Les États-Unis invitent les pays africains à rallier en plus grand nombre le « Partenariat sur le financement illicite »

27/05/2016
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Plus de pays africains doivent adhérer au « Partenariat sur le financement illicite » (PIF), une initiative lancée en juillet 2014 au cours du sommet USA-Afrique. C’est l’appel lancé jeudi 26 mai 2016 par Marisa Lago, sous-secrétaire chargée des marchés internationaux et du développement au Trésor américain, l’une des invités à un débat des Assemblées annuelles de la Banque africaine de développement (BAD) à Lusaka.

Depuis que le Partenariat sur le financement illicite a été lancé, voilà près de deux ans, seuls sept pays africains y ont adhéré, aux côtés des États-Unis : le Burkina Faso, le Kenya, le Libéria, Maurice, le Niger, le Sénégal et la Sierra Leone.

7 pays membres en Afrique

Une réunion-débat a donc rassemblé leurs huit représentants au quatrième jour des Assemblées annuelles, l’occasion de dévoiler leurs plans nationaux respectifs de lutte contre les flux financiers illicites. Mais il s’est avéré que seuls deux d’entre eux, le Sénégal et les États-Unis, en ont finalisé la préparation.

Prié par le modérateur de la table ronde de préciser l’état d’avancement de son pays, le ministre des Finances kényan, Rotich Henry Kiplagat, a répondu que le plan national de lutte contre les flux financiers illicites de son pays serait prêt « très bientôt ». La représentante du Libéria a indiqué quant à elle que son pays avait établi le cadre d’un plan national, mais qu’il avait besoin d’aide pour résoudre de « graves problèmes de capacité, particulièrement au sein de l’organe national de perception des impôts ».

Marisa Lago a insisté sur la nécessité pour les pays africains de travailler ensemble et de coordonner leurs efforts dans la lutte contre les flux financiers illicites. « Le PIF est un partenariat de volontaires. Même si nous encourageons de nouvelles adhésions, il importe que les membres actuels du partenariat achèvent leurs plans nationaux pour que nous puissions nous lancer dans la mise en œuvre ».

La BAD promet son soutien

Akinwumi Adesina, le président de la BAD, qui avait pris la parole à l’ouverture du débat, a promis le soutien de la Banque dans les efforts de l’Afrique pour combattre les flux financiers illicites qui sortent du continent et a appelé à renforcer la redevabilité et la transparence dans la gestion des ressources publiques.

« Notre discours porte sur le développement, mais le développement a besoin de fonds. Qu’il s’agisse de santé, d’éducation ou d’infrastructures, peu importe le thème précis de notre discours, tout cela nécessite de l’argent », a-t-il lancé. Avant d’observer que l’argent pour financer le développement existe, mais qu’il est proprement volé et qu’il atterrit dans les poches de quelques individus.

Se félicitant du soutien du Trésor américain, le président de la BAD a ajouté qu’une coopération internationale est nécessaire pour aider les pays d’Afrique à lutter contre l’enrichissement de multinationales coupables de délits fiscaux en toute impunité, parce qu’elles ont les meilleurs juristes au monde pour les défendre devant le fisc.

Akinwumi Adesina souhaite qu’on protège davantage ceux qui dénoncent les opérations commerciales et financières illicites, que ce soient des lanceurs d’alertes, des représentants de la société civile, des parlementaires, des fonctionnaires de l’administration des impôts ou des journalistes.

« L’Afrique compte peut-être beaucoup de pauvres, mais nous ne sommes en rien un continent pauvre. Les ressources naturelles découvertes en Afrique valent environ 82 000 milliards de dollars EU », a-t-il ajouté, affirmant qu’à la faveur d’une bonne gestion et d’un meilleur usage de ces ressources, venir à bout de la pauvreté sera possible.

La Banque africaine de développement est en train d’élaborer sa propre stratégie concernant le soutien technique et le renforcement de capacité à apporter à la lutte contre les flux illicites, a précisé le président de la BAD, qui s’est félicité de la perspective de collaborer avec le Trésor américain sur ces questions.

Avec son Centre africain des ressources naturelles, la BAD apporte déjà une assistance et une expertise techniques aux pays africains sur la façon de gérer durablement leurs ressources naturelles avec des méthodes inclusives, de sorte que tous les citoyens en bénéficient. « Nous avons aussi la Facilité africaine de soutien juridique qui a des avocats compétents qui aident les pays à examiner les projets d’accord et les conseillent dans leurs négociations contractuelles », a ajouté le président Adesina.

La fraude et l’évasion fiscales représentent de loin la majeure partie des flux financiers illicites qui sortent de l’Afrique. Ce qui prive les gouvernements d’autant de revenus indispensables pour le développement.

Selon une étude conjointe du Groupe de la BAD et Global Financial Integrity (GFI), les flux monétaires sortis de l’Afrique entre 2000 et 2009 s’élèvent à quelque 30,4 milliards de dollars EU par an, et sont constitués pour l’essentiel de flux financiers illicites.

D’après GFI, l’Afrique perd plus d’argent en flux illicites qu’elle n’en reçoit en aide publique. Ses statistiques montrent que pour chaque dollar que les pays pauvres perçoivent en aide au développement, quelque 10 dollars partent de façon illégale à l’étranger.

Au cours du sommet USA-Afrique de juillet 2014, les dirigeants africains et le président Obama avaient convenu d’établir le Partenariat sur le financement illégal pour combattre ce type de financements et les préjudices qu’il cause aux populations en Afrique. Et les membres du Partenariat ont réaffirmé leur volonté de le mettre en œuvre lors de la conférence sur le financement du développement de juillet 2015,

En février 2016, les membres du PIF avaient consacré un atelier à l’étude et à la mise au point de plans d’action en préparation de la réunion sous-ministérielle prévue en marge des réunions de printemps de la Banque mondiale et du FMI à Washington.

Cette table ronde pendant les Assemblées annuelles de la BAD avait pour but de faire le point sur les progrès accomplis à ce jour dans l’élaboration des plans d’action nationaux, et de partager l’expérience acquise avec d’autres pays qui n’ont pas encore souscrit au Partenariat.