30 milliards de dollars EU pour transformer l’agriculture africaine

09/09/2016
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David Mutiso, fermier à Mwala (Est du Kenya) s'occupant de sa plantation de bananes

Le Weiteithye Farmers Group, situé à Mwala dans l’est du Kenya, compte environ 100 petits exploitants agricoles qui rencontrent des difficultés dans leurs activités de production agricole, d’ajout de valeur et de commercialisation de leurs produits.

À l’instar d’autres petits exploitants agricoles en Afrique, le groupe Weiteithye n’a, entre autres, pas accès aux intrants, aux services financiers et aux compétences dans l’agro-industrie, aux machines efficaces pour transformer leurs produits, aux informations du marché, ni aux nouvelles technologies. David Mutiso, président du groupe, réclame un soutien pour transformer l’agriculture en un secteur rentable. « La plupart des habitants des zones rurales dépendent comme nous de l’agriculture. Le gouvernement doit faire en sorte que l’agriculture nous soit bénéfique. Nous devons retirer un revenu adéquat de nos activités agricoles », déclare-t-il.

Ce sont des agriculteurs tels que Mutiso qui devraient tirer profit des 30 milliards de dollars EU promis par de grandes institutions de développement, le secteur privé et des dirigeants africains lors du Forum sur la révolution verte en Afrique (AGRF), qui s’est tenu à Nairobi, au Kenya.

Au cours de la prochaine décennie, ces fonds serviront à soutenir les investissements en vue d’accroître la production et les revenus des petits exploitants agricoles, ainsi que les entreprises agricoles africaines locales. Lors d’une séance sur le thème « Prendre des engagements politiques et financiers en faveur de la transformation agricole de l’Afrique », le président kenyan, Uhuru Kenyatta, a promis d’octroyer 200 millions de dollars EU pour aider 150 000 jeunes agriculteurs et entrepreneurs agricoles à accéder aux marchés, aux finances et aux assurances au cours des cinq prochaines années.

La Banque africaine de développement (BAD) a annoncé des investissements de 24 milliards de dollars EU au cours de la prochaine décennie, afin d’encourager la transformation agricole de l’Afrique. « Il s’agit d’une augmentation de 400 % du financement du secteur agricole par la Banque par rapport à son financement actuel de 600 millions de dollars EU par an », a fait remarquer Chiji Ojukwu, directeur du Département de l’agriculture et des agro-industries de la Banque, au nom du président de la Banque, Akinwumi Adesina.

La contribution de la Banque aidera le secteur privé à libérer le potentiel de l’agriculture africaine. Dans son discours prononcé le 8 septembre 2016 lors d’une séance plénière sur le « Rôle de la politique dans la création de partenariats public privé visant à réaliser la transformation agricole de l’Afrique », le président Adesina a déclaré, « L’Afrique doit saisir ce moment et donner la priorité aux investissements dans l’agriculture. Il est temps d’aider les agriculteurs africains ; les agriculteurs africains ne peuvent pas échouer ».

 

Le Rapport 2016 sur l’état de l’agriculture en Afrique, lancé lors du Forum AGRF, met en évidence l’importance des investissements du secteur privé dans tous les aspects de l’agriculture, tels que les intrants, ainsi que la chaîne de valeur agricole, y compris la production, la transformation, la commercialisation et le transport.

Une entreprise d’engrais, OCP Africa, s’est engagée à investir 150 millions de dollars EU au cours des cinq prochaines années afin de soutenir la distribution, le stockage et le mélange d’engrais au niveau local, alors que le Programme alimentaire mondial a promis d’acheter chaque année des produits agricoles aux petits agriculteurs pour un montant minimum de 120 millions de dollars EU par le biais d’un partenariat appelé Patient Procurement Platform.

La Fondation Bill et Melinda Gates, pour sa part, a promis de verser 5 milliards de dollars EU, dont une partie servira à la recherche sur les cultures et l’élevage, au renforcement des données et à l’amélioration des systèmes d’approvisionnement en innovation et en information, ainsi que de fournir de meilleurs outils aux agriculteurs. Au cours des six prochaines années, l’agriculture en Afrique bénéficiera aussi de 3 milliards de dollars EU promis par le Fonds international de développement agricole.

La Fondation Rockefeller s’est engagée de son côté à contribuer à hauteur de 180 millions de dollars EU dans des investissements dans la résilience humaine en vue de catalyser la transformation agricole, tandis que la Kenya Commercial Bank, qui est la plus grande banque commerciale de l’Afrique de l’Est, investira 350 millions de dollars EU en prêts destinés à des petits agriculteurs, dont 50 000 femmes et 50 000 jeunes.

Cibler les femmes et les jeunes est une priorité pour la BAD. Grâce à son programme de discrimination positive en matière de financement des activités des femmes en Afrique (AFAWA), la Banque contribuera à mobiliser 3 milliards de dollars EU en faveur des agricultrices et des femmes entrepreneurs. La Banque déploie déjà son initiative ENABLE (Empowering Novel Agri-Business Led employment) Youth (qui vise à stimuler la création d’emplois agro-industriels pour les jeunes), en partenariat avec l’Institut international d’agriculture tropicale.

 

Le programme ENABLE Youth vise à renforcer l’esprit d’entreprise des jeunes dans l’agriculture et l’agro-industrie. Dans le cadre de cette initiative, la Banque formera la prochaine génération d’entrepreneurs agricoles, aussi appelés « agri-preneurs », dans plusieurs pays, et elle leur apportera des capitaux de lancement d’activités par l’intermédiaire des banques, afin de financer leurs plans d’affaires viables.