Faire de la migration un levier de la lutte contre le chômage - Etude de l’OIM et de la BAD sur les migrants tunisiens en Libye

27/03/2013
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L’Organisation internationale pour les migrations (OIM) et la Banque africaine de développement (BAD) publient, en partenariat avec l’Office des Tunisiens à l’étranger (OTE), une nouvelle étude sur les opportunités d’emploi des Tunisiens en Libye.

L’étude, intitulée « Migrations des Tunisiens en Libye : dynamiques, défis et perspectives », se base sur deux enquêtes qualitatives, menées auprès d’un panel de Tunisiens de retour de Libye (TRL) et d’un échantillon d’actifs tunisiens en situation de chômage ; ainsi que sur une série d’entretiens conduits avec des responsables Tunisiens et Libyens.

L’étude dresse un état des lieux de la migration des Tunisiens en Libye, et évalue le potentiel de coopération tuniso-libyenne en termes de formation et d’emploi. Venant compléter les récentes publications sur l’intégration régionale et sur la relation tuniso–libyenne, elle s’inscrit dans la droite ligne des efforts de la BAD en faveur de l’intégration de l’Afrique du Nord et « L’étude complète également les actions mises en œuvre par l’OIM pour promouvoir la coopération régionale en matière de gestion des flux migratoires, et afin d’évaluer les besoins et de stabiliser les communautés locales dans les régions connaissant de forts taux de chômage ou présentant des difficultés à réintégrer les migrants de retour de Libye », explique Lorena Lando, Chef de mission de l’OIM en Tunisie.

« Les résultats de l’étude soulignent le grand potentiel que constitue la Libye en tant que pays d’absorption de la main d’œuvre tunisienne qualifiée et non-qualifiée », précise Jacob Kolster, directeur du département de l’Afrique du Nord pour la BAD.

Selon l'OTE, quelque 40 000 Tunisiens vivant en Libye sont rentrés en Tunisie à la suite de la crise libyenne en 2011. La plupart étaient des hommes mariés, dotés d’un niveau d'instruction et de qualifications professionnelles relativement faibles.

C’est la première fois qu’une enquête est menée sur cette catégorie de migrants.

Celle-ci révèle que 70,4 % des travailleurs tunisiens ayant quitté la Libye après la révolution désirent y retourner - voire l’ont déjà fait. Ainsi, 39,5 % des TRL sont retournés en Libye, poussés par leur situation précaire en Tunisie et  leur volonté de retrouver rapidement leur emploi perdu. D’après l’étude, les migrants de retour sont majoritairement de sexe masculin, mariés et présentant de faibles niveaux d’instruction et de qualifications professionnelles.

L’étude, qui a aussi interrogé un panel de chômeurs pour analyser leur propension à rechercher du travail en Libye, révèle que 30,1 % d’entre eux sont disposés à rejoindre le marché de l’emploi libyen. Les chômeurs interrogés au cours de l’enquête considèrent, en effet, que les perspectives d’emploi en Libye sont bien meilleures qu’en Tunisie. Ces personnes disposées à émigrer présentent, en dépit d’un faible niveau d’instruction en général, des aptitudes professionnelles et des niveaux de diplôme plus élevés que le reste des chômeurs ou les TRL.  

L’étude souligne par ailleurs que le potentiel de coopération en matière de migration de travail entre la Tunisie et la Libye est très important. « Le marché de l’emploi libyen offre un potentiel d’employabilité très important en termes quantitatifs et qualitatifs et reste largement ouvert aux compétences tunisiennes, indique Emanuele Santi, économiste principale de la BAD chargée de la Tunisie et coordinatrice de l’étude au niveau de la Banque. Cette migration de travail représente donc un axe stratégique pour la Tunisie dans la lutte contre le chômage. »

A la suite des révolutions tunisienne et libyenne, les autorités des deux pays ont clairement exprimé leur volonté de renforcer la coopération en termes de migration, d’emploi et de formation, ce qui s’est concrétisé par la signature de nouvelles conventions en 2012.

Or, malgré ces dispositions d’ordre politique et la complémentarité évidente entre les deux pays, les Tunisiens tardent à rejoindre le marché de l’emploi libyen. Selon l’étude, cette lenteur s’expliquerait par la faible coopération entre les services institutionnels tunisiens intervenant dans le processus migratoire, par la situation sécuritaire en Libye, et par les difficultés à prévoir et à formuler les besoins du marché de l’emploi libyen.

Pour conclure, cette enquête a donc permis de dégager un ensemble de  recommandations stratégiques en faveur du développement d’une politique migratoire tuniso-libyenne efficace, à savoir :

  • la mise en place d’une structure chargée de coordonner l’ensemble des conventions entre la Tunisie et la Libye et de piloter le processus migratoire entre les deux pays ;
  • la constitution d’une commission interministérielle dédiée au marché libyen ou l’activation de conventions fondamentales existantes ;
  • la constitution d’un cadre procédural pour optimiser le rapprochement de l’offre et de la demande de travail entre la Tunisie et la Libye ;
  • l’encadrement et le suivi des candidats tunisiens à l’émigration ; une prévention et une lutte plus efficaces contre la migration irrégulière ; et l’assistance des migrants de retour, dans une perspective de développement durable.