Les exigences en matière de visas : un obstacle au commerce et à la création d’emplois en Afrique

31/05/2013
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« L’Afrique est l’une des régions du monde qui exige le plus de visas. Les restrictions en la matière entrainent la perte d’opportunités économiques, tant au niveau du commerce intra-régional que dans le secteur des services tels que le tourisme, les services médicaux ou l’éducation sur le plan national. » – Professeur Mthuli Ncube, Économiste en chef et Vice-président de la Banque africaine de développement.   

Marrakech, Maroc, le 30 mai 2013 – Lors des Assemblées annuelles de la Banque africaine de développement (BAD) le 31 mai 2013 à Marrakech au Maroc, un panel de haut niveau, constitué conjointement par le Forum économique mondial et la BADt, a examiné les avantages qu’offrirait un assouplissement des restrictions en matière de visas sur le continent.

Ibrahim Bocar Ba, commissaire de la Communauté Economique des Etats de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) en charge de la Politique macroéconomique, a relevé que les Africains émigraient principalement vers les pays d’Afrique. Au sein de la CEDEAO, plus de 80% des migrations sont en effet intra-régionales. Néanmoins, les Africains ont besoin de visas pour se rendre dans 80% des pays africains, et ces restrictions sont encore plus poussées pour les Africains voyageant en Afrique que pour les Européens ou les Nord-américains qui se rendent sur le continent.  

Dans son propos liminaire, le Professeur Ncube a souligné que « Les mouvements des talents et des populations sont au cœur de l'intégration régionale, et au cœur de la Stratégie décennale de la BAD. » En Afrique, vingt-cinq pour cent du commerce est informel, particulièrement en Afrique de l’Ouest. Et s’il n’existait aucune obligation de visa, le commerce informel connaîtrait une explosion ».

Razia Khan, directrice du Département de recherche sur l’Afrique de la Standard Chartered Bank, s’est, pour sa part, présentée comme citoyenne d’un pays africain voyageant considérablement en Afrique, et qui souvent évalue le temps nécessaire à l’obtention de visas par rapport aux recherches économiques qui auraient pu être réalisées.

Leonard Rugwabiza, Directeur général de la Planification nationale au Ministère des Finances et de la Planification économique du Rwanda, a partagé l’expérience du Rwanda.  Son pays a introduit la biométrie dans la gestion de ses frontières et  limité les restrictions au transfert des services dans les domaines juridique et de l’ingénierie.  Il a également réduit les restrictions en matière de visas d’entrée pour tous les citoyens africains depuis le 1er janvier 2013.

Le Rwanda, qui dispose d’un nombre restreint d’ambassades à l’étranger, a également introduit les visas électroniques en vue d’une restriction des coûts et d’un gain de temps lors des procédures d’obtention de visas. Il a confirmé que « depuis que nous avons ouvert nos frontières, le tourisme en provenance des pays africains a augmenté de 24%. » En outre, « les activités commerciales sont désormais orientées vers nos pays voisins, tandis que par le passé, elles l’étaient davantage vers l'Europe et l'Amérique du Nord ». Les échanges commerciaux avec les pays voisins ont en effet augmenté de 50% l’année dernière, atteignant même 73% avec la République Démocratique du Congo voisine.

Abdul Awl, membre du conseil d’administration du Groupe Dabashill, a conclu que « Le secteur privé est le moteur de la croissance, et nous parlons tous d’améliorer le climat des affaires. Les visas constituent un frein et un obstacle majeur à l’activité commerciale. »