L’urbanisation recommandée comme vecteur d’amélioration des conditions de vie, selon des experts

23/05/2014
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Des experts en urbanisation ont fait part, aux Assemblées annuelles de la Banque africaine de développement (BAD) tenues à Kigali, au Rwanda, de leurs idées et solutions aux problèmes persistants des villes émergentes en Afrique. C’était le  23 mai 2014 au cours d’une rencontre intitulée « Les villes africaines de demain».

L’Afrique comptera 760 millions de citadins en 2030, et ce chiffre devrait passer à 1,2 milliard d’ici à 2050. Si cette explosion démographique n’est pas suivie d’une croissance adéquate des mégapoles africaines, l’urbanisation ne manquera pas d’asphyxier les infrastructures.  Elle pourrait également poser des problèmes tels que le manque d’eau potable, d’assainissement, d’électricité, de transports publics et de soins de santé.

Pour le directeur du département de recherche sur le développement à la BAD, Steve Kayizzi-Mugerwa, les gouvernements africains doivent faire de l’urbanisation et de ses difficultés une priorité dans leur programme d’actions en faveur du développement.

« Une urbanisation planifiée peut améliorer les conditions de vie d’une grande partie de la population, favoriser l’expansion de la classe moyenne et créer les conditions de la transformation économique. Cependant, nombreuses sont les villes africaines qui se sont développées sans planification. Ce qui a entraîné le déclin des services publics, la prolifération des taudis et l’augmentation de la pauvreté », a commenté  Kayizzi-Mugerwa, co-auteur du livre « L’urbanisation et le développement socio-économique en Afrique : défis et opportunités », qui a été lancé au cours de cette rencontre.

« En s’appuyant sur des politiques et une planification rigoureuses, la situation peut changer. Si le récent boom économique lié aux ressources naturelles que nous avons constaté dans de nombreux pays africains, est utilisé pour réaliser des réformes structurelles et rénover les zones urbaines, les villes africaines pourraient devenir des centres économiques intéressants. »

Le directeur des économies africaines à l’Université d’Oxford au Royaume-Uni, Paul Collier, a ajouté que malgré les tentatives de réformes effectuées dans toute l’Afrique, de nombreux gouvernements n’ont pas réussi à créer des environnements propices, dotés d’infrastructures et d’institutions permettant de soutenir les marchés à la base de la croissance économique.

« Les problèmes d’urbanisation donnent un aperçu de ce qui a été fait jusqu’à présent par les gouvernements et leurs partenaires au développement. Le travail accompli jusqu’ici n’est simplement pas suffisant. Il est triste de constater que beaucoup de villes africaines se développent encore à partir d’activités à faible productivité du secteur informel. Toute chose qui fait que de nombreux citadins sont plus pauvres que les habitants de la campagne », a fait remarquer  Collier, auteur de plusieurs ouvrages, dont le classique du développement, « The Bottom Billion : Why the Poorest Countries are failing and what can be done about it » et « Wars, Guns and Votes : Democracy in Dangerous Places ».

Malgré l’importance de l’urbanisation, le développement doit toujours tenir compte des préoccupations environnementales qui soutiennent l’avenir du développement, a averti Ivan Turok du Conseil de recherches en sciences humaines (HSRC).

« Le défi pour les décideurs africains est désormais de s’assurer que le développement urbain est ordonné, que le processus est inclusif et qu’il met l’accent sur la « croissance verte » qui garantit la protection de l’environnement », a-t-il ajouté.

Les taux de croissance urbaine en Afrique sont parmi les plus élevés au monde, avec une moyenne de 7 % par an environ. Ce taux dépasse les 10 % dans certaines villes.

Suite à l’urbanisation, le chômage urbain a explosé en Afrique.  Il dépasse les 10 % de la population active dans les villes et touche en grande partie les jeunes.

Les taux de croissance démographique élevés en Afrique sont en grande partie dus à l’exode rural, qui représente plus de la moitié de la croissance de la plupart des villes du continent.