Transformer l’explosion démographique de l’Afrique en dividende démographique

Une stratégie de la Banque africaine de développement entend créer 25 millions d’emplois pour les jeunes en Afrique

21/05/2016
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Le Groupe de la Banque africaine de développement (BAD) prend des mesures ambitieuses pour transformer la spectaculaire explosion démographique de la jeunesse africaine en atout économique : il a mis au point une stratégie à même de créer 25 millions d’emplois qui lui soient destinés et de doter 50 millions d’autres jeunes Africains de compétences dans la décennie à venir.

La Stratégie 2016-2025 pour l’emploi des jeunes en Afrique que le Groupe de la BAD a élaborée et qui a été approuvée par ses Conseils d’administration le mercredi 18 mai 2016 à Abidjan, couvre les Cinq grandes priorités de l’institution dites « Top 5 ».Ainsi de la cinquième d’entre elles, qui vise à « améliorer la qualité de vie » des Africains, en tirant parti du boom démographique que connaît le continent – souvent qualifiée de « bombe à retardement » –, pour en faire une opportunité  de croissance inclusive.

Les objectifs principaux de cette stratégie sont au nombre de trois : relever le défi, en créant plus d’opportunités économiques pour les jeunes, quels que soient leur milieu socioéconomique, le fossé rural-urbain, leur sexe et leur l’âge ; surmonter les problèmes en termes d’offre, en aidant les pays membres régionaux à développer un capital humain orienté vers le secteur privé et en dotant les jeunes des compétences qui leur permettent de décrocher les emplois de demain ; et résoudre les difficultés en matière de liens et mieux relier les jeunes aux opportunités économiques.

Il ressort de ce document stratégique que, mise à profit de la bonne façon, la population de jeunes Africains, qui devrait doubler et dépasser les 830 millions d’ici à 2050, pourrait favoriser  une hausse de la productivité et une croissance économique plus forte et plus inclusive sur l’ensemble du continent.

Si 10 à 12 millions de jeunes Africains arrivent chaque année sur le marché du travail, seuls trois millions d’emplois formels sont créés par an, selon les données disponibles. En outre, les jeunes manquent souvent des compétences dont les employeurs ont besoin, malgré les progrès enregistrés ces dernières décennies dans l’accès à l’éducation. Les femmes sont les plus durement touchées, souvent confrontées à des obstacles encore plus grands en matière d’accès aux opportunités d’emploi et d’égalité des salaires, d’après le rapport.

 Les retombées en termes d’emploi seraient prodigieuses, si l’on mettait à profit la jeunesse africaine, Les revenus s’en verraient améliorés notamment, ainsi que le niveau de vie et l’accès à la santé et à l’éducation. On estime que si l’on parvenait à réduire en Afrique le taux de chômage des jeunes au niveau de celui des adultes, il en résulterait une hausse de 10 % à 20 % du PIB du continent. De plus, cela permettrait d’offrir de meilleures perspectives aux milliers de jeunes qui rallient des armées rebelles et de sauver beaucoup de ceux qui autrement périraient en traversant la mer Méditerranée ou le Sahara en quête d’opportunités économiques en Europe.

« Cette stratégie pour l’emploi des jeunes en Afrique est une stratégie d’ensemble de la BAD, qui permettra de créer 25 millions d’emplois et d’avoir une incidence positive sur 50 millions de jeunes au cours des dix prochaines années. Afin d’atteindre cet objectif, la Stratégie 2016-2025 pour l’emploi des jeunes en Afrique entend accroître l’emploi inclusif et l’esprit d’entreprise, renforcer le capital humain et créer des liens durables avec le marché du travail, en intervenant dans trois domaines stratégiques : l’intégration, l’innovation et l’investissement », indique la direction de la Banque dans le document qui a été présenté au Conseil d’administration. L’idée est de permettre aux secteurs privé et public de consacrer leurs ressources à la création et au maintien d’emplois de qualité.

S’agissant du volet intégration, les considérations relatives à l’emploi des jeunes seront intégrées dans les projets, les effectifs et les systèmes de la BAD. Ce qui inclue d’offrir une assistance financière et technique afin que la composante de l’emploi des jeunes soit intégrée dans l’élaboration des projets de la BAD dans tous les secteurs, et l’ajout dans les systèmes de suivi et d’évaluation d’indicateurs en matière d’emploi des jeunes.

En outre, la BAD fournira aux pays africains un appui technique et financier qui leur permettra de poursuivre leurs politiques et programmes qui contribuent à améliorer les perspectives d’emplois pour les jeunes, en renforçant les capacités institutionnelles et en les positionnant de sorte d’accroître les effets sur l’emploi  tout au long des dix prochaines années.

La composante de l’innovation devrait permettre à la BAD de travailler avec des partenaires pour développer, mettre en œuvre, évaluer et déployer des solutions prometteuses.

Les programmes, qui seront d’abord focalisés sur les secteurs de haute priorité pour la BAD que sont l’agriculture, l’industrie et les TIC, comprendront un indice pour mesurer les résultats en matière d’emplois des jeunes et des politiques de facilitation à l’échelle du pays, et fourniront des informations sur l’évolution des performances du marché du travail au fil du temps. Cela pourra aussi servir d’outil pour encourager les décideurs à poursuivre les programmes qui favorisent l’emploi des jeunes.

« Un laboratoire d’innovation et d’information soutiendra l’écosystème de l’emploi et de l’entrepreneuriat des jeunes ; en incubant de nouvelles idées prometteuses et en évaluant les meilleures pratiques à l’œuvre dans les interventions existantes. Le laboratoire sera appuyé par une plate-forme en ligne qui diffusera les résultats auprès des publics internes et externes », a indiqué la Banque africaine de développement.

Cette stratégie est ancrée dans la vision globale de la BAD, qui consiste à améliorer la qualité de vie de tous les Africains. À le long terme, elle entend accroître les opportunités économiques offertes aux jeunes Africains, tant les hommes que les femmes – et partant,  d’autres aspects de leur vie s’en verront améliorés.