises. Son entreprise a son siège en Afrique du Sud, et Mme Mbele a déjà décrit le pays comme «fortement réglementé".

M. Gumede a fait ce commentaire : « Notre gouvernement ne semble pas avoir foi dans les affaires ».

Ce dont convient M. Tinibu: «Le gouvernement est un grand problème en Afrique, un grand obstacle. »

L'insuffisance des infrastructures constitue un autre obstacle à la réussite en Afrique. Mme Mbele a fait observer que de mauvaises infrastructures peuvent ajouter 40 pour cent aux  coûts supportés par les entreprises. Pour M. Tinibu, un test de base est de savoir s'il est aussi facile de traverser une frontière qu’en Europe. «Les gouvernements des deux côtés doivent réparer les routes à la frontière, plutôt que celles qui mènent à la résidence du président », a-t-il déclaré.

Les problèmes d'infrastructure comprennent aussi les pénuries d'énergie. « Au Nigeria, a déclaré M. Mebarek, vous ne pouvez pas louer un appartement à moins d'avoir votre propre groupe électrogène. Les lumières s'éteignent à cinq heures ». Mme Samba-Panza est de cet avis : «L’état des infrastructures est un obstacle pour les entrepreneurs africains ».

Malgré les divers obstacles, le panel a estimé qu'il valait la peine de livrer la bataille, car l'Afrique est un grand marché de consommation.

M. Kaberuka a précisé qu’en Afrique, il y a « environ 120 millions de personnes classées comme appartenant à la classe moyenne».

Quant à savoir si il y a un marché rentable en Afrique, M. Tinibu a déclaré: «Il n'y a pas de doute à ce sujet ». Il y a une pénurie de toutes sortes de produits pour satisfaire la demande. « Il n'y a rien en Afrique où l'offre dépasse la demande.»

M. Mebarek a fait noter que la clé pour pénétrer les marchés est de faire baisser le prix d’un grand nombre de produits de consommation courante en les fabriquant sur place plutôt que de les importer. Ce que sa société a réussi à faire.

Cependant, M. Gumede a prévenu que la main d’œuvre pourrait être un problème dans certaines régions d'Afrique, malgré un chômage élevé, et pour réussir dans l’industrie locale, il faut un « environnement harmonieux ».